Les eonditions fondamentales de la valeur. ~ La
loi de l'offre et de la demande conduit directement à l'idée
de la valeur, notion fondamentale en économie politique.
Cette notion est tellement importanle que ewx«\m ^\3\«v«^
ont prétendu, non sans exagération, il est vrai, que la science économique devait être définie la science des valeurs.
1° Il faut d'abord la distinguer de l'idée d'utilité. Ce qui n'a pas d'utilité a-t-il de la valeur? Evidemment non; Tutilité est la condition première et indispensable de la va* leur. Mais un objet vaut-il exactement dans la proportion directe de l'utilité qu'il renferme?
Ëclaircissons la démonstration par quelques exemples.
Quoi de plus utile que l'air? Si, pendant quelques minutes seulement, il venait à nous manquer, nous péririons tous asphyxiés. Et cependant l'air nous enveloppe en si grande abondance que nous n'avons aucun effort à faire pour en remplir incessamment nos poumons; aussi n'at-il aucune valeur. Il en acquerrait une considérable, si des hommes étaient enfermés dans une cloche à plongeur et obligés de se procurer par de grands efforts cette substance vitale; il en a déjà dans certaines mines où il compte au nombre des frais généraux de l'exploitation.
Voici l'eau : elle est presque aussi nécessaire à la vie des hommes que l'air. Mais elle est abondante, quoiqu'elle ne soit pas, comme l'air, directement à portée de notre bouche. Pour l'amener jusque dans nos maisons, il faut faire au moins l'effort de la tirer du puits ou de la faire venir de la rivière; aussi a-t-elle en général une légère valeur, et cette valeur varie avec la somme d'efforts nécessaires pour se ja procurer.
Voici du blé : c'est le fonds de la nourriture végétale des hommes ; pourtant le blé vaut moins, poids pour poids, que le cuivre, métal qui est très utile sans doute, mais qui n'est pas indispensable à l'existence et qui vaut infiniment moins que le diamant, simple objet de parure.
Donc, la valeur ne se mesure pas exclusivement à tuti" lité, si, par utilité des choses, on entend l'importance qu'ont les choses relativement à la conservation et à l'entretion de l'espèce humaine. Car si, avec certains économistes, on entendait par utilité l'utilité subjective des choses, c'est-à-dire le prix que nous sommes disposés à en donner, k% ^iL^\^'Sissss^!»& d'utilité et de valeur seraient bieu çxès di^ ^"fe ç:fô\&ssvàx^-
Les premiers économistes faisaient la même distinction en disant que les choses avaient deux sortes de valeurs : valeur en usage, c'est-à-dire utilité considérée par rapport à l'usage personnel, et valeur en échange, c'est-à-dire puissance de s'échanger contre une ou plus ou moins grande quantité d'autres produits. C'est dans ce dernier sens seulement que nous prenons le mot de valeur, exprimant l'autre idée par le mot d'utilité, afin d'éviter la confusion.
2<* La valeur est-elle fondée sur la rareté? Assurément elle a encore avec cette qualité d'intimes rapports. Pourquoi l'air n'a-t-il aucune valeur? Parce qu'il est très abondant. Pourquoi l'eau a-t-elle peu de valeur? Parce qu'elle est abondante. Pourquoi le diamant a-t-il une très grande valeur? Parce qu'il est très rare. Pourquoi le bJé vaut-il sur le marché moins quand la récolte est bonne, plus quand la récolte est mauvaise, sans que sa qualité et que sa puissance d'alimentation aient en rien changé? Uniquement parce qu'il est abondant ou rare. Il en est ainsi de toutes les marchandises qui ont un cours.
Mais, du moins, pour que la rareté agisse sur la valeur, il faut que cette demande existe. Tel a en sa possession un mouton qui a six pattes ou du moins l'apparence de six pattes. Rien de plus rare que cette monstruosité ; mais qui s'en soucie? Ce mouton n'acquerra pas pour cela une grande valeur; il sera bon tout au plus à être montré dans quelque foire de campagne. Supposez qu'un jardinier soit parvenu à produire le fameux dahlia bleu que les amateurs ont longtemps et vainement cherché. Comme les horticulteurs s'en préoccupent et qu'il est unique en son genre, il aura une assez grande valeur. Si le jardinier avait produit un coquelicot bleu, — ce dont personne ne s'inquiète, — ce coquelicot, tout aussi rare que le dahlia, aurait sans doute très peu de valeur. Ce n'est donc pas la rareté absolue d'une chose qui en détermine précisément la valeur, puisqu'il faut tenir compte non seulement de l'offre, mais aussi de la demande. Toutefois, on peut dire que, sans rareté, il n^y a pas de valeu?\ et que, lorsqu'une marchandise est demandée, sa valeur s'accroît avec sa rareté.
l'échange et la valeur 171
3^ La valeur est-elle fondée sur le travail? Sans doute c'est parce qu'il a fallu quelque travail pour se procurer Teau qu'elle a quelque valeur ; c'est parce qu'il a fallu beaucoup de travail pour l'extraire de la' mine que le diamant a beaucoup de valeur. La valeur a des points de contact nombreux avec la notion de travail. Cependant elle ne se confond pas avec elle et l'idée de travail n'est pas elle-même assez simple pour fournir à la notion de valeur une base suffisamment fixe; nous avons déjà expliqué comment le travail lui-même valait, non par l'effort fait, mais par le résultat obtenu, par l'utilité créée. En effet, dans un placer de Californie, un mineur trouve une grosse petite d'or dés les premiers coups de pioche. Vaut-elle moins que le lingot de^ même poids que plusieurs de ses voisins ont obtenu en lavant pendant tout un mois les sables de leur concession?
Si tous les mineurs étaient tous les jours aussi heureux, l'or vaudrait assurément beaucoup moins. L'air n'a pas de valeur, parce qu'il ne faut faire aucun travail pour en avoir. On peut donc dire : Sans travail^ pas de valeur.
On peut dire plus encore. Sous le régime de la libre concurrence chacun, pour attirer à lui la clientèle, cherche à offrir son produit au meilleur marché qu'il lui est possible ; de là, une tendance des prix à descendre à leur niveau le plus bas. Quelle sera la limite extrême de cette baisse? Ce sera le prix de revient de la marchandise, ou coût de production^ lequel se compose de travail et de capital dépensés; car la valeur ne saurait tomber au-dessous de ce niveau et y rester sans qu'il y ait perte pour le producteur, partant appauvrissement et bientôt cessation de production. Voilà comment, dans l'état nomal, le coût de production est la limite inférieure de la valeur des choses.
Utilité, rareté^ travail sont les conditions fondamentales de la valeur; mais aucune n'explique complètement la valeur. C'est que la valeur a sa nature propre ; elle naît au moment même de l'échange et elle résulte des conditions mêmes de chaque échange. Quand Pierre et Paul s'entendaient pour échanger douze soles conlt^wiiW^NX^^ qjû&^^^sî^. le lièvre f Douze soles. Que valait \a ^\ftt \i\i ÇtfsvwKfeCNfc ^^
lièvre. Peut-être le lendemain, le chasseur, plus amplement approvisionné, a-t-il cédé un lièvre pour neuf soles? Le lièvre a valu alors neuf soles et la sole un neuvième de lièvre. Tout échange suppose un débat, chacune des parties contractantes désirant avoir plus pour moins ; le point où s'établit raccord entre les deux prétentions contraires est à ce moment la valeur de la marchandise. Ce point d'ailleurs est essentiellement mobile; dans un débat subséquent entre d'autres parties, il peut se trouver en deçà ou au delà. La valeur doit donc être définie le rapport de quantité qui s'établit par V échange entre deux produits ou services. 81. Des eanses des variations de la valeur. — Pour
être un rapport essentiellement variable, la valeur n'obéit pas moins à certaines lois. Nous venons déjà de voir comment elle est limitée par l'utilité, la rareté et le travail; elle est beaucoup plus étroitement circonscrite encore par la loi de Voffre et de la demande, qui est son véritable régulateur.
lo Examinons d'abord, ainsi que Ta fait clairement John Stuart Mill, le cas des monopoles. Que valait l'unique biscuit que le naufragé consentait à céder à ses neuf compagnons d'infortune? La vie étant en jeu, le sacrifice que consentaient à faire les acheteurs n'avait pas de limite. Les plus pauvres n'y pouvaient donc prétendre, puisque les riches offraient plus qu'eux, et un seul, le plus riche de tous, devait l'obtenir, en donnant un peu plus que la somme que le second en richesse pouvait offrir.
C'est ce qui se passe en réalité dans les enchères. Voici en vente un tableau de Rubens : c'est un chef-d'œuvre unique en son genre. Qui l'aura? Tout le monde le voudrait; mais ceux qui ne sont pas très riches savent qu'ils ne peuvent pas élever leurs visées aussi haut, et ils n'entrent même pas en lice. Dix personnes en offrent 100 000 francs ; les enchères portent le prix à 150 000 francs : huit prétendants tiennent encore; à 200 000 francs : cinq tiennent toujours; à 300 000 : il tfy a plus que deux rivaux; mais l'un d'eux est à la limite du sacrifice qu'il veut faire, et une surenchère de 5000 francs suffit pour livrer le tableau au dernier prétendant, demeuré seul sur ce champ dç balwSVft.
ii^ÉGHANÔE Et LÀ VALEUR 17^
La valeur dCun objet unique est fixé au point où, par les surenchères successives, tous les prétendants , moins un^ ont été éliminés. Le niveau du prix est parvenu, dans ce cas, au sommet du cône par lequel nous figurions tout à rheure le jeu de la loi de l'offre et de la demande.
Seulement, dans l'exemple du biscuit où il s'agissait de la vie, le sacrifice n'avait pas de limite. Il en a une dans l'exemple du tableau ; cette limite se trouve dans le nombre môme des amateurs, qui est d'autant moindre que l'objet est moins utile à l'existence. C'est ce que des faits journaliers nous démontrent. Que les noisettes viennent à manquer, beaucoup se passeront de noisettes cette année-là, et la valeur de celles qui se vendront sur le marché n'en sera pas de beaucoup accrue. Que le blé vienne à manquer, c'est une toute autre affaire. Il fallait 100 millions d'hectolitres pour nourrir la nation française; la récolte n'en a donné que 75. Voilà donc — en supposant qu'on ne puisse pas en faire venir de l'étranger, ce qui n'a plus lieu en France depuis l'amélioration du régime douanier, — le quart des habitants réduits à mourir de faim ou la moitié à ne manger pendant toute l'année qu'une demi-ration. On ne se résigne aisément ni à l'une ni à l'autre de ces deux extrémités. On se dispute la précieuse et trop rare denrée, dont la valeur s'élève, non pas dans la proportion du manquement, mais dans une progression plus grande, causée par la crainte et l'empressement des acheteurs.
2° Le second cas est celui de la concurrence illimitée. Sous ce régime, le produit peut ôtre multiplie d'une manière à peu près indéfinie, sans que la production de la cent millième unité coûte plus que la production de la première; par exemple, le tissage d'un mètre de calicot, en supposant que le prix du coton brut ne varie pas, ou la fabrication de la poterie commune dont la matière première, l'argile, est si abondante. Lorsque la marchandise peut être multipliée sans accroissement des frais de production, — ce qui a lieu pour la plupart des produits manufacturés, — Toffre ou production se règle sur la demande; la demande ou vente se règle ellemême sur la valeur; la valeur se règle sur le co^l mo-^e-u
de production. En d'autres termes, les fabricants, par une vue juste de leurs intérêts et contrairement au premier mouvement qui les porterait à demander cher, sont amenés par la concurrence à vendre au meilleur marché possible, de ma* nière à ne pas laisser leurs concurrents leur enlever la clientèle. Dans ce cas, le travail — nous ajoutons le travail productif — est la mesure de la valeur de la marchandise.
3^ Il y a un troisième cas, celui où la production ne peut augmenter quavec une augmentation progressive des frais de production. C'est ce qui a lieu pour beaucoup de produits naturels. Si la demande s'accroît, on peut faire rendre à une surface donnée de terrain une fois et demie plus de substances alimentaires; mais — en supposant que les procédés scientifiques demeurent statiounaires — il faudra peut-être employer, en façons et en engrais, deux fois plus de capitaux. Tous les champs n'en auront naturellement pas exigé autant; cependant les produits auront-ils une valeur différente suivant la somme de travail dépensé sur le champ d^où ils seront sortis? Non. Sur le marché, on ne connaît que la qualité du produit, on ne s'inquiète pas de la provenance. Si l'on a besoin de 100 millions d'hectolitres, le dernier million est demandé et enlevé, aussi bien que le premier, dans le cours de l'année. Il faut donc que la consommation paye au moins ce dernier million au prix de son coût de production, soit, par hypothèse, 22 francs l'hectolitre, pour qu'on consente à le produire régulièrement chaque année. Or, les autres producteurs qui ont obtenu leur blé avec moins d'efforts, soit à raison de 18 et 20 francs, mais qui savent que la consommation est disposée à consentir au sacrifice nécessaire de 22 francs, se gardent bien de céder leur denrée à meilleur marché, et vingt-deux francs deviennent le prix normal du marché. Lorsque la marchandise demandée ne peut être produite en quantité croissante que par un travail plus coûteux, la valeur se règle sur le coût de production le plus élevé : de là, le phénomène de la rente que nous avons déjà expliqué*
En somme, pour que la valeur se produise, il faut deux
conditions : un objet désirable (utilité), et l'impossibilité de
se procurer cet objet sans effort (rareté et travail). A chacun
l'échange et la valeur 175
de voir s'il aime mieux satisfaire son désir ou ne pas faire l'effort, s^épargner la peine d*une privation ou la peine d'un travail.
8!2. La distinction entre valeur et rieliesse» — A faire de la valeur le pivot de toute l'économie politique il y a un grave inconvénient. On est porté à conclure que la richesse d'un pays se compose de l'ensemble des valeurs que ce pays possède et à préconiser la valeur. C'est une vue fausse contre laquelle il faut se tenir en garde. L'utilité objective est une qualité positive, éminemment désirable, et on ne saurait jamais avoir trop de choses utiles, La rareté^ au contraire, qualité toute négative, est un mal que les efforts du travail tendent sans cesse à combattre. La valeur a quelques-uns des défauts de la rareté à laquelle elle est étroitement liée. Quand la récolte est d'un quart inférieure au rendement ordinaire et que le prix de l'hectolitre double, la valeur totale du blé, qui était 1 dans les années normales, s'élève à 1 1/2. Est-ce un bien, et la nation en est-elle plus riche? Evidemment non. Quand une invention fait qu'un produit manufacturé peut être obtenu avec moins de travail ou avec une consommation moindre de matières, la concurrence, qui tend à ramener toute chose vers la limite du coût de production, ne tarde pas à en réduire la valeur. Et pourtant n'est-ce pas là un bien?
Le progrès de la science industrielle tend précisément, comme nous l'avons déjà remarqué, à réduire sans cesse le coût de production et, comme conséquence, la valeur des marchandises. Si cette réduction n'est pas plus apparente, c'est souvent parce qu'elle est très générale. En effet, si elle avait lieu sur une seule espèce de marchandises, deux unités de cetle espèce ne vaudraient plus, je suppose, qu'une unité des autres espèces; mais si, en même temps et dans la même mesure, elle avait lieu aussi sur les autres espèces, une unité continuerait à s'échanger contre une autre unité. La valeur^ c'est-à-dire le rapport résultant de rechange^ ne serait nullement modifiée; néanmoins^ les habitants du pays^ pouvant se procurer plus de jouissances avec uu^ même quantité de travail^ seraient plus ricKes .
En généralisant cette observation, on arrive à comprendre une comparaison géométrique par laquelle un économiste américain, Garey, figurait ingénieusement le progrès industriel. Il faisait un angle, un des deux côtés (AB) représentant la nature, c'est-à-dire les forces et la matière, l'autre (AC) représentant le produit façonné par l'industrie humaine, apporté sur le marclié par le commerce et prêt à être consommé; Técartement des deux lignes mesure l'effort nécessaire pour mettre la nature à la portée de la consommation.
Dans les temps barbares, l'écart est très grand : on le voit par la ligne d, ce qui signifie qu'il faut beaucoup d'efforts et de travail pour obtenir la transformation des matériaux de la nature en produits propres à satisfaire des besoins. Si ce grand effort est nécessaire pour l'ensemble de la production, c'est la preuve que la civilisation économique est peu avancée ; s'il porte seulement sur tel produit particulier, ce produit pour la fabrication jj duquel on a dépensé beaucoup d'efforts ' a une grande valeur relativement à d'autres qui auront exigé moins d'efforts et cependant il ne représente qu'une somme peu considérable d'utilité. Quand l'humanité s'élève en civilisation et que les procédés industriels se perfectionnent, il faut moins d'efforts pour obtenir le même résultat, qu'il s'agisse de l'ensemble de la production ou de la création de tel produit particulier : l'écart (ligne e) diminue. Il en faut moins encore quand le niveau de la civilisation économique s'élève jusqu'à la ligne f. Enfin, si l'humanité montait jusqu'en A, au sommet où les deux lignes se confondent, l'effort deviendrait nul; la matière se plierait d'ellemême instantanément à la satisfaction de tous nos besoins : ce secait un pays de Cocagne.
Pays de chimères sans doute : atteindre cet idéal est absolument impossible à l'humanité. Mais le progrès consiste à s'en rapprocher, et nous avons montré, en traitant de Tin-
L'ÉCHANaE ET LA VALEUR 177
telligence et du capital et en expliquant le paradoxe économique, comment on s'en rapprochait. Il s'ensuit que le progrès tend à diminuer la valeur de chaque objet en particulier; ce qui n'empêcherait .pas que la somme totale des valeurs qu'enregistrerait un inventaire général des richesses de là nation, ne se fût accrue dans le môme temps par la multiplication des biens.
83. Le prix. — Le prix n'est autre chose que Y expression de la valeur d'une marchandise en monnaie.
Puisque la valeur est le rapport qui s'établit par l'échange entre deux ou plusieurs marchandises, on peut l'exprimer comme on veut. On peut dire, par exemple : le lièvre vaut douze soles; le lièvre vaut un quart d'hectolitre de blé. Mais une telle diversité serait une confusion inextricable. Pour s^entendre, il a fallu nécessairement que les hommes, dans un même pays, prissent un même terme de comparaison, ici la mesure de blé, là le bœuf. De bonne heure, dans la plupart des pays, la supériorité qu'ont les métaux précieux pour servir de terme commun de comparaison a été reconnue, et la monnaie a été créée.
On a fabriqué des disques de métal auxquels on a donné' certains noms particuliers ; ils ont constitué la monnaie, laquelle est un produit, obéissant, comme les autres produits, aux lois générales de l'échange. On ne l'obtient qu'en livrant un produit qui en soit l'équivalent. Le lièvre est sur le marché. — Combien ? — Six francs. Je l'achète, et je dis : « Ce lièvre vaut six francs, ou six francs sont le prix de ce lièvre. » Je pourrais dire de même : « Six francs valent un fièvre. » — Combien les soles ? — « Cinquante centimes ou six francs la douzaine. » — Combien l'hectolitre de blé? — « Vingt francs. » On a désormais un terme de comparaison, disons un dénominateur commun de toutes les valeurs : la monnaie, laquelle sert en effet à exprimer toutes les valeurs.
La production et la consommation étant le principe
et la fin de l'évolution économique, l'échange est la phase intermédiaire.
L'échangea diverses manières d'être : produit contre produit équivalent, travail contre produit, possession d'un produit contre jouissance temporaire d'un autre produit, produit contre service. — De toute manière, les services s'échangent contre des services,
La richesse peut être répartie en vertu de l'autorité. — Dans réchange, elle est distribuée en vertu de la liberté, conformément à la loi de l'offre et de la demande.
U offre détermine la demande, — Dans le cas de monopole, l'offre restreint la demande en élevant le prix; dans le cas de concurrence, actuelle ou virtuelle, l'offre étend la demande en abaissant le prix. — La demande s'accroît en général dans une proportion plus rapide que la diminution du prix de la marchandise offerte.
Utilité, rareté, travail sont les conditions fondamentales de la valeur. — La valeur est le rapport qui s'établit par l'échange entre deux produits ou services. — La loi de l'offre et de la demande en est le véritable régulateur.
La valeur d'un objet unique est fixée au point où, par les surenchères successives, tous les prétendants, moins un, ont été éliminés.
La valeur d'une marchandise devenue rare s'élève non dans la proportion du manquement, mais dans une progression plus grande : c'est le cas des monopoles.
Lorsque la marchandise peut être multipliée sans accroissement des frais de production, la valeur se règle sur le coût moyen de production : c'est le cas de la concurrence illimitée.
Lorsque la production ne peut augmenter qu'avec une augmentation progressive des frais de production, la valeur se règle sur le coût de production le plus élevé : c'est Je cas qui donne lieu UXa TenW^
La rareté est un mal ; on ne saurait jamais avoir trop de choses utiles.
Si les produits de tout genre augmentaienjt en même temps d'une quantité égale et par un effort égal, leur valeur ne serait nullement modifiée; néanmoins les habitants du pays seraient plus riches.
Le prix est l'expression de la valeur d'une marchandise en monnaie.
Sommaire. — 84. La nature et le rôle de la monnaie. — 85. Les qualités des métaux précieux comme monnaie. — 86. Les deux étalons. — 87. La monnaie divisionnaire. — 88. Les systèmes monétaires. — 89. La valeur des métaux précieux.
84. La nature et le rôle de la monnaie. — La monnaie est. par excellence ^instrument des échanges puisque c'est par elle que s'effectue le plus souvent rechange.
Qu'est-ce que la monnaie? Cest une marchandise qui^ selon la loi commune de l'échange, se vend et s^achète ce qu'elle vaut^ mais qui, étant revêtue d'un caractère légal, sert (/'intermédiaire dans rechange des autres marchandises et de dénominateur commun dans la comparaison des valeurs. Les termes de celte définition ont besoin d'être expliqués.
1» La monnaie est une marchandise, -En effet, elle ne saurait être un simple signe, une chose de pure convention. Il faut que ce soit une chose réelle, un produit obtenu par des efforts humains, portant le triple caractère d'utilité, de rareté et de travail sans lesquels la valeur n'existe pas et soumis, dans la fixation de sa valeur, comuie \o\]LVfeTîL«!tdc^^\L^\%^.^V^^ hi de l'offre et de la demande. C'esX c,^ a{i\U\\. îi«^ q{\&^.^
monnaie est un équivalent, c'est-à-dire qu'elle vaut par elle-même précisément autant que l'objet contre lequel elle s'échange, autrement dit, en renversant les termes, que la monnaie s'achète et se vend ce qu'elle vaut.
2* La monnaie est un intermédiaire. En effet, elle n'est ni le premier ni le dernier terme des échanges : c'est le terme moyen. On n'achète pas de la monnaie (car c'est ainsi qu'on peut définir l'acte d'échanger une marchandise contre de la monnaie, c'est-à-dire de vendre), dans le but final d'avoir de la monnaie, mais dans le but d'avoir en sa possession Vinstrument avec lequel on peut se procurer une marchandise quelconque.
Un layetier vend une malle; le soir, il paye son dîner ; le lendemain, il achète un chapeau et des planches. Quel rôle a joué l'argent ? Le layetier, qui travaillait pour vivre, ou, en d'autres termes, qui produisait pour consommer, a reçu la monnaie en échange de sa malle, résultat de son travail, et l'a donnée en échange de son dîner, de son chapeau, consommations personnelles, et de ses planches, consommation industrielle : services pour services. Ces échanges n'auraient pu se faire sans l'intermédiaire de la monnaie ; car les fournisseurs du layetier n'avaient pas besoin d'une malle, et le voyageur n'était ni restaurant, ni chapelier, ni marchand de planches.
3® La monnaie est un dénominateur commun des valeurs. En effet, deux quantités égales à une troisième sont égales entre elles. Si un chapeau vaut 20 francs, et si quatre poulets valent 20 francs, un chapeau vaut autant que quatre poulets, ou un poulet a une valeur quatre fois moindre qu'un chapeau. Quel rapport -de valeur établir entre une traversée en paquebot du Havre à New-York et un paletot ? Ce sont là des choses qui ne présentent d'abord à l'esprit aucun rapport. Mais la monnaie intervient comme terme de comparaison, autrement dit comme mesure. Quand on sait que le passage coûte 500 francs et le paletot 100 francs, on n'a aucune peine à dire qu'il en coûte cinq fois plus pour se rendre du Havre à New-York que pour acheter un paletot. On peut dire que la monnaie est à l'échange des produits ce que le langage est à l'échange des pensées.
4° La monnaie a un caractère légal% C'est même à ce caractère qu'elle doit d'être véritablement un dénominateur commun. C'est avec de l'or et de l'argent, ainsi que nous allonis le dire, qu'on fait la monnaie. Mais un lingot, n'est pas pour cela une monnaie ; c'est une marchandise. Afin de faciliter les échanges, chaque Etat donne cours légal aux monnaies frappées conformément aux règles qu'il a établies; ces règles déterminent le nom, la forme, le poids, le titre des monnaies, mais elles n'en fixent pas la valeur. Ainsi l'Etat peut décider qu'une pièce de 25 grammes d'argent à 900/1000 de fin s'appellera pièce de cinq francs et que toute personne à qui sont dus cinq francs sera tenue d'accepter en payement une de ces pièces, si son débiteur la lui offre ; mais il ne saurait décréter qu'on donnera en échange de cette pièce une quantité déterminée de blé ou de drap.
Pour qu'une monnaie ait légitimement cours légal sans restriction il faut que le métal de la monnaie ait la niême valeur intrinsèque qu'un lingot de même métal et de même poids, moins peut-être les frais de fabrication. S'il en était autrement, la pièce ne serait qu'une monnaie de convention, un signe et non un équivalent. Quand la monnaie divisionnaire est frappée comme simple monnaie de convention, il n'y •a pas d'inconvénient et il peut y avoir avantage, tant que la circulation en est limitée par la loi. Quand la monnaie principale est frappée de la même manière, comme cela avait lieu souvent au moyen âge, il y a toujours un grand inconvénient pour le commerce : la mesure des valeurs est faussée.