Les systèmes monétaires. — La considération du
poids et du titre des pièces de .monnaie conduit à l'étude des systèmes monétaires des différentes nations.
Il suffit de bien connaître celui de notre propre pays, qui est, en même temps, par une convention du 23 décembre 1868, celui de la Belgique, de la Suisse, de l'Italie et de la Grèce; ces Etats ont formé une Union monétaire ; ils sont aujourd'hui sous le régime du double étalon mitigé.
Les lois du 18 germinal an III (7 avril 1795), du 28 brumaire an III et du 7 germinal an XI (28 mars 1863) avaient décidé que l'unité monétaire serait le franc, pesant 5 grammes d'argent à 9/10 de fin (autrement dit contenant 4 gr. 5 d'argent fin), et que l'on frapperait des pièces d'or dont le poids était réglé sur une valeur de 15 fois 1/2 la. valeur du même poids en argent. Les monnaies d'argent sont restées jusqu'en 1849 le principal instrument des échanges.
Depuis cette époque la grande production et Taffluence de l'or, ayant fait baisser la valeur de ce métal, ont déterminé l'exportation de l'argent et l'or est devenu le principal instrument de nos échanges. Pour empêcher la sortie des pièces divisionnaires d'argent qui sont indispensables à la circulation pour les petits payements, deux lois, en 1864 et 1866, et la convention internationale ont réglé que les pièces de 2 francs, de 1 franc, de fr. 50 et de fr. 20, au lieu d'être fabriquées à 900/1000 de fin, le seraient dorénavant à 835/1000, c'est-à-dire qu'elles contiendraient moins d'argent tout en conservant le même aspect, afin qu'ayant une valeur réelle inférieure à leur valeur nominale, elles ne pussent être exportées sans perte pour l'exportateur. Mais la loi
a décidé en même temps que Ton n'en pourrait pas faire accepter dans un payement pour plus de 50 francs, précaution nécessaire pour que le système monétaire ne perdît pas le caractère d'équivalence. Les pièces de 5 francs ont conservé leur titre et leur poids, et, par conséquent, toute leur puissance libératrice comme monnaie.
La continuation de la baisse de l'argent a déterminé les Etats de TUnion monétaire à limiter depuis ce temps la quantité de monnaie que chacun d'eux pourrait frapper chaque année et à suspendre complètement le monnayage de l'ar^ ' gent depuis 1878.
Quant aux pièces de bronze (10, 5, 2, 1 centimes), dont la valeur réelle est à peine le tiers de la valeur nominale, on ne peut être contraint d'en accepter pour plus de cinq francs.
89. La valeur de» métaux précieux. — Lingots et monnaies ne sont qu'une seule et même marchandise ; il ne peut exister d'une manière permanente entre la valeur de l'un et de P autre que la différence des frais de fabrication de la monnaie. Dans les pays où, comme en Angleterre, ces frais sont à la charge de l'Etat, une pièce de monnaie ne vaut ni plus ni moins qu'un lingot de même poids et de même titre. En France,. où, ces frais étant à la charge du porteur, on retient 6 fr. 70 pour convertir en pièces de monnaie un kilogramme d'or à 900/1000, c'est-à-dire pour fabriquer 155 pièces de 20 francs, le lingot d'un kilogramme à 900/1000 de fin ne peut guère descendre au-dessous de 3100 francs moins 6 fr. 70, soit 3093 fr. 30.
La raison en est facile à comprendre. Si la valeur du kilogramme tendait à descendre plus bas, on aurait intérêt à le porter à l'hôtel des Monnaies, qui donnerait 155 pièces de 20 francs, pour 1 kilogramme d'or, plus 6 fr. 70. D'un autre côté, si le lingot tendait à s'élever plus haut, seulement d'un centième et demi, chacun fondrait sa monnaie, certain d'échanger ses 155 pièces réduites en lingot contre 156 pièces monnayées. Le niveau se maintient ainsi nécessairement de lui-même. Si cette égalité subit quelques exceptions dont profitent les banquiers pour exporter ou pour
importer, la différence, dans les pays civilisés, est toujours trop légère pour infirmer la loi économique que nous venons d'expliquer.
On exprime la valeur d'une marchandise quelconque par son prix : ceci vaut 4 francs; cela vaut 100 francs. Si, le lendemain, on disait : cela vaut 101 ou vaut 99 francs, on saurait clairement que la marchandise en question a haussé ou baissé. On ne saurait faire de même pour les métaux précieux servant de monnaie, puisque la monnaie et le métal ont toujours une valeur identique. Il faut renverser le rapport. Si la monnaie est la mesure de toutes les marchandises, toutes les marchandises peuvent être prises pour mesure de la monnaie ; nous disons toutes, ou du moins un grand nombre.
En effet, si l'on n'en prenait qu'une, on n'en pourrait rien conclure. Exemple : le blé, qui valait 22 francs l'hectolitre Tan dernier, vaut 25 francs; est-ce blé qui a haussé? est-ce la monnaie qui a baissé ?
Mais, si le prix de la plupart des marchandises a haussé d'un dixième, on n'en conclura pas que la valeur de toutes ces marchandises est en hausse dans une mônre proportion, car, la valeur n'étant qu'un rapport, une hausse ou une baisse de l'ensemble de toutes les valeurs est un non-sens. Mais on en conclura légitimement que la valeur des métaux précieux, c'est-à-dire le rapport d'une marchandise à toutes les autres, a baissé dans la même proportion. Ainsi, l'on juge de la valeur des métaux précieux d'une manière en apparence tout opposée à celle dont on juge de la valeur des marchandises. Plus le prix des marchandises est élevé ^ c'est-à-dire plus il faut donner d'or ou d'argent pour se les procurer, moins les métaux précieux ont de valeur; réciproquement, moins le prix des marchandises est élevé j plus les métaux précieux ont de valeur.
Qu'est-ce qui détermine et, par suite, qu'est-ce qui fait varier cette valeur? L'offre et la demande.
L'offre d'abord, qui détermine la demande et qui est ellemême déterminée par la quantité existant en circulation et limitée par le coût de producUon àe nowveWçi?» c^u^sAxVfe^ ^^
métaux. Si Ja quantité des métaux précieux ea circulation venait à doubler, en supposant que racti\dté commerciale du monde fût demeurée la môme, les métaux perdraient moitié de leur valeur ; si la découverte de procédés plus économiques ou de mines plus riches permettait d'extraire le kilogramme d'or fin avec une dépense de 2.000 francs, les capitaux et les travailleurs se porteraient avec empressement vers cette industrie lucrative, et il s'ensuivrait une abondance de production qui ferait baisser la valeur de Tor.
Mais l'activité commerciale n'est pas une quantité immuable. Il y a, selon les temps, plus ou moins de salaires à ^ayer et de produits à échanger ; les produits peuvent passer dans un plus ou moins grand nombre de mains, et la transmission peut en être plus ou moins rapide. Ce sont là les • éléments qui constituent la demande. Or, il est évident que, si cette demande avait doublé pendant que doublait l'offre, la valeur des métaux précieux serait demeurée la même, mais que, si cette demande avait triplé, la valeur des métaux serait en hausse.
Des variations de ce genre se sont produites dans l'un et dans l'autre sens.
Durant l'antiquité et le moyen âge, le marché n'était alimenté que par les mines d'Europe. Les métaux précieux étaient bien moins abondants que dans les temps modernes ; mais le commerce était beaucoup plus restreint; et, comme les communications étaient plus rares, le niveau de la valeur des métaux était et restait très différent dans diverses contrées.
Il s'abaissa durant les premiers siècles de l'Empire romain qui possédait toutes les mines connues du bassin de la Méditerranée.
Il se releva au iv® siècle, surtout durant la période des invasions, parce que la crainte des barbares faisait enfouir les trésors et arrêtait l'exploitation des' mines.
Il tendit vers la baisse à la suite des croisades, parce que, si le commerce reprenait alors son essor, des exploitations minières, commencées ou renouvelées en EiSçsigtv^, evv ^^\ûsv.^<6. pn Hongrie f approvisionnaient mieux \e mat^^.
Il se relevait au \y^ siècle par suite d'un commerce plus actif coïncidant avec un état stationnairè des mines, lorsque Christophe Golomh découvrit TAmérique.
Les Espagnols trouvèrent au Mexique et au Pérou des mines dont la richesse dépassait de beaucoup tout ce qu'avaient connu l'antiquité et le moyen âge. Il s'ensuivit, comme le remarquaient avec chagrin des contemporains, « une cherté excessive de toute chose, » c'est-à-dire une grande et rapide dépréciation des métaux précieux : à Paris, rheclolitre de froment, qui valait environ 10 grammes d'argent fin à la fin du xv« siècle, était payé plus de 80 grammes dans la première moitié du xvip. En même temps, le rapport de l'or à l'argent se modifiait. Il avait été environ de 1 à 12 ; mais, les mines d'Amérique étant surtout des mines d'argent, il ne tarda pas à être de 1 à 15.
Les communications entre les marchés éloignés ayant été pendant tout le moyen âge plus difficiles qu'aujourd'hui, il y avait entre la valeur des métaux précieux dans un lieu et leur valeur dans un autre lieu des différences beaucoup plus grandes qu'aujourd'hui.
Vers 1848, la production annuelle était d'un peu plus que 200 millions de francs, dont 3/4 environ en argent et 1/4 en or. A cette époque, la découverte des mines d'or de la Californie, puis de TAuslralie, et le développement des exploitations de rOural et de la Sibérie élevèrent la production annuelle des métaux précieux à près de 1 milliard, dont les 5/6 étaient en or. Comme conséquence, la valeur des métaux précieux s'est abaissée depuis i 848. Elle se serait abaissée beaucoup plus sans le développement que le commerce, stimulé par diverses causes, a pris en même temps durant cette période.
Comme les nouvelles mines avaient surtout produit de l'or, ce fut Tor dont la valeur baissa le plus. Cependant, depuis 1870, quelques pays, comme l'Allemagne, ayant adopté l'étalon d'or et les mines d'argent des Etats-Unis étant devenues très productives, l'argent s'est trouvé à son tour en surabondance et sa valeur est devenue inférieure à 15 fois 1/2 son poids d'or. En 1880, la produdioxv 4^^ vaèV^xrR. ^xm^ewiL
était d'environ 1100 millions, moitié en or et moitié en argent.
De rhistoire des métaux précieux il résulte que :
1® Les variations de valeur entre les deux métaux ont été continuelles, sans cependant que le rapport de l'argent à l'or dans le monde civilisé ait été au-dessous de 10 ou se soit élevé jusqu'à 20 pour 1 .
2° Les variations de prix, c'est-à-dire de la vtfleur de la monnaie, ont été continuelles aussi et ont eu des amplitudes beaucoup plus considérables; on peut dire approximativement qu'un kilogramme d'argent achetait, à la fin du xv« siècle, huit à dix fois plus de denrées qu'aujourd'hui.
3° Les variations de prix ont été plus souvent dans le sens de la baisse des métaux précieux que dans le sens de la hausse.
4° Si l'on embrasse une courte période (or, tous les échanges dans le commerce ordinaire se font dans une courte période), /a monnaie est la mesure des valeurs la plus exacte.
5" Si, au contraire, on embrasse une longue période, c'està-dire une période historique de plusieurs siècles, les métaux précieux deviennent une mesure tout à fait insuffisante. On peut leur préférer soit la journée d'un ouvrier ordinaire^ soit le prix d'un objet de consommation très générale, comme le blé, ou mieux chercher à établir un terme de comparaison à l'aide de la valeur combinée d'un grand nombre de marchandises; mais il faut renoncer à trouver une mesure exacte.
RÉSUMÉS
La monnaie est par excellence l'instrument des échanges. C'est une marchandise qui, selon la loi commune de l'échange, se vend et s'achète ce qu'elle vaut, mais qui, étant revêtue d'un caractère légal, sert dHntermédiaire dans l'échange des autres marchandises et de dénominateur commun dans la comparaison 4$^ valeurs.
ÉCONOMIE POUTIQUE. V^
l94 LÀ GtftCtiLATION
Lés métaux prèciétiï bnt lëS ttuàiîtés i*tâ^ûiSiB» p6\ït servir de monnaie : grande valeur sous un petit voîttftié, homogénéité et divisibilité , îhâîtérabilité , déiislté, stabilité relative de valeur.
Le système monétaire peut être fondé sur le double étalon ou sur l'unité d'étalon. — Le double étalon fournit un marché itiobétairé plus large et un apiH*evisio]lnedétkt métallique pluis em^iAétûble j il amortit les brusqtiës tdsfelUations de Valeur dé la monttaiéj mais il r^ttd ttës ôScillatiotiS plus ft*éq\ientes et il ptoUâsé à la baisse de la monnaie. — L'uîiitè d'étalon est Un système plus logique, parce qu'il fournit une mesure fixe, sinon quant à la valeur, du moins quant à la matière. — L'étalon d'or convient aux peuples riches.
Les monnaies divisionnaires peuvent avoir une valeur réelle inférieure à leur valeur nominale, à condition que le coUJ*s en soit limité par la loi.
La Ffance et les États (Jui ont contracté avec elle l'Uniôil monétaire soht sous le régime du double étalon mitigé.
Lingots et monnaies sont une même màrchaûdise : ii ne peut exister entre la valeur des uns et des autre» que la différence des frais de fabrication.
Plus le prix des marchandises est élevéj moins les mé^ taux précieux ont de valeur ; moins le prix des marchandises est élevé, plus les métaux précieux ont de valeur.
L'histoire montre que les variations de valeur entre 1^ deux métaux ont été oontinut^les^ que les variations de prix ont été eontinueUe» aussi et beaucoup plus considérables ; qU'ellen ont été le plus souvent dans le sens tte Vdi l^idsej que^ dane une courte période^ la monnaie est U menure des valeurs la plus exacte $ mais que, dans ttné langue périodej elle devient une mesure tout à fait insufQsante*
LE CRfiÔlî Ë* LfeS BANOUES 495
Sommaire. — 90. La nature du crédit. — 91 i L'influence du crédit. — 92. Les principaux modes de crédit. — 93. Les effets de commerce. — 94. Le rôle des banques. — 95. Le mécanisme des banques. — 96* L'association en- vue du crédit. -^ 97. Le billet de banque. — 98. Les mouvements de l'encaisse, du portefeuille et de la circulation. — 99. Le papier-monnaie. — 100. Le mode d'émission des billets de banque. — 101, La Banque de France. — 102. Les principales Banques étrangères.
do. Lii natnre dn crédit. — Si la monnaie est le seul dénomibateui^ commun, elle n'est pas le seul instrument des échanges. Elle a un puissant auxiliaire dans le crédit. Nous pouvons déjà dire d'une manière générale que le crédit consiste dans Véchange (Tune réalité actuelie, c'est-à-dire d'une richesse existant actuellement sous forme de monnaie, de marchandise ou de valeur quelconque, contre une probabilité future^ c'est-à-dire contre le remboursement, à une époque ultérieure et si le débiteur est solvable, de la richesse prêtée et des intérêts du prêt.
Étudions la nature de cet instrument en prenant le cas le plus simple.
Un ouvrier a besoin de pain; mais il n'a pas d'argent, parce qu'il a déjà dépensé la paye de la dernière quinzaine et qu'il faut attendre encore huit jours la paye prochaine. Il va cheî le boulanger, qui lui donne un pain dont il lui protnet de payer la valeur dans huit jours. Ou plutôt il n'a besoin de rien promettre; il prend son pain; le boulanger a l'habitude de le lui donner chaque jour ; liouvrier a l'habitude de le payer chaque quiùzaine ; le premier en use de même avec toutes ses praticJUes en qui il a confiance : c'est un contrat tacite qui est avantageux à tous, puisqu'il permet à l'ouvrier de manger sans argent, au boulanger de vendre un pain qui auirait peut-être inutilement attendu datL^?»^\iQ\v>^s\QK.>av autre con8omiïi9iie\!Lt. Voilà te phènomèt» ôlm ex^^ ^wv^ ^^
forme la plus simple. C'est ce qu*on appelle « faire crédit » et « acheter à crédit » : le langage ordinaire est ici d'accord avec le langage de la science.
Que s'esl-il passé ? Le boulanger a eu confiance dans la probité et la solvabilité de son acheteur : voilà le principe, II lui a livré sa marchandise sans en exiger immédiatement le payement, c'est-à-dire qu'il lui a fait avance de la valeur de cette marchandise : voilà le fait. La marchandise, que l'ouvrier n'aurait pu acheter au comptant que dans huit jours, est entrée plus tôt dans la circulation : voilà le résultat.
Si le boulanger n'avait pas cru l'ouvrier assez honnête ou assez riche pour payer son pain, si même il n'avait pas trouvé quelque avantage à se défaire promplement de sa marchandise, il n'aurait peut-être pas agi ainsi ; la confiance et la circulation jouent donc un grand rôle dans le crédit. Toutefois le crédit, considéré en lui-même, a été une manière de prêt, une faculté de consommer ou d'utiliser une certaine valeur appartenant à autrui sans que le consommateur donne en même temps une valeur égale. S'il avait donné celte valeur égale, l'échange eût été parfait ; l'acte de crédit est un échange inachevé.
C'est par la contingence même d'un des deux termes du rapport que le crédit diffère essentiellement de l'échange ordinaire. Dans l'échange ordinaire, où Ton livre produit contre produit, l'opération est complète du premier coup. Dans un fait de crédit, l'échange reste comme suspendu jusqu'à ce que le débiteur se soit acquitté. Celui-ci a donc, en premier lieu, l'usage, pendant un certain temps, d'un produit dont il ne fournit pas l'équivalent; en second lieu, il est certain qu'il a reçu, tandis qu'il est seulement probable qu'il rendra. De là, la légitimité de l'intérêt qu'il paye à son créancier comme prix de l'usage, et l'élévation du taux de cet intérêt d'autant plus grande que l'éloignement de l'époque du remboursement ou le peu de confiance qu'inspire l'emprunteur rendent moins certaine la livraison future du produit équivalent.
Toutes les autres formes du crédit ne sont que des variaù'ons plus ou moins compliquées dw ^\vé\io\£k&\i^ ^\ie nous
venons d'analyser et peuvent toujours se ramener à un contrat semblable à celui du boulanger avec l'ouvrier. Qu'au lieu d'un pain il s'agisse d'un habit, de dix balles de café, de vingt pièces d'étoffe , d'un fonds de commerce de 100 000 fr., d'un travail personnel, il y a toujours un vendeur qui livre une certaine valeur sans recevoir immédiatement en échange une valeur équivalente, et un acheteur qui reçoit cette valeur en s' engageant, moralement ou par écrit, à rembourser la dette qu'il contracte. Dans toute opération de crédit, il y a donc; d'une part, le vendeur^ lequel est prêteur ou créancier, d'autre part, V acheteur^ lequel est emprunteur ou débiteur; entre les deux, une marchandise que le premier avance au second, parce qu'il a confiance en lui.
Au fond de tout acte de crédit, il y a une avance, et c'est Tavance même qui constitue le phénomène du crédit : avance sur promesse implicite de remboursement dans les rapports ordinaires d'un tailleur avec son client, avance sur promesse écrite dans d'autres cas. Quand l'ouvrier reçoit au bout de la quinzaine le prix de son travail de deux semaines, quand le propriétaire touche au terme le loyer d'un logement dont jouit depuis trois mois le locataire, n'y a-t-il pas encore avance de services et acte de crédit? Mais comme, au fond, produits et travail sont des services, on doit dire d'une manière générale : le crédit est une avance de services.
On emploie ce mot de crédit dans un sens un peu différent quand on parle du « crédit publie » ou d'un homme « qui a du crédit ». On veut désigner non plus l'avance ellemême, mais la faculté qu'a un Etat ou un particulier de se procurer des avances de services.
Pour qu'il y ait avance de services, il faut nécessairement qu'il y ait d'abord des services rendus, des produits créés, une richesse réelle; on ne prête pas le néant. Si le tailleur n'avait pas d'habits, il ne pourrait pas en fournir à crédit. Il en est de même d'un marchand de soieries, d'un bailleur Jde fonds, d'un ouvrier; s'ils ne possédaient pas l'un des pièces d'étoffe, l'autre de l'argent, le troisième Aw Vî^n^^^ \s>m% enBn quelque va/eur réelle et ècliaTigeaYiV^, \V Ti^ \evtt "SKt^vV
pas plus possible de veAdre à crédit qu'au comptant. Cette observation est si simple qu'elle paraît puérile. Elle conduit pourtant à une vérité très importante et parfois mé' connue : c'est que le crédit doit toujours reposer sur une valeur réelle; et conséquemment à cette autre vérité capitale : k crédit est par lui-même un déplacement e( non une création de capitaux.
La quantité de valeurs que chacun possède, comme étaut sa propriété ou comme résultant d'un emprunt, est donc la limite du crédit qu'il peut accorder à un moment donné. De plus, on n'accorde de crédit qu'à ceux qui ont assez de moralité pour inspirer confiance ou qui possèdent assez euxmêmes pour présenter une garantie. Ces deux raisons font que, dans .une nation pauvre, il y a peu de crédit, parce qu'il y a peu de gens capables de le donner et peu de gens jugés dignes de le recevoir; au contraire, dans une nation riche, le crédit est d'un usage très fréquent et devient un des grands moteurs du mouvement économique. Mais, quelque riche que soit cette nation, le crédit, en supposant que les nations étrangères n'interviennent pas dans ses affaires, ne saurait jamais *y être plus grand que la masse de ses richesses, et il ne peut s'accroître que par suite d'un accroissement proportionnel de la production; car, encore une fois, il faut que la richesse soit créée pour qu'elle puisse être déplacée et prêtée.
ai. li'inllveiice du crédit. — Le crédit n'en exerce pas moins une très grande influence sur la création des richesses et, par suite, sur la formation du capital.
Voici un homme qui est actif, intelligent, laborieux, mais qui, faute d'argent, était resté longtemps ouvrier serrurier, et qui gagnait à peine avec ses deux bras de quoi suffire à son entretien journalier. Un capitaliste lui a prêté 3000 francs à Taide desquels il a pu louer une petite boutique, faire construire une forge, acheter des outils, du charbon, du fer et travailler pour son propre compte. Comme il est adroit, les pratiques ne lui ont pas fait défaut. Sur ces 3000 francs, 2000 seulement avaient servi aux frais de premier établissèment; 40Û0 avaient été employés à acheter du fer, qui, sous le marteau de Varliaan, s'esV cowertx eiv ^wtwx^a^ ^\ ^\^
LE CRÉpiT PT LUS BANQUES 199
objets (Jivers valant plus (]^ 3Q00 francs, Avec ces 3000 francs» il a encore acheté du fer dont la valeur, grâce à .son industrie, a tFlp)0; si bien qu'au bout 4^ û^ aP^ P^ serrurier avait remboursé les 3000 francs emprunte's, et qiui'U possédait déjà upe boutique achalandée et un pe|it capiiafr Un^
avauce (Je 3000 francs pepdant ai)^ aps avait opéré ce cbap»
gement, tiré un homme de la médiocrité et epriet^i la SQçiét^
de toute la valeur 4e sa production ; e*eat )à uu mu*açle (id h
la puissance 4u prédit^
Un homme avait arf^eté une terre 4e quelque? arpents qui valait à peiue 1^0 fraucs, parce que Tançieu propriétaire, faute 4*argent, l'avait laissée presque eu friche* Cet homme était riche. Il coufia cette terre à uu pauvre hère du village qu'il savait laborieux et lui fournit uue paire 4e Iw^ufa, une charrue, 4es moutons, des semeuoes, A rai4e 4e ces instrur mentâ de travail, le métayer cultiva; la terre, qui par ellemême était fertile, répondit à Pes sqius. Au bout de dii^ ans le pauvre bére était 4eveuu W^ villageois aisé ; son bétail avait doublé et la terre ellennême, retournée et fumée, aurait valu plus de 3Û00 francs si le propriétaire avait voulq la vendre. Voilà encore uu miracle du crédit.
Les exemples de ee genre sont inQnis. Interrogez les industriels et les négociants que vous rencoutrez dans la société ; la plupart vous diront qu'au début de leur carrière ils ont eu recours à des capitaux empruntés et que c'e$t le crédit qui leur a permis de former leurs premières entreprises. Ep saurait-il être autrement? L'homme ne peut rieu sans avoir un capital, et comment auraitril pu amasser un capital ava^t d'avoir rien fait? Sans le crédit, il n'y a guère que ceux auxquels leurs parents auraient laissé quelque fortune qui seraient capables d'exercer une industrie ou un commerce quelconques. Que d'intelligenees, que de facultés diverses et précieuses ne demeureraient pas stériles? et combien la sot ciété tout entière ne serait-^elle pas plus pauvre sans l'in^; Huence bienfaisante de ce crédit, c'est-à-dire sans ce dépla^ cément du capital qui est venu s'associer au trapailf
D'ailUeura œ n'est pas^seulement au début d^ W ^^^^^^^^^ a' est dans toute» les blanches et k \o\x%\^ à^^%^ ^^\ ^^ôn^
3i0 LÀ CIRCULATION
présente de change, à Tordre de M. Jacques, filateur, la somme de mille francs, valeur reçue en marchandise. » Il signe et il date.
Ce billet est adressé au marchand de nouveautés, et M. Courtois met au bas, comme on mettrait sur Tenveloppe d'une lettre : « A M. Charles, marchand de nouveautés, 13, rue du Temple, Paris. »
C'est la quatrième forme du crédit commercial, une des plus usitées, celle qu'on appelle la lettre de change.
La lettre de change est l'inverse du billet à ordre ; par celui-ci, c'est l'emprunteur qui promet de payer ; par cellelà, c'est le préteur qui ordonne de payer. Le contrat de change consiste à faire livrer dans un lieu une valeur fournie dans un autre lieu : et, comme la lettre de change ne fait que constater le contrat de change, il faut (d'après la loi française, dont l'exigence dépasse à cet égard celle de législations plus récentes) que la lettre soit tirée d'un lieu sur un autre, par exemple du Mans, où réside le manufacturier, sur Paris, domicile de l'acheteur.
Il est toujours sage, il est môme, dans certains cas, indispensable de prévenir le débiteur que l'on vient de tirer sur lui et de lui faire accepter la lettre de change, c'est-à-dire d'envoyer cette lettre au débiteur, à Charles, qui est tenu d'y mettre sa signature «et ces mots : « Accepté pour la somme de mille francs. » C'est la reconnaissance formelle de sa dette. Faute de cette acceptation, il n'est tenu à rien et peut refuser de payer qnand on se présente au remboursement ; cette réserve est nécessaire.
Avant d'avoir circulé, la lettre de change a donc déjà une grande solidité. Le filateur qui la possède dans son portefeuille, ainsi revOlue de deux signatures, a pour garantie le crédit et les biens de deux négociants, du tireur et du tiré qui répondent du payement. Quand lui-môme la passe à son mécanicien, il l'endosse, et il lui donne encore plus de solidité en y ajoutant une troisième signature et, par conséquent, une troisième garantie. La lettre circule ensuite de main en main, toujours par endossement, comme le billet à ordre. Mais elle a sur celui-ci une supériorité. Toutes les
LE CRÉDIT ET LES BANQUES 2ii
contestations relatives à la lettre de change gpnt du ressort du tribunal de commerce, parce que quicouque accepte u^e lettre de change se déclare commerçant par ce fsiit ^^\i\ et est soumis aux conséquences de la législation commerciale.
La lettre de change a de plus Tavantage d'éteii^dre deux dettes à la fois. Le marchand devait n^iUe francs ^\k mauufacturier; le manufacturier devait mille francs au Qlateur. Si la lettre de change, qui a été une transmission de créance, est acquittée exactement à Téchéance, il y a bien deux dettes liquidées du même coup,
go II est bon, disons-nous, que les lettres de change soient acceptées par les débiteurs ; dans la pratique, elles le sont, en effet, presque toujours. Mais il y a des cas où la nécessité de Tacceptation deviendrait une gêne. En voici un, par exemple. Supposez que le marchafnd de nouveautés ne soit pas venu lui-môme acheter les vingt pièces de toile au Mans, mais qu'il ait mandé par écrit de les lui expédier, et que le manufacturier ait obéi immédiatement à cet ordre. Le lendemain, celui-ci doit payer son filateur. Le marchand de nouveautés accepterait-il une lettre de change de mille francs, avant d'avoir reçu les toiles et examiné si elles sont bien telles qu'il les avait commandées? Evidemment non. Et pourtant il faut donner un règlement à M. Jacques. Pour concilier les deux intérêts, on modifie en ces termes la rédaction du billet :
« A quatre-vingt-dix jours de date, il vous plaira payer par le présent mandat, non susceptible d^ acceptation , à l'ordre de M. Jacques, valeur reçue en marchandises. > On signe et on date.
La garantie est moindre que dans le cas précédent, puisque le tiré pourrait dire à l'échéance qu'il ne connaît pas cette dette ; mais le tireur reste toujours responsï^hle, et, à défaut du tiré, ce serait lui qui serait obligé de payer. Le mandat présente la même sécurité qu'un bjHet à ordre souscrit à M. Jacques le filateur, et il a sur le billet à ordre l'avantage de liquider deux affaires.
94. Le rôle des banques. — Le crédit ne peut pas être gratuit : tout service doit avoir son salaire.
Quand un négociant fait crédit à un autre et accepte un effet en payement, il a l'avantage de vendre immédiatement sa marchandise et de pouvoir renouveler son approvisionnement; mieux vaut prendre un billet à quarante jours de date avec lequel on peut acheter d'autres produits que garder sa marchandise encore quarante jours en magasin pour attendre un acheteur au comptant. Si Tacheteur avait payé en espèces sonnantes, on lui aurait fait l'escompte, c'est-à-dire une légère diminution sur le prix de la facture; accepter de lui un effet en payement est une autre manière de consentir à une légère diminution. Le besoin de vendre est la raison d'être du crédit commercial et la satisfaction de ce besoin en est le salaire.
Si le même négociant voulait échanger son billet, non plus contre une marchandise quelconque, mais contre la somme d'argent que ce billet représente, il ne le pourrait pas au même titre, parce que, dans les conditions ordinaires, nul n'éprouve le besoin d'échanger une valeur réelle contre la promesse de celte même valeur, c'est-à-dire plus contre moins. Donner de V argent contre un billet^ c^est prêter de r argent jusqu'à V échéance^ et ce prêt , comme tout autre, doit produire un intérêt^ lequel n'est pas moins légitime dans ce cas que dans les autres et s'appelle du nom particulier ^'escompte.
Prenons un exemple. M. Jacques, filateur, auquel a été remise la lettre de change de 1 000 fr. tirée sur M. Charles, a besoin d'argent pour payer ses ouvriers le lendemain. Or il lui faudrait attendre encore quatre-vingts jours pour être payé lui-même par M. Charles. Il va donc trouver une personne qui possède de l'argent ; il lui remet l'effet qu'il passe à son ordre, et il en reçoit, en échange, 1 000 fr. moins Tintérôt de 1 000 fr. pendant quatre-vingts jours, soit 992 fr. 20, en calculant l'intérêt à 4 0/0.
C'est là ce qu'on appelle escompter un effet. Celte dernière transformation est le complément nécessaire du crédit commercial ; mais les négociants, qui peuvent dans leur industrie faire produire à leurs capitaux un intérêt très élevé, sont fort peu disposés à les céder de cette manière; il faut
des négociants spéciaux qui fassent profession d'escompter les effets de commerce.
Autre cas. Le manufacturier du Mans a un payement à faire à Marseille. Comme il est coûteux et embarrassant d'envoyer de l'argent, qui pourrait être perdu ou volé en route, il désire trouver au Mans quelqu'un qui puisse lui donner contre de l'argent comptant une lettre de change payable à Marseille, comme Jacques désirait tout à l'heure trouver de l'argent comptant en échange d'un effet.
Enfin il y a bien des gens qui désirent, sous une forme ou sous une autre, emprunter de l'argent; mais il y en a beaucoup aussi qui désirent prêter de l'argent et qui ne connaissent pas d'emprunteurs ou qui n'osent pas se^confier à ceux qu'ils connaissent. Les uns et les autres ont ^de besoin de trouver quelque part des bureaux de crédit qui mettent en rapport prêteurs et emprunteurs.
Ces bureaux, ce sont les banques qui sont placées en quelque sorte au sommet du crédit, recevant, d'une part^ et rassemblant les capitaux de ceux qui veulent prêter, dispensant, d'autre part^ les capitaux à ceux\qui veulent emprunter. On pourrait comparer la banque, indispensable instrument de la circulation, à un réservoir de capitaux muni d'une pompe aspirante et foulante et agissant sur les capitaux comme une pompe agit sur l'eau. On pourrait aussi nommer le banquier un marchand de capital et de crédit.
Ceux qui ont de l'argent à placer viennent le lui offrir, et il leur en achète la jouissance en leur payant un certain intérêt de cet argent ; c'est bien du crédit qu'il achète, car ces placements ne sont pas autre chose que des avances de la marchandise nommée argent que lui font ses clients.
Ceux qui ont besoin d'argent viennent lui en acheter, sous forme de prêt direct, de prêt sur gage, d'escompte, de négociation d'effet de commerce; c'est du crédit qu'il vend quand il avance une valeur qui ne lui sera remboursée que plus tard, et, comme tout marchand, il vend sa mar-" chandise, c'est-à-dire le capital et \e cïëà\\., ^\w^ çîwet oj^iJl'^ ne Va achetée.
iii LÀ cmcULATION
Il éàt diâé dé compreiidt^ par là l'importance du rôle que joue la banque dans le mouvement des capitaux.
II&. i.ë ittéettiilliiiié dtsis l^aii^ttës; — Il faut indiqtier le, mécanisme par lequel iine banque opéré.
Quakid Utié bânt^ue se constitue, elle possède un certaih capital. Maiè, qdel que soit ce capital, il ne figure d'ordinaire que cômtné la sdinme la ttioiiis forte relativement à là massé de séd opératiottSé Une partie, engagée dans les frais de premier établissement, se trouve immobilisée; une* autre partie i3e ttt)ttVe quelquefois convertie en rehtes, en actions, en immeubles, et sert à dbnUer aux affaires de la maison une garantie. Une pàHié Seulement^ que les bénéfices peuvent^ il est virai, accroître chaque année, se trouve en espèces flans la caisse et peUl être employée directement aux opératioiis de commerce.
1» Beaucoup de gens, qui ii'diit pas besoin de leur argent, le portent chet le baiiqûlerj avons-nous déjà dit : lés particuliers fbht bien de ne pas laisser Tàrgent dormir dans leur caisàé. La banque rassemble ainsi les épargnes du rentier fet du travailleujp, rargefat inutile au commerçant, les fonds qui, ne trouvant pas Un emploi immédiat, cherchent un plaéement sût* et d'un dégagement facile. Elle attire et retient ces capitaux en leur payant presque toujours un intérêt d'autant plUs élevé (JU'ils lui sont prêtés pour un temps plus long. C'est par lèélle bpértitiôtt qu'elle achète l'usagé des capitaux, autrement dit l'instrument de crédit. Les capitaux prêtés ^'appellent lés dépôts.
Celui qui les a déposés peut les i^tirër, à vue ou en prévenant un certain nombre dé jours d'avance, en totalité oii en partie, direiôtement lui-même ou en donnant à ses créanciers des chèques OU mandats sur la banque;
En faisant fructifier les petits comme lés gros capitaux, la banque stimule l'épargne, mère du capital et de la richesse, et rend ainsi un double service, et par les capitaux qu'elle utilise, et par les capitaux dont elle provoque la formation.
2o Les banques reçoivent des capiteux autrement qu'à titre de prêt ou dé dépôt simple. Un négociant a tous les jours des sommes à recevoir et à payer. Pour se débarrasser des ennuis
LE CRÉDIT Bt LES BANQUES ^i5
d'un mouvement de eaisse compliqué) il peut euvoyter Isbn argent à la banque. C'est elle, dès lors, qui reçoit et paye pour lui : il n*a qu'à donner ses ordres*. Mais elle se bottie presque toujours dans ce cas au rôle de simple caissière, c'est-à-dire qu'elle ne paye qu'autant qu'elle a en caisse de l'argent appartenant au négociant, ce qu'on exprime en disant que la balance doit être en faveur du compte créditeur. Elle ne fait donc pas d'avances au négociant; tout au contraire, c'est le négociant qui lui fait crédit en lui reniiéttant par avance des sommes d'argent dont il ne disposera que plus tard. Mais il ne le fait lui-même que parce qu'il y trouve avantage. Indépendamment des embarras qu'il s'épargne, 11 retire des sommes déposées un intérêt que la plupart des banques ont coutume de payer pour lés dépôts de ce genre, et il liquide ses affaires' avec les négociants qui ont, comme lui, un compte en banque, beaucoup plus commodément qu'il ne pourrait le faire même à l'aide de la lettre de change.
En effet, si le marchand de nouveautés et le manufacturier que nous avons pris pour exemple avaient un compte lén banque, si le filateur et le mécanicien en avaient ausM; il aurait suffi que le marchand de nouveautés eût donné ordre à la banque de retrancher 1,000 fr. à son avoir et de les porter au compte du manufacturier, lequel, le lendemain, eût donné le même ordre au profit du filateur, qui en aurait fait autant pour son mécanicien. La banque n'aurait pas déplacé un seul écu de sa caisse, et par un simble virement, c'est-à-dire par un simple transfert d'écritures sur ses livres, quatre dettes se seraient trouvées éteintes en moins de temps qu'il n'en faut pour compter une pile de 1 000 fr'. ; et elles seraient bien réellement éteintes, non par une simple promesse de payement, qui peut être protestée, mais par un payement effectif, tout cela sans risques et à peu de frais.
Tels sont les avantages de ce genre de dépôts, qu'on désigne sous le notn de comptes-courants.
Certaines banques s'adonnent presque Uniquement aux opérations de cette nature ; elles sont dites hanqms ^ dé-
pôL A Londres, à New York, les virements sont d'un usage journalier, et il existe un établissement, dit Clearing house^ où tous les jours les banquiers règlent entre eux les dettes el créances de leurs clients par de simples transferts d'écritures pour une valeur de plusieurs centaines de milliards par an ; à Paris, il existe, dans ce genre, une Chambre de compensation^ créée en 1872.
Le capital disponible, les dépôts et les comptes-courants forment Y encaisse métallique.
3° Ce ne sont pas sealement des espèces que le négociant, ayant un compte-courant, envoie à la banque ; ce sont aussi des effets de commerce qu'il reçoit en payement de ses débiteurs et qu'il ne veut pas avoir l'embarras de toucher luimême à l'échéance, embarras considérable lorsque ces effets sont payables à cent ou deux cents kilomètres de la ville qu'il habite. La banque s'en charge en lui prenant un léger droit de commission. Après l'échéance, lorsque l'effet a été acquitté, le montant en est porté au crédit du compte-courant et commence à porter intérêt; avant l'échéance, la banque n'est que simple dépositaire de ces effets que l'on nomme effets à rencaissement ou effets en recouvre^nent.
Jusqu'ici, nous n'avons vu qu'une des deux faces de la banque, celle d'acheteur de crédit ou, tout au plus, de commissionnaire, quand elle garde en portefeuille les effets en recouvrement au lieu de les remettre dans la circulation endossés par elle. Voyons maintenant comment elle opère avec ce crédit acheté et comment elle le revend au commerce.
4o Tous les négociants n'ont pas de compte en banque, et ceux qui ont un compte en banque ne sont pas toujours disposés à garder leurs effets jusqu'à une époque très voisine de l'échéance. Us peuvent avoir besoin d'argent comptant, et, pour s'en procurer, ils portent ces effets à l'escompte. Une banque, grâce à son encaisse métallique, peut leur en compter la valeur en espèces, en retenant, comme nous l'avons dit, . l'intérêt de la somme jusqu'au jour de l'échéance.
La banque accepte, en général, les lettres de change et les
hïUets à ordre dont le payement n'est pas trop éloigné et est
garanti par deux signatures au moms. C«t di^xr^ ^\^^\\«^^à
LE CRÉDIT ET LES BANQUES 2l7
sont nécessaires pour constater une opération commerciale dans laquelle il y a toujours un vendeur et un acheteur, et elles donnent à la banque recours pour le payement stir deux personnes. Une seule signature, qui ne pourrait être que celle de la personne demandant ce crédit, convertirait l'escompte en un prêt direct.
Les effets escomptés par la banque composent son portefeuille, La banque en est propriétaire, puisqu'elle les a achetés argent comptant ; elle en touche pour son propre compte le montant, qui, à Téchéance, remplit le vide qu'avait laissé dans sa caisse l'avance faite au négociant. Il lui reste de plus pour bénéfice l'escompte, ou du moins la différence entre le taux de l'escompte et le taux de l'intérêt qu'elle paye elle-même aux capitalistes dépositaires qui avaient fourni l'argent. C'est là une des plus importantes opérations de banque et celle par laquelle elle crédite le plus ordinairement le commerce. Les banques qui s'y adonnent sont dites banques d'escompte.
5° On désigne sous le nom de banques populaires des banques qui pratiquent le crédit solidaire; elles font des prêts directs, escomptent des effets de commerce et cherchent toute leur clientèle ou leur principale clientèle dans la petite industrie et le petit commerce.
6* Les banques ne touchent pas toujours par elles-mêmes la valeur des effets escomptés dont elles sont propriétaires, ni même des effets en recouvrement dont elles sont dépositaires. Nous savons qu'il y a des occasions où, pour faire un payement lointain, on préfère un effet de commerce aux espèces sonnantes. C'est aux banques que l'on s'adresse. Cellesci ont toujours un choix varié d'effets de commerce ou traites à vendre qu'elles livrent suivant le cours du change ; dans ce cas, elles font simplement l'office de courtiers de change. Quand elles n'en ont pas, elles peuvent fournir des traites qu'elles tirent elles-mêmes sur leurs correspondants; il est rare qu'une banque importante n'ait pas quelque moyen de faire une remise, c'est-à-dire de faire un payement, sur une place de commerce quelconque.
De taule façon, les effets qu'elles îoum\%^«li\.^<^t^fôox\^^a
BndossemeDt et iacquièrent par ce seul fait une grande solidité. Il arrive, grâce à cette solidité^ que les banques péuveiit remettre dans la circulation une partie de leur portefeuille et que les effets revêtus de leur signature sont acceptés presque avec autant de confiance que Targent. On a justement comparé ce rôle de la banque à celui d'une assurance. En effet, la banque garantit et assure par son propre crédit les endossements et les preneurs successifs contre le non-payement de Feffet.
7** L'escompte est sans doute une des meilleures opérations d'une banque, parce que les placements de cette nature sont généralement solides, de courte durée et fréquemment renouvelés. On peut en dire autant des opérations de change et d'arbitrage, qui consistent à échanger d'un pays à un autre des effets contre de Tatgent ou de l'argent contre des effets.
8° Mais une banque ne trouve pas toujours à placer tout son argent en effets escomptés et en arbitrages. Elle cherche pourtant un emploi à ses fonds, qui ne doivent jamais rester oisifs et elle a recours à des opérations de nature diverses, tels qu'avances au commerce sous forme de prêt direct ou de prêt sur warrants, admission de comptes courants débiteurs; placements à long terme à découvert sous forme de commandite ; placements d^ actions à titre de commissionnaire ; prêts hypothécaires.
Le grand développement qu'ont pris la commandite, les sociétés anonymes et les opérations de bourse ont donné naissance à de grands établissements de crédit, qui sont des banques de spéculation et dont le princicipal objet est le placement des actions.
Ces dernières opérations ont leurs dangers. Quelque sûrs que puissent être les prêts hypothécaires ou les autres placements à long terme, ils ont l'inconvénient d'engager pour longtemps le capital, de restreindre, par conséquent, le nombre des affaires et d'exposer la banque à ne pouvoir pas répondre aux demandes de remboursement que lui feraient dans l'intervalle ses dépositaires.
Le placement des actions et les spéculations sur la hausse et la baisse sODt plus dangereuses encore.
LE GRÉblt Et LB6 BANQUES il9
(Jutelcjùe iiVanlageiix qui soient les placements en escomptes, ils peuvent surprendre aussi la confiance du banquier; ù^t il y ià des géhs qui ërtiettent des lettres de chahge sailS avoir dé garantie rëelle et, qui, ne remboursant à réchëaface qu'avétt de tiouveàux effets qu'ils oiit escomptés quelques jôUrs auparavant, payent en réalité la banque avec soii propipe crédit. Une fois engagée dans de pareilles affaires, Une banque qui se croit Souvetit obligée de continuer à escompter les nouveaux effets pour ne pas perdre entièrement Ceux qu'elle â déjà àccéptésj finit par composer en grande partie son portefeuille de valeurs fictives : c'est par ce chemin qu'où marche à la banqueroute. L'art du banquier escompteur consiste à se mettre en garde contre de tels entraînements et à proportionner toujours le chiffre des escomptes et le mode des crédits qu'il accorde à la quantité et à la durée des dépôts qu'il feçoit.