‹ Précis d'économie politiqueChapitre 51 sur 62 · La répartition par ftg^es et par état ciiil et la po · texte numérisé non relu

La répartition par ftg^es et par état ciiil et la po

paiation active. — Une population peut être divisée d'après l'âge en plusieurs groupes. En France, au recensement de 1876, le rapport des trois groupes à la population totale était : enfants au dessous de 15 ans, 27 0/0; adultes (de 15 à 60 ans), 61 0/0; vieillards (au-dessus de 60 ans) 12 0/0.

Quoiqu'il y ait des enfants au-dessous de 15 ans et des vieillards de plus de 60 ans dont le travail soit productif, on peut dire, d'une manière générale, que h population active^ celle dont le travail fait vivre l'autre partie, est la population adulte et que le groupe dont l'existence dépend le plus du travail d'aulrui est celui des enfants, parce qu'il travaille

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encore peu et qu'il n'a pas, comme une partie du groupe des vieillards, le revenu d'un travail antérieur pour vivre. Aussi les nations dont la fécondité est grande ont-elles à faire de plus grands sacrifices que les autres pour élever par le travail et le revenu de la population active un plus grand nombre d'enfants : tel est le cas de l'Allemagne, qui, au recensement de 1874, comptait un nombre d'enfants équivalant à 34 0/0 de sa population, tandis que la France n'en comptait (en 4876) que 27 0/0.

Si l'on décompose ces trois groupes d'âges, enfants, adultes et vieillards, en prenant la France pour exemple, voici ce qu'on trouve d'après le recensement de 4876.

Les deux sexes s'' équilibrent à peu près, quoique le nombre des naissances masculines soit toujours le plus considérable. La proportion des enfants du sexe masculin est un peu plus forte; mais les maladies de la première enfance, ensuite les agitations et les travaux de la vie enlèvent un plus grand nombre d'individus du sexe masculin, si bien qu'il y a, somme toute, dans presque toutes les sociétés européennes, un peu plus de femmes que d'hommes; cette infériorité numérique du sexe masculin est marqué surtout après les guerres. Au contraire, dans beaucoup de colonies, le sexe masculin l'emporte parce que l'immigration y introduit d'ordinaire plus d'hommes que de femmes.

Les célibatai7*es constituent la moitié de la population; mais ils se partagent eux-mêmes en deux moitiés à peu près égales, les enfants qui vivent d'ordinaire dans le sein de la famille et par le revenu de la famille, et les adultes qui ont en général une existence indépendante.

L'autre moitié de la population est ou a été mariée. Mais il y a dans le veuvage près du cinquième de cette moitié (4/12 de la population totale) et ce cinquième renferme deux fois plus de femmes que d'hommes parce que les veuves se remarient plus rarement que les veufs. C'est ce qui explique aussi pourquoi il y a plus d'hommes que de femmes dans le célibat. Plus des quatre cinquièmes (plus des 2/5 de la population totale) sont dans l'état de mariage. Comme les vieillards n'ont pas ordinairement d'enfants à élever, c'est

au groupe des ménages adultes, formant environ 1/5 de la population totale, ou plus exactement à la moitié la plus jeune de ce groupe, qu'incombe principalement l'entretien de la population enfantine.

Cette population, qui comprend les enfants au-dessous de quinze ans, constitue, en France, un peu plus du quart de la population totale. Car, de la grande mortalité* des enfants, il résulte que, s'il naît en France un peu plus de trois enfants par mariage, chaque ménage, qui comprend deux personnes, n'élève pas jusqu'à l'âge adulte et par conséquent ne rend pas en moyenne à la société trois personnes : d'où la lenteur de l'accroissement de la population française.

Les proportions entre les divers groupes varie, daùs certaines limites, suivant les nations; mais, en règle générale, on peut dire qu'une population qui, dans le rapport des groupes, a une proportion d'adultes relativement considérable est dans une condition favorable au bien-être et à P épargne, parce qu'elle possède plus de bras et d'intelligences pour produire et moins de bouches pour consommer, qu^une population dans laquelle les enfants et les vieillards sont en proportion plus forte.

134. Les causes de la densité. — On peut dire aussi, d'une manière générale, que les populations sont groupées sur les diverses parties du globe en quantité proportionnelle aux moyens d'existence qu'elles y trouvent.

Mais il y a plusieurs raisons qui ne permettent pas de regarder cette proportion comme étant une règle absolue; la principale est que l'expression de moyens d'existence est un terme vague qui ne correspond pas dans tous les pays et dans tous les temps à une même somme de consommations : les Hindous vivent au nombre de plus de 100 sur un kilomètre carré, en produisant et en consommant moins de richesse que les Français, qui ne sont que 70 par kilomètre carré.

Néanmoins il faut remarquer, comme application de la règle générale, que la zone glaciale n'a presque pas d'habitants parce qu'elle n'offre que très peu de moyens d'existence et de bien-être, qu'il en est de môme des déserts, que les montagnes, peu propres au labourage, et que les steQ\^e%^

qui n'y sont pas propres, ont une population peu dense ; qu'au contraire, la population est gënéralemeat dense dans les plaines arables et dans les vallées dont le sol est généralement fertile et par où passent les voies navigables, sur les côtes où la pêche procure des aliments et où le commerce construit ses ports, aux principales étapes des voies de commerce, naturelles ou artificielles, près des mines de houille et près de la force motrice des chutes d'eau où l'industrie accumule ses usines, dans les grandes villes où le capital abonde et où il y a une grande demande de travail.

Par suite, il existe des différences considérables entre le nombre d'habitants que comporte une même étendue de territoire. Ainsi, tandis que, par kilomètre c^rré, la province d'Arkhangel, région froide, a une densité de 0,4 habitant et que la province d'Astrakhan, région de steppes, en a 2,9, le Lancashire, région toute manufacturière, compte 707 habitants.

L'homme est attiré vers les régions où la mise en œuvre des richesses naturelles, les conditions avantageuses du sol et les ressources de la civilisation lui font espérer que son travail sera rémunérateur ; il s'y fixe et il y multiplie. Aussi, en général, ces régions sont-elles non seulement les plus denses, mais celles dont la densité augmente le plus rapidement. Il semble que, dans un môme État, .une province qui a 50 habitants par kilomètre carré soit plus susceptible de recevoir de nouveaux habitants qu'une province qui en a 450; c'est cependant le contraire qui se produit souvent et qui se manifeste dans les recensements successifs, précisément parce que la densité plus grande dans la seconde province était déjà due au privilège qu'elle avait de renfermer beaucoup d'éléments de richesse. L'attraction de la population vers la richesse peut être assez fortement prononcée pour que, dans un pays dont la population générale augmente peu, la concentration vers les grands centres d'industrie et de commerce ait pour conséquence une diminution du nombre des habitants dans les parties moins favorisées : c'est le cas de la France depuis un certain nombre d'années.

Quand une contrée acquiert quelqu'une de ces qualités qui déterminent la densité, par la découverte d'une mine, par la

fondation d*un port, Touverture d'une voie commerciale, la création d'un centre administratif, les habitants se portent de ce côté et la population augmente.

135. La loi de Malthns et l'équilibre de la population et de la riehesse. — Les faits indiquent donc qu'il existe un rapport intime entre le nombre des habitants et la quantité de richesse produite dans une contrée.

Le premier économiste qui a cherché à déterminer avec précision ce rapport est Malthus. Il était frappé, ainsi qu'il le dit, de « la tendance constante qui se manifeste dans tous les êtres vivants à accroître leur espèce plus que ne comporte la quantité de nourriture qui est à leur portée. » Il crut pouvoir affirmer que la tendance de la population était d'augmenter en proportion géométrique, que, d'autre part, dans les conditions les plus favorables à l'industrie, les moyens de subsistance ne pouvaient augmenter que selon une progression arithmétique, et il posa la formule suivante que l'on désigne sous le nom de loi de Malthus :

Progression de la population : 1^ 2, 4, 8, 16, 32. . . . 4096 — des subsistances : 1, 2, 3, 4, 5, 6 13

Il en concluait que, si l'homme n'avait pas la prévoyance et l'énergie de restreindre volontairement le progrès de la population, la rupture d'équilibre entre le nombre des consommateurs et la quantité des choses consommables aurait pour conséquence fatale la misère de la société et le retranchement par la mort de ceux qui naîtraient en surabondance.

Il y a une observation vraie dans la loi de Malthus : Phumanité tend à s'accroître et son accroissement est subor^ donné à ses moyens d'existence.

Mais : 1° il est téméraire de prétendre exprimer par une formule mathématique un rapport variable qui n'est pas susceptible de précision numérique ; 2° l'observation des faits, sans laquelle toute théorie de ce genre manque de fondement, n'autorisait pas alors, malgré la crise, que subissait l'Angleterre, et n'autorise pas aujourd'hui à affirmer ces tendances divergentes.

Il y a peu de pays où la progression de la population soit géométrique. Le fait peut se produire cependant dans les pays nouveaux que féconde la colonisation par une race d'hommes civilisés : aux États-Unis, il s'est produit jusqu'ici une augmentation dont le rapport est d'environ 1 à 2,4 par période trentenaire ; mais il faut ajouter que cet accroissement est dû pour une part notable à l'immigration, qui a introduit 11 millions d'habitants dans le pays de 1820 à 1880.

Recensement Population. Progression d'une période Progression

do : trentenaire à l'autre. depuis 1790.

Il s'est produit également au Canada et dans les colonies de TAustralasie. Mais les subsistances et la richesse générale n'ont pas augmenté dans ces pays moins rapidement que la population. On en peut juger par le commerce extérieur des Étals-Unis qui, de 1790 à 1800, était en moyenne de 107 millions de dollars et qui a été de 1 503 millions de dollars en 1880; quoiqu'il se soit développé moins vite que la richesse intérieure, il a augmenté dans la proportion de X à 14, pendant que la population augmentait dans la proportion de 1 à 12,7.

Même chez les peuplades sauvages où la richesse est très peu considérable et reste stationnaire parce que la science industrielle ne progresse pas, la mort, qui y fauche sans doute largement, n'a cependant pas besoin, comme le supposait'Malthus, d'abattre en coupe réglée à chaque génération un superflu croissant d'existences. Les institutions et les mœurs y pourvoient d'une manière inconsciente et en grande partie préventive : les naissances sont peu nombreuses. C'est du moins ce qui résulte, à défaut de statistique, de l'observation la plus suivie qui ait été faite à ce sujet, celle d'un Français qui a vécu dix-sept ans avec les sauvages, très peu civilisés, du nord de l'Australie et qui assure que les femmes mariées, quand elles ont des enfants, n'en ont

LA POPULATION 3i1

jamais plus de trois ou quatre, qu'elles nourrissent pendant cinq ans.

C'est donc dans d'autres formules que celle de Malthus qu'il faut chercher les véritables lois expérimentales de la population.

D'autre part, la statistique démographique, qui calcule surtout la natalité, la nuptialité, la mortalité et la densité, est loin de fournir tous les éléments nécessaires à la connaissance des lois de la population et ne livre pas tout le secret de la condition économique des peuples, non plus que la connaissance exacte de leur état économique ne donnerait tout le secret de leur état moral. Naître, vivre et mourir sont des faits considérables sans doute; mais, en premier lieu, ces faits dépendent plus encore de la nature physiologique de l'homme que de sa condition sociale; en second lieu, il y a bien des manières de vivre, et, quoique le bien-être contribue à préserver l'existence, la durée moyenne de la vie ne saurait être regardée comme la mesure exacte du degré de richesse et de l'égalité de la répartition dans une nation.

En résumant et en complétant les données que nous avons rassemblées pour éclairer quelques parties de ce problème complexe, nous conclurons que le nombre d'habitants que comporte un tei^ritoire dépend :

1** Des conditions physiques du climat et du sol que peut utiliser le travail de l'homme, c'est-à-dire des forces de la nature;

2° De la quantité de capital et de l'état de la science industrielle qui augmentent la productivité du travail ;

3** De Vétendue des débouchés qui permettent à la population de se procurer des aliments en échange des produits de son industrie ;

4° De la moyenne des consommations individuelles qui, dans un état déterminé de richesse, permet à d'autant plus d'habitants de vivre que cette moyenne est plus faible ;

8® Du degré d'égalité dans les consommations indimduelles qui, en supposant un état de richesse déterminé, permet à un plus grand nombre de petits consommateurs

de vivre à mesure que diminue le nombre des gros consommateurs.

Les deux dernières conditions ont déjà été indiquées (§130).

Sur la première condition, celle qui est relative au sol et au climat, l'homme ne peut exercer, dans la plupart des cas, qu'une faible influence.

Il en exerce une souveraine sur la seconde et sur la troisième, qui, à leur tour, exercent une influence prépondérante et toujours une influence heureuse par leur accroissement sur l'accroissement de la population; elles sont la grande raison de la densité, quoique dans certains cas restreints, comme remploi des machines en agriculture et l'extension des prairies, le progrès de la science industrielle tende à diminuer la population sur le territoire agricole. Il est opportun de rappeler à ce propos les périodes de civilisation économique que nous avons indiquées en parlant de Texploitation du sol :

Période sauvage où la chasse et la pêche nourrissent beaucoup moins d'un habitant par kilomètre carré ;

Période pastorale où l'élevage des troupeaux ne nourrit guère plus de S à 4 habitants par kilomètre carré;

Période agricole où la culture de la terre, avec un faible capital, nourrit (du moins en Europe) de 20 à 50 habitants environ par kilomètre cat^é;

Période industrielle et commerciale où, grâce à une culture intensive, nécessitant un fort capital, et à l'importation d'un supplément d'aliments payés par la richesse produite sur placCj plusieurs centaines d'habitants par kilomètre carré peuvent vivre.

La quatrième condition peut avoir de fâcheux effets ; car une population qui, dans un pays médiocrement riche, est très nombreuse parce qu'elle consomme peu, est une population misérable; accroître la moyenne des consommations (pourvu toutefois que ces consommations ne soient pas celles du vice) et par là le niveau du bien-être dans la masse d'une population est un des résultats les meilleurs d'une bonne économie sociale.

La cinquième condition est désirable seulement en ce sens qu'il faut éviter les institutions qui, créant ou maintenant

des inégalités, compriment Tessor de ractivté humaine; mais il faut bien se garder de toute institution qui, en vue d'une égalité d'abaissement, déprimerait cette activité et qui, en arrêtant TefiFort des supériorités, arrêterait Tessor de la richesse nationale.

Aux cinq conclusions précédentes, il convient d'ajouter :

6^ En vertu de lois physiologiques et sociales, la population a une tendance générale à augmenter par un excédent des naissances sur les décès,

7° Dans les centres d'industrie où l'exploitation des mines, les manufactures, le commerce sont actifs, la population augmente, en outre, par V immigration,

S^ Dans Vétat actuel de la civilisation économique et grâce aux progrès modernes de la science industrielle, la puissance des moyens de production a pour résultat ordinaire que la richesse s'accroît plus rapidement que la population.

Il est certain qu'il n'en a pas toujours été ainsi ; l'histoire montre qu'il y a des temps et des pays où la richesse et la population sont slationnaires ou même rétrogrades.

9® Il arrive souvent qu'à mesure qu'une population devient plus riche^ le nombre des naissances tend à diminuer et, quoique la mortalité de l'enfance diminue aussi, t accroissement de la population se ralentit. Dans une même population, les classes riches ont, pour plusieurs raisons, la même tendance : c'est presque toujours par l'accession successive de ceux qui montent des rangs inférieurs de la société dans l6s rangs supérieurs que les classes élevées complètent leur recrutement. L'examen des faits montre cependant que cette dernière loi souffre quelques exceptions*

136. L'accroissement des populations. — L'accroissement de la population intéresse l'état économique et l'état politique d'un pays.

Sous le rapport économique, une population qui s^ accroît rapidement a un grand nombre d'enfants à élever : c'est dans le présent une lourde charge qui pèse sur la population active et qui diminue son bien-être. Mais, comme l'homme est la force productive par excellence, la jeune génération, lorsqu'elle est élevée, devient une source plus abondante de ri-

320 LÀ CONSOMhfATlON

chesse; il y a cependant une condition à observer, c'est qu'elle conserve dans son accroissement une certaine proportion avec Taccroissement du capital nécessaire pour faire valoir le travail.

Il y a certainement une limite au nombre d'habitants qu'un espace donné de terre fertile peut nourrir. Mais où est cette limite ? Personne ne peut la fixer, parce qu'elle recule à mesure que progresse la science industrielle. Quand, dans un état donné de cette science, la limite est dépassée, une population industrielle peut encore se nourrir avec des aliments importés et la quantité de la richesse manufacturière qu'elle peut produire et donner en échange est beaucoup moins limitée que celle de la richesse agricole.

Il est vrai que, pour qu'il y ait importation d'aliments quelque part, il faut qu'il y ait ailleurs excédent de production agricole ; mais il s'en faut de beaucoup que toute la terre soit, suivant l'expression de Jules Duval, saturée d'hommes et qu'aucune contrée ne puisse produire plus que ses habitants ne consomment. Le progrès des moyens de communication qui caractérise la science industrielle de notre temps facilite ces importations et, par suite, la formation de groupes d'une très forte densité.

Sous le rapport politique sur lequel il n'y a pas lieu d'insister ici, un Etat dont la population augmente plus rapidement que celle des Etats voisins devient relativement plus puissant parce qu'il peut, mettre sur pied une armée plus nombreuse, si ses ressources financières le lui permettent, et parce qu'il pèse d'un poids plus considérable dans le commerce et dans toutes les questions internationales. C'est ainsi que les Etats-Unis, avec leur population de plus de 50 millions d'individus, sont devenus une des grandes puissances du monde.

iS*?. L'émigration et la colonisation. — L'émigration

peut être déterminée par plusieurs causes :

1** Par V insuffisance de moyens cT existence qui pousse une partie de la population à aller chercher du travail hors du pays natal ;

2** Par la perspective cPun meilleur avenir dans un pays étranger ;

â° Par deà conditions politiques qui rendent intolérables à certaines catégories de personnes le séjour dans le pays natal ;

4° Par la facilité des communications, par les relations établies entre les pays d'émigration et les pays d'immigration, par des institutions publiques ou des entreprises pri* vées qui, dans le pays natal, favorisent l'émigration ou qui, dans le pays de destination, attirent l'immigration.

La première cause pousse surtout les plus pauvres à émigrer et elle agit d'ordinaire avec plus d'énergie dans les temps de crise et de disette que dans les temps de prospérité. La seconde sollicite des individus appartenant à diverses classes de la société, surtout à la classe moyenne, et elle se fait sans souffrance ; mais elle n'agit que sur un nombre relativement restreint d'individus, parce que, ceux qui ont déjà une certaine situation dans leur pays se résolvent moins facilement à le quitter que ceux qui n'ont aucune situation. La troisième est accompagnée de violences et de souffrances morales ; mais elle a été plusieurs fois l'origine de colonisations fécondes, lorsqu'elle déportait sur une terre nouvelle des hommes ayant des qualités morales et intellectuelles propres à la formation d'une société régulière. La quatrième aide puissamment à augmenter et à régulariser le courant de l'émigration.

On peut distinguer les pays vers lesquels se porte Vimmigration en anciens et en nouveaux.

Les anciens pays sont ceux où, la terre étant complètement appropriée et cultivée, l'immigrant est attiré par un appât autre que l'espérance de la propriété foncière. Entre les anciens pays il existe des courants que déterminent des intérêts privés et qui portent dans presque tous les pays des hommes de presque toutes les nations ; il existe aussi des courants généraux, un qui porte des pays les plus avancés en civilisation vers les pays moins avancés des émigrants de la seconde catégorie (émigration en vue d'un avenir meilleur), s'adonnant principalement au commerce et aux professions libérales, un autre qui porte des pays ayant relativement plus d'habitants que de capitaux vers des pays ayant plus de capitaux que de bras des émigrants

de la première catégorie, appartenant principalement à la classe des salariés.

D y a, en France, un courant de ce genre qui amène au nord des Belges et des Allemands, au sud-est des Italiens.

Quand les lois contrarient ces courants, elles entravent le progrès économique parce qu'il est toujours bon que le capital et le travail, qui se cherchent l'un l'autre, puissent se rencontrer.

Un Etat qui arrête l'émigration porte atteinte à la liberté individuelle et condamne une partie de ses citoyens à la misère ; un Etat qui prévient ses citoyens des fraudes par. lesquelles on peut chercher à les attirer à l'étranger sert, au contraire, leurs intérêts.

Un Etat qui empêche l'immigration porte atteinte à la liberté du travail et préjudice au capital national. D'autre part, il est incontestable, en considérant les choses du point de vue élevé de la politique, qu'il vaudrait beaucoup mieux qu'une nation fût capable de satisfaire par l'accroissement de sa propre population aux emplois nouveaux que l'accroissement de son capital requiert ; mais, si celte condition désirable ne se réalise pas, c'est la natalité de l'Etat et non sa capitalisation qu'il faut accuser.

L'immigration dans les pays nouveaux se lie intimement avec la question de la colonisation ; c'est en effet le plus souvent dans l'espérance d'acquérir de la terre et de se faire une nouvelle patrie qu'y vont les émigrants, même ceux qui n'ont d'abord que la perspective du salariat, et c'est, en conséquence, vers les pays où les richesses naturelles, mines ou terres, ne sont pas entièrement appropriées, qu'ils se dirigent. Cette tendance est un bien pour V humanité envisagée dans son ensemble, puisqu'elle a pour résultat de mettre en tBUvre dans le monde une plus grande quantité de richesses naturelles et de faire que l'homme civilisé prenne plus complètement possession de la terre, son domaine. Elle est un bien pour les émigrants qui ne réussissent sans doute pas tous, mais dont beaucoup fondent des familles vivant dans une plus grande abondance qu'elles n'auraient pu le faire au pays natal. Elle est un bien, sous le rapport politique et

économique, pour le pays nouveau auquel manquaient des bras et des capitaux pour faire valoir ses richesses naturelles. Elle un bien pour- VEtat cfoii partent les èmigrants parce qu'il y gagne directement si le pays nouveau est sa colonie et indirectement si le pays n'est pas sa colonie; car le fait seul d'une colonisation nouvelle étend le marché commercial des nations, et la circonstance particulière d'émigrants qui ont la langue et les mœurs .d'une nation profite d'une manière spéciale au commerce de cette nation; Tintluence économique et politique du pays natal se répand dans le monde par les essaims qui en sont sortis.

Aussi y a-t-il intérêt pour un Etat qui possède des colonies à y faire des travaux préparatoires et à y prendre des mesures propres à favoriser la colonisation, et pour un pays nouveau à attirer l'immigration.

C'est par la colonisation que la race européenne s'est répandue depuis la découverte de Christophe Colomb, qu'elle a occupé à peu près toute l'Amérique du nord entre le 52® et le 22e parallèle, qu'elle s'est mêlée ou substituée en partie à la race indigène dans la zone tropicale et dans la zone subtropicale de l'Amérique du nord et de TAmérique du sud et qu'elle y a importé à sa suite la race noire, qu'elle a peuplé la partie méridionale et une partie de la région méditerranéenne de l'Afrique, qu'elle a établi sa domination sur l'Inde, sur une partie de l'Indo-Ghine, de la Malaisie et de la Sibérie et qu'elle a créé, au xix® siècle, un foyer nouveau de civilisation dans l'Australasie. On peut évaluer aujourd'hui à environ 88 millions les représentants de la race européenne, pure ou mélangée, qui vivent dans les pays hors d'Europe : on sait quelle influence cette diffusion a eu sur la richesse de l'Europe, sur celle du monde en général et sur la politique des temps modernes.

RÉSUMÉS

Entre les trois termes, population, production, consommation, il y a nécessairement un rapport.

Lois générales d'équilibre de la richesse et de la

iU LA CONSOMkÀîlO^

population : iquand la production et les capitaux s*ac-» croissent dans une société, la population tend à s'accroître; quand la moyenne de la consommation individuelle s'accroît, la population est plus lente à s'accroître ou tend à devenir stationnaire ; quand toute la terre est occupée dans un pays et que l'augmentation des produits agricoles ne peut être obtenue que par une culture plus intensive, l'accroissement de la population devient plus difficile ; quand les inégalités factices dans la consommation de la richesse diminuent, l'accroissement de la population devient plus facile.

La statistique constate qu'il y a en moyenne, en Europe, 35 naissances, 26 décès, 8 mariages par 1 000 habitants. — Malgré les variations annuelles, chaque pays a un taux à peu près constant de natalité, de nuptialité et de mortalité qui le caractérise.

La première enfance est la période de là vie la plus exposée à la mort. — La chance de vivre des individus bien constitués est d'environ soixante-quinze ans.

L'ensemble des survivants de toutes les générations qui forment, à un moment donné, une population est composé à peu près comme le sont les états successifs d*une même génération.

De l'excédent moyen des naissances sur les décès il résulte dans l'Europe contemporaine, un accroissement moyen annuel de 9 par 1 000 habitants.

La fécondité légitime, c'est-à-dire le nombre moyen des enfants par mariage, est de 4. — Les naissances illégitimes figurent, en outre, pour un peu plus de 7 0/0 dans l'ensemble de la natalité.

Les deux sexes s'équilibrent à peu près dans les populations européennes, avec une certaine infériorité numérique du sexe masculin, quoique le nombre des naissances masculines soit plus considérable. — En

France, les célibataires, composés mi-partie d'enfants et mi-partie d'adultes, forment la mditié de la population ; les gens mariés forment l'autre moitié : il y en a près d'un cinquième dans le veuvage et plus des quatre cinquièmes dans le mariage.

Une population qui a une proportion considérable d'adultes est dans une condition favorable au bien-être et à l'épargne.

Les populations sont groupées sur les diverses parties du globe en quantité proportionnelle aux moyens d'existence qu'elles y trouvent. — Les vallées, les plaines arables, les côtes, les mines, les forces motrices, les grandes villes sont propices à la formation de populations denses.

Lois expérimentales de la population, — Le nombre d'habitants que comporte un territoire dépend des conditions physiques du climat et du sol, du capital et de la science industrielle, de la moyenne des consommations individuelles, du degré d'égalité dans les consommations individuelles. — On peut distinguer, sous le rapport de la densité que comporte un territoire, la période sauvage, la période pastorale, la période agricole, la période industrielle et commerciale. — La population a une tendance générale à augmenter par un excédent des naissances sur les décès. — Elle augmente dans les centres industriels par l'immigration. — Aujourd'hui , la richesse s'accroît dans beaucoup de pays civilisés plus vite que la population. — Dans une population qui devient plus riche l'accroissement tend souvent à se ralentir.

Une population qui s'accroît rapidement s'impose dans le présent une lourde charge ; mais elle a chance de former pour l'avenir une source plus abondante de richesse.

L'émigration peut être déterminée par rinsufBsaiîce

326 LA GONSOMMAtlON

des moyens d'existence, par la perspective d'un meilleur avenir, par des causes politiques, par la facilité des communications, par des relations ou des institutions qui la favorisent.

L'immigration, dans les anciens pays, a lieu soit des pays les plus avancés en civilisation dans les pays moins avancés, soit des pays ayant relativement plus d'habitants que de capitaux dans les pays ayant plus de capitaux que de bras.

L'immigration dans les pays nouveaux et la colonisation sont un bien pour l'humanité, pour les émigrants, pour le pays nouveau qui les reçoit et pour le pays ancien d'où ils partent.

LES FONCTIONS ÉCONOMIQUES DE l'ÉTAT

Sommaire. — 138. L'organisation sociale au point de vue économique. — 139. La liberté individuelle et Taction de l'État. — 140. Les fonctions économiques de l'État. — 141. Le socialisme d'État.

i38. L'organisation sociale au point de vue économique. — Il n'y a pas de société humaine qui n'ait des lois, des institutions et des chefs. Qu'elle soit toute rudimentaire et fondée exclusivement sur la notion de la famille, comme chez les sauvages de TAustralie, qu'elle soit soumise à l'autorité absolue d'un monarque ou constituée sur le type plus savant et plus complexe de la liberté politique, il faut, dans toute réunion d'hommes, des régies qui déterminent les rapports des individus entre eux et des personnes revêtues de l'autorité qui fassent exécuter les règlements et régner l'ordre. Cicéron a dit avec raison que même une association de voleurs ne saurait subsister si elle n'obéissait à certaines lois.

L'organisation sociale, représentée par l'État, est un fait

nécessaire; comme il n'y a pas d'Etat sans gouvernement, le gouvernement est également un fait nécessaire.

L'Etat, que l'on peut définir le représentant et le gérant des intérêts généraux de la société^ est à la fois la condition indispensable de la sécurité pour les individus^ V organe d^ exécution des œuvres qui requièrent la puissance collective de la communauté pour la mise en œuvre des forces productives et de la richesse^ F administrateur des intérêts généraux^ le régulateur d'une partie des intérêts privés et un agent puissant de progrès.

Si l'Etat n'avait pas la force de protéger le territoire national, ce territoire serait exposé aux incursions de hordes étrangères, comme le fut l'Empire romain devenu incapable de contenir les barbares ou comme le sont les peuplades sauvages vivant dans le voisinage de peuplades plus fortes ^ et belliqueuses ; il n'y aurait pas de sécurité pour la propriété foncière et il y en aurait peu pour Ja propriété mobi-lière et pour la vie ou la liberté des personnes. Si l'Etat n'avait pas une force suffisante pour intimider à l'intérieur les malfaiteurs et pour punir leurs attentats, la propriété et les personnes seraient à leur merci. Si l'Etat n'avait pas des lois et des magistrats, les contrats seraient sans sanction, la fraude aurait libre carrière comme la violence. La société — si l'on peut donner ce nom à un état qui serait précisément la négation de l'état social — serait un coupe-* gorge ; la production et la circulation de la richesse y seraient paralysées. — Le manque de stabilité d'un gouvernement exposé à des changements fréquents et brusques dans les personnes qui le composent ou dans la direction qu'il suit, suffit pour ébranler la confiance, altérer la sécurité et gêner l'essor économique.

C'est ce défaut de sécurité qui, dans une société mal constituée, comme celle des sauvages ou celle de certains pays despotiques de l'Orient, est une des causes du peu d'emploi des ressources économiques de la nature. On peut dire que plus un Etat est fortement organisé pour assurer la sûreté individuelle^ mieux il seconde t essor des forces productives.

Si TEtat ne disposait pas dans une certaine mesure de la force collective des membres de la nation, qui construirait et entretiendrait les routes, les ports, les édifices publics? Qui bâtirait des écoles et formerait des musées ? Sans doute des sociétés commerciales et des particuliers ne sont pas incapables d'entreprendre des travaux de ce genre, puisqu'il y a des écoles privées qui sont bonnes, des compagnies de chemins de fer dont Tadministration est généralement plus économique que celle des réseaux exploités par les Etats; mais ces compagnies elles-mêmes n'existent qu'en vertu de concessions faites par l'Etat qui partout a dû, en rédigeant l'acte d'autorisation, prendre des mesures dans l'intérêt public. D'ailleurs ce qui est possible pour les chemins de fer pour lesquels la construction ou l'entretien de la voie et l'usage de la voie se confondent dans une môme administration et qui sont par nature des monopoles, l'est moins pour les routes ordinaires, ouvertes à la' libre circulation. Dans un village naissant, les cabanes se groupent souvent au hasard; mais, quand le village est devenu une ville, les habitants sentent la nécessité d'une police qui trace les rues et qui empêche le premier venu d'en intercepter l'usage à son profit particulier, qui veille à l'écoulement des eaux et rende supportable une grande agglomération par des travaux d'hygiène publique.

L'Etat doit nécessairement régler par des lois l'usage, l'acquisition et la transmission des biens : c'est la matière du code civil. Dans le règlement des contrats, il doit prendre surtout en considération les principes de sécurité, de liberté et de responsabilité qui sont favorables aux intérêts économiques ; mais dans la transmission des biens par succession où les actes de liberté n'ont plus pour sanction la responsabilité du testateur, des considérations politiques d'ordre supérieur peuvent le conduire légitimement à limiter le droit de libre disposition. Dans la réglementation des rapports industriels, il doit, autant que possible, s'abstenir d'agir par son intervention sur la production et sur ses procédés ; cependant il peut prendre des mesures protectrices de la sécurité des personnes qui ne sont pas en situation de se protéger ellesjnèmes, sans jamais oublier toutefois que la limitation est

un obstacle à l'essor de l'industrie et qu'en pareille matière toute mesure réglementaire ou protectrice qui n'est pas nécessaire ou manifestement utile risque d'être nuisible. L'Etat peul construire des monuments qui embellissent les cités et qui entretiennent dans la nation le sentiment du beau, n peut ouvrir dans le même but des musées; il peut fonder des établissements scientifiques où s'accomplissent des recherches et des travaux que les efforts privés seraient le plus souvent impuissants à tenter et qui servent à Tavancement des sciences et au progrès de l'industrie. Il peut donner à des voyageurs et à des savants des missions qui éclairent la science, l'industrie, le commerce et qui préparent les voies à la colonisation.

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