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PIIÊCIS D KCONOMIE POLITIQUE
LA PART DU TRAVAIL SALARIÉ
RESUME
Le profit de l’entreprise est l’excédent du prix de
vente sur le prix de revient, c’est-à-dire sur la somme
totale des déboursés en salaires, en capitaux et en interets.
Le profit est essentiellement éventuel et variable. ^ est légitime qu il soit en moyenne supérieur au salaire. — Le profit est généralement médiocre là où la concurrence est grande; il peut être grand là où il y a un monopole ou un gros capital engagé. — Le dividende est la forme du profit des capitaux associés.
LA PART DE l’oUVRIER
- 58. Le taux des salaires - 59 Le
™!,îüls i'i;'.™? V” '"«ii- ««■' Les
coopêralives ' aux bénénces. - 62. Les sociétés
cooperatneb. -- 63. Une critique du salariat. — 64 Les doctrinP«
socialistes relatives à la répartition de la richesse.
ti7' T “« contrai libre. Bas-
< xp ique la loi du salaire et les avantages qui résultent de celte coud, t, on du travail par un exemple°saisLsant « e lieux pécheur dit un jour à son camarade ; — Tu n as m barque, m lilels, ni d’autres instruments que les mains pour pocher, et lu cours grand risque de taire liste pSe
travaiMerq"™ f ‘‘’“PP™'"Sionnemeut, et cependant, pour
•'Il In ’ '•! “ «de. Vimis avec moi ;
C est ton interet comme le mien. C’est le lien, car je le céderai
une part uc uolre pêolie, et, quelle qu’elle soit, elle sera touisoles. Cest aussi le mien; car ce que je prendrai de plus,
grâce à ton aide, dépassera la portion que j’aurai à le céder. En un mot, l’union de ton travail et de mon capital, comparativement à leur action isolée, nous vaudra un excédent^ et c'est le partage de cet excédent qui explique comment f association peut nous être à tous deux favorable. — Cela fut ainsi. Plus lard, le jeune pêcheur pi élera recevoir chaque jour une quantité fixe de poisson. Son profit aléatoire fut ainsi converti en salaire, sans que les avantages de l’association fussent détruits et, à plus forte raison, sans que l’association fût dissoute. »
Voilà l’origine logique, non l’origine historique, du salariat.
Dans ce genre de coopération, qu’est-ce qui distingue essentiellement le patron et l’ouvrier? C’est le capital et la responsabilité de l’entreprise. Le patron est un travailleur qui, à ses risques et périls, entreprend un certain travail avec des capitaux qui lui appartiennent en propre ou qu’il a empruntés. L'ouvrier est un travailleur qui reçoit sur les capitaux d'auti'uiune rémunération stipulée d' avance qu'on nomme salaire, /jow?’ exécuter un certain travail avec les capitaux d'autrui. Le salaire est payé souvent avant l’achèvement, presque toujours avant la vente du produit.
Le patron vend ses produits., 'résultat du travail et du capital; V ouvrier vend son travail. Le salarial est, par conséquent, im contrat de louage de travail.
Il y a cependant une différence essentielle dans la manière dont se fixe le prix des produits et le taux des salaires. On tend à acheter les produits ce qu'ils coûtent et la concurrence rapproche en effet le prix dé vente du prix de revient : ce qui est un bien, puisque la consommation y gagne. L’ouvrier discute son salaire et le travail tend à se vendre ce quü vaut., c’est-à-dire à obtenir une rémunération égale à riilililé qu’il procure : ce qui est encore une chose bonne et juste.
58. Le taux «les salaires. — Le taux des salaires, c’est-àdire le prix du travail., est relativement beaucoup plus fixe que le prix des produits : c’est une vérité que tout industriel a apprise par son expérience personnelle. L’industriel gagne aujourd'hui, il perdra peut-être demain; à côté des ventes
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PRKCIS d'économie politique
avaniap^euses qu’il fait, il a des articles sur lesquels il doit se résigner à des sacrifices, parce que les cours ont baissé ou p;>rce que la mode s’est portée ailleuis. Il serait impossible que le salaire des gens qu’il emploie suivît ces varialions. Le salaire, ijui représimte pour ainsi dire une moyeune enire ces exlrémilés de hausse et de baisse, de gain et de perte, peut elre comparé non seuleuient à une association, mais à une cmurance contre les non-valeurs do la production, lellesque produits démodés ou inrendus, baisse des cours, crise.
Pour être moins variable que la marchandise, le salaire n’est cependant pas fixe, et il ne saurait l’ètre : il serait absurde d’y prétendre Comme tout ce qui a une valeur, il est soumis à la loi de l o/fre et de la demande. C’est une erreur de eborciei une cause unique à la loi du salaire. Comme la pluiiart des phénomènes économiques, le taux du salaire est la résultante de causes complexes, \oici les principales :
La productivité du travail. Lorsque l’industrie dont le salarié est le collaborateur donne de gros profits, la part de celui-ci peut être et est presque toujours plus for te que dans une industrie qui ne donne que de très petits profils. La ’ productivité du travail dépend elle-même de causes diverses ; de la nature de l’industrie, de la puissain-e des instruments de tia\ail, de l’tiab lete de l’ouvrier et <|uelquel‘ois aussi de la bonne .lire. timi de l’enlrepr-e. C’e t ain<i (pie les salaires comme rinlérôl des c;.p taux, sont élevés dans les pavs nouveaux, teL que les Ét.ds-Lnis et les colonies, parce (lue les profits y sont en général élevés; c’est ainsi que la fileuse qui conduit un métier renvideur peut avoir un salaire supérieur a celui de la fileuse au rouet, parce qu'elle produit beaucoup plus de lil. On paye en général l’ouvrier non parce qu'il travaille, mais parce qu'il produit eCen raison de ce qu'il produit. Le perfectionnement de l’outillage facilite l’élévation des salaires (voir le paradoxe écnnomique, p. 39) et les salaires élevés stimulent le perfectionnement de routilla<^e.
1° U état général de la richesse dons la contrée. On peut dire en effet : capitaux abondants, salaires élevés, en désignant surtout par là le capital circulant sur lequel le salaire est payé et que les économistes de la première moitié du
LA PART DU TRAVAIL SALARIÉ
XIX siècle désignaient sous le nom de « fonds des salaires ». C est ainsi que, dans certaines campagnes de France où il y a peu d argent, on donne à peine 1 Ir. à une couturuère que ion payei’ait plus de 3 fr. à Paris, quoique toutes deux fassent à peu pr-ès le même ouvrage et qu’étant nourries elles n’aient pas à régler leur salaire sur le prix de leur alimentation; c est ainsi que le niveau moyen du salaire est généralement plus haut dans les pays riches que dans les pays pauvres, dans les pays manulacturiers et commerçauls que dans les jiays purement agricoles et que, dans tous les pays civilisés, il a monté, au xix« siècle, avec le progrès de la richesse. Les gages des domestiques ont au moins doublé depuis trois quarts de siècle : ce n’est pas que leur travail soit devenu plus pi’oductif ni qu’ils aient plus à payer pour
se nourrir, mais c’est que les maîtres dépensent plus facilement l’argent.
3 La demande et l'offre du travail, autrement dit le rapport entre la .population ouvrière, laquelle constitue otlre, et 1 importance des entreprises, représentée par le noinbre des entrepreneurs et par la somme totale de leurs capitaux, laquelle constitue la demande. Cobden a traduit cette loi par une expression pilloresque : « Quand deux patrons coui’ent après un ouvrier, les salaires haussent ; quand deux ouvuâers courent après un patron, les salaires baissent. » Si l’on suppose en effet que la somme des capitaux et le nombre des entrepreneurs n’aient pas varié, non plus que les autres conditions du marché, une augmentation dans le nombre des ouvriers qui offrent leur travail lera baisser le taux (les salaires et une diminution le fera hausser. L’augmentation ou la diminution des capitaux et des entrepreneurs, dans l’hypothèse d’un étal des choses ü oïliGurs conslaiit, produiront un rcsuUat inverse.
4“ Le coût de la vie. L’ouvrier doit vivre de son salaire.
Il y a donc un minimum au-dessous duquel ce salaii’e ne saurait descendre, sinon par exception et pour peu de temps, sans quoi les ouvriers émigreraient ou mourraient. Mais ce minimum ne saurait être fixe; car- il varie beaucoup suivant les pays et les temps; le minimum d’un Américain du Noi-d et celui d’un Anglais sont bien au-dessus du minimum
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d’uii Hindou; en France, les ouvriers ne se contenteraient pas aujourd’hui de ce qui leur suffisait au xvni® siècle. On peut dire cependant qu’étant donné ce minimum, dans un certain temps et dans un certain pays, le salaire des manouvriers qui n ont que leurs bras à oiïrir tend à s’en rapprocher par la concurrence qu’ils se font, mais que, d’autre part, le progrès de la richesse tend à élever le niveau des besoins et, par conséquent le minimum, et qu’enfin le progrès de l’instruction chez les ouvriers et de l’outillage dans les fabriques tend à accroître le nombre de ceux qui n’ont pas à subir cette loi du minimum. Il est douloureux de constater que dans la couche des salaires bas, il arrive trop souvent que le minimum n’est pas atteint pour les familles nombreuses ou pour des femmes isolées.
C’est surtout à propos du minimum qu’il convient de distinguer le salaire nominal, c’est-à-dire la somme d’argent donnée au salarié, et le salaire réel, c’est-à-dire la quantité de marchandises qu’il peut se procurer avec cette somme. Le salaire nominal peut hausser, pendant que le salaire réel reste stationnaire : c’est ce qui a lieu lorsque le prix des choses utiles à la vie s’est élevé exactement dans la même proportion que le salaire; or, au xix® siècle, l’un et l’autre salaire ont augmenté en France, le salaire réel comme le salaire nominal, moins peut-être parce qu’il y a eu une hausse dans le prix des aliments et du loyer.
5° Les qualités personnelles du salarié. L’habileté, l’instruction, l’intelligence, l’assiduité mettent entre les salariés des différences considérables sous le rapport de la productivité et, par conséquent, du salaire; c’est ainsi que les terrassiers sont moins payés que les forgerons, les tisserands de calicot moins que les graveurs de cylindre.
Dans une entreprise industrielle, il y a diverses catégories de salaires.
Salaire ou traitement du directeur, s’il s’agit d’une entreprise fondée par des capitaux associés et conduite par une personne n’ayant que le titre de mandataire des capitalistes, comme dans la société anonyme ; ce salaire est naturellement très élevé, parce qu’il rémunère les qualités, nombreuses, diverses et rares, d’un chef de maison.
LA i'ART DU TRAVAIL SALARIÉ <3t
Salaires ou appointements des employés, qui rémunèrent des qualités di\er'6s, instruction, pratique du métier, etc., et qui sont eux-mêmes très ddlérents selon les personnes, puis(|u’ils s’adressent à une catégorie nombreu>e, depuis le commis subaiterne et novice qui lait œuvre de copi>te jusqu’au caissier d’une riche banque, dont il est juste de payer lujgemeul la probité éprouvée et la lourde responsabilité.
Salaires pro|)reincnt dits, ou salaires des ouvriers, qui se sulidivisent eux-mêmes en deux espi-ces distinctes : salaires des chefs d'ateliers, contremaîtres ou autres surveillants du travail, dont la position tient à, quelques égards de celle des employés et qui souvent sont payés, comme eux, au mois; salaires des ouvriers proprement dits.
Les ouvriers dans une manufacture, même lorsi|u’ils sont payés à la journée, n’ont pas droit au même salaire. Il est cepemlant fréquent aujourd’hui de voir les ouvTiers d’une même profession prétendre inqioser l’égalité des salaires et les patrons céder, au moins en apparence, sur ce point. Les bons ouvriers sont, dans ce cas, dupes de la masse des ouvriers médiocres ou mauvais qui imposent leur volonté, parce que les uns sont jaloux des supériorités qu’ils regardent comme préjudiciahles à leurs intérêts et parce que les autres gagnent au tarif commun un prix supérieur à celui que vaut réellemenl et à ce qu’obtiendrait, sans cela, leur travail. Les patrons sont victimes aussi de ce système, qui décourage les bons de produire autant qu’ils le pourraient s’ils espéraient une rémunération adéquate. Légalité des salaires, c'est la loi des majorités faisant passer le niveau de la médiocrité sur le travail.
b Les institutions politiques et la coutume. Plusieurs des causes indiquées ci-dessu> peuvent rentrer les unes dans les autre<, par exemple, les qualités personnelles et la productivité, l’état de la richesse et la demande, le coût de la vie et l’offre : il est bon cependant de les énumérer séparément pour les bien mettre en lumière.
Leur action est contre-balancée dans une certaine mesure :
par les institutions politiques, qui peuvent contrarier le jeu naturel des lois économiques en gênant la liberté, soit
PRHCIS D’ÉCONOMIK POLITIQUE
par des privilèges comme ceux dont jouissaient autrefois les corps de métiers, soit par des règlements comme la limitation des heures de travail ou les obstacles à l’émigration; 2’ par la coutume^ qui souvent maintient longtemps dans une profession ou dans une localité les salaires à un niveau ditîérent de celui qu’on observe dans les professions ou dans les localités voisines. La coutume retient quelquefois ces salaires au-dessous du niveau moyen du pays; parfois aussi, après une période de hausse suivie de dépression, elle apporte un obstacle très résistant à la baisse.
Le salaire à la jonraée et à la tâche et les heures de travail. — Les principaux modes de louage du travail de l’ouvrier sont le ^my ai/ à la journée et le travail à la tâche. Le premier stipule une somme fixe par heure, ou pour la journée entière, qui varie suivant les lieux et les professions. Le second stipule une somme fixe jiar unité de produit fabriqué ou de travail effectué. L’un et l’autre sont payés le plus souvent tous les huit ou tous les quinze jours; le second est payé quelquefois après la confection du produit commandé.
L’un et l’autre mode ont leurs avantages. Pour les travaux que la précipitation de l’ouvrier pourrait altérer, comme la ciselure d’un bronze d’art, ou pour ceux dans lesquels l’ouvrier passe souvent d’une opération à une autre, le travail à la journée est bon ou même nécessaire. Pour les travaux courants au contraire, qui, toujours semblables, s’additionnent ou se mesurent facilement, le travail à la tâche est souveyil préférable : c’est le mode dans lequel l’ouvrier, stimulé par l’intérêt personnel, produit le plus et est le plus assuré d’obtenir une rémunération proportioimelle à ses
œuvres.
Le travail à la journée et même à la tâche implique en général un nombre déterminé heures de travail par jour. Ce nombre est moindre aujourd’hui qu’il n’était il y a quatre-vingts ans. La diminution des heures est surtout, comme l’augmentation des salaires, une conséquence de la productivité plus grande de travail. L’Etat, à notre avis, ne doit pas plus ordonner l’une qu’il ne peut prescrire l’autre par une loi ; la question doit être débattue et réglée, suivant
LA PART DU TllAVAIL SALARIÉ
les circonstances et pour chaque cas particulier, par les parties intéressées. L’État, qui peut poser des conditions dans l’intérêt des mineurs, va au delà de son droit et risque de compromettre la production de la richesse en stipulant, au nom de personnes majeures et libres et en leur imposant une règle inflexible qui peut être incompatible avec l’état économique du pays et contraire à l’intérêt des deux parties.
«♦/. Les coalitions. — Le taux des salaires n’est pas arbitraire. Le travail, comme les produits, a sa valeur. Nous venons de dire que cette valeur, comme celle des produits, ne saurait être convenablement fixée que par un débat libre entre celui qui.ollre et celui qui demande, sans contrainte, pression ou monopole. Toutefois la liberté absolue des contractanls, de jiart et d’autre, est un idéal que les faits économiques, même en l’absence de monopoles légalement constitués, ne reproduisent que d’une manière imparfaite.
Les patrons jouissent de deux grands avantages : ils ont un capital sur lequel ils peuvent vivre quelque temps pendant le chômage; ils sont relativement peu nombreux, parce qu’il y a, dans la grande industrie surtout, plus d’ouvriers que de patrons. Par conséquent, soit qu’il y ail entre ces derniers entente directe, soit qu’il y ait simplement désir commun de ne pas surélever les salaires, Icyir action sur le prix du travail rentre en partie dans le cas où le nombre des vendeurs est illimité et celui des acheteurs restreint.
Isolé, l’ouvrier qui ne possède pas un talent exceiitionnel ou qui niist pas/seul de son espèce, n’a en général qu’à accepter le prix du marché, tel qu’il est établi j)ar l’usage. Il ne peut faire valoir ses prétentions à un supplément de salaire que dans certains moments où le travail de sa profession est très demandé.
Réunis, coiicerlant leur demande d’augmentation et leur refus de continuer le travail si l’augmentalion n’est pas accordée, les ouvriers disposent, au coniraire, d’une force capable de conlre-balancer les avantages des patrons.
En France le législateur a longtemps craint de remettre aux mains de la population ouvrière cette force. C’est une loi de i 864 qui a établi que /e fait de coalition n est pas un délit.
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La coalition est en effet un droit rjui dérive logiquement du principe de la liberté du travail, c’est-à-dire de la liberlé d’offrir son travail à tel ou tel prix, de travailler ou de ne pas travailler, de conseiller à un camarade, dans un interet commun, de cesser aussi le travail et de ne le reprendre qu’à des conditions. déterminées. Ainsi pratiquée, la coalition n’est en effet qu’une manière d’être de la liberté individuelle. Dans ces certains cas, elle peut contribuer — et elle a contribué plus d une fois — à relever les salaires.
Mais la coalition est une véritable guerre, et, qui pis est, une guerre civile. Lorsque les ouvriers coalisés ont posé leurs conditions et que, n’ayant pu les faire accepter, ils persistent néanmoins, leur arme est la grève, c’est-à-dire 1 abandon simultané des ateliers. Or, dès que les ateliers sont déserts, tout le monde s’apj)auvrit; l’ouvrier dévore ses épargnes et s’endette pour manger; l’entrej)reneur voit son activité paralysée; le capital chôme, et s’amoindrit, le matériel se détérioré. Appauvrissement de l’ouvrier et de 1 industrie : voila souvent la conséquence de la grève.
On doit d’autant plus se pénétrer par avance de cette funeste conséquence que, loi'sque la guerre commence, ouvrieis et patrons se laissent souvent emporter par la passion jusqu’à méconnaître, ne voulant pas céder, leurs véritables intérêts et à perdre le respect des droits d’autrui. Les ouvriers sont plus exposée que les patrons à commettre certaines fautes de ce genre. Ils se concertent; mais, si quelques-uns d’entre eux ne sont pas disposés à suivre la masse dans le projet de déclaration de guerre, la majorité prétend leur imposer sa décision par intimidation. Quelquefois même ils se portent à des violences contre les biens et même contre la personne de leurs patrons.
Quand ils obéissent, en outre, à des passions politiques, ils sont exposés, surtout dans les grandes agglomérations ouviièies, à troubler par leur soulèvement l’ordre social : les grèves deviennent alors un danger jiublic.
C’est bien mal compi^uidre le principe de la coalition, lequel repose sur la liberté individuelle, que d’asservir la liberlé des uns aux résolutions des autres et de violer la
LA PART DU TRAVAIL SALARIÉ 135
propriété. La loi punit quelques-unes de ces violences. Ln face d'un péril politique, le gouvernement a le droit et le devoir de prendre des mesures répressives, afin de sauvegarder la sûreté de TÉlat, plus précieuse encore pour la liberté individuelle que le droit de coalition.
La grève, conséquence de la coalition, est donc un droit; mais, comme du droit de guerre pour les nations, il convient de n'en user quà la dernière extrémité, après s’être bien assuré qu’on a raison et après avoir épuisé les moyens de conciliation, et cela dans l’intérêt des deux parties.
64 . La parlseipation aux bénéfices. — La participation aux bénéfices est une convention librement contractée entre le patron et ses salariés par laquelle ceux-ci, outre le salaire ordinaire, reçoivent une part, le plus souvent au prorata du salaire, dans les bénéfices de l'entreprise, sans participer aux pertes. Elle repose sur ce double principe : l’intérêt personnel est le meilleur stimulant de l’activité humaine; à chacun suivant ses œuvres.
Cette part, fixée d’avance à raison de tant pour cent sur les bénéfices, est attribuée aux salariés, généralement comme une manière de dividende après l’inventaire. La quote-part de chaque salarié intéressé est proportionnelle aux bénéfices réalisés, et il n’y a participation qu’aulant qu’il y a eu bénéfices. Les participants savent donc que, s’ils sont laborieux, s ils économisent le temps, la matière première et les outils, si les clients sont satisfaits et si les commandes affluent, le profit qui résultera d’une bonne gestion sera en partie pour eux. Ils ont un intérêt personnel à faire des efforts consciencieux et à se surveiller les uns les -autres. Ce moyen n’est efficace qu’autant que la quote-part est assez importante pour éveiller réellement l’intérêt personnel.
La participation n’est pas une association. Le patron reste en général maître de son entreprise. Il n’admet même pas ordinairement tous ses salariés à ce bénéfice, et il fixe luimême certaines conditions de stage dans ses ateliers ou de chiffre moyen du salaire. Cependant c’est un contrat, et la participation promise est due. Elle diffère essentiellement de la gratification que certains patrons donnent à leurs
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employés au jour de l’an ou après l’inventaire, et elle constitue un mode de rémunération plus certain.
il y a longtemps que les grandes maisons de commerce et les grandes fabriques l’ont pratiquée à l’égard de quelques employés supérieurs, qui sont dits, à cause de cela, intéressés; beaucoup de magasins de nouveautés, par exemple, donnent aux employés tant pour cent sur les ventes qu’ils font et aux chefs de rayon un intoi'êl sur le total des affaires de leur comptoir. L application de ce système ii la masse des ouvi-iers ou des emjdoyés d’un établissement est plus récente : elle ne date guère que de la seconde moitié du xix« siècle.
Sans doute, ce moyen ne convimil pas à toutes les entreprises et il ne saurait êti’e appliqué avec les mêmes règles à toutes les entreprises auxquelles il peut convenir. C’est néanmoins une institution économique très intéressante, quoique jieu pratiquée jusqu’ici, e\un des meilleurs modes d'intéresser le travail salarié au succès de l'entreprise. Bien appliqué, il est profitable aux deux })aiiies, d’abord au salarié, qui y trouve un supplément de bien-être, un motif de stabilité dans la même maison, et qui conçoit une idée plus juste de la mesure des protits en général; ensuite au patron, qui ne fait pas un acte de charité, mais d’administration intelligente en instituant la participation et qui y trouve, grâce à un travail plus consciencieux, une ample compensation au sacrifice pécuniaire qu’il a consenti.
«2. Les assoeîntions ouvrières (sociétés coopératives) et les syudieats. — La participation aux bénéfices peut améliorer la condition du salarié. Les sociétés coopératives visent plus haut : elles se proposent d’émanciper l’ouvrier et d’en faire un entrepreneur. Les [)remières se sont formées en France ajirès 1830; mais elles n’ont pris faveur qu’après le succès de l’association des Pionniers de Rochdale, fondée en 1860 en Angleterre, et celui d(; Schultze-Delitscli qui a répandu l’idée de coopération en Allemagne.
Au fond, la société coopérative n’est autre chose qu’une association de capitaux et de travailleurs. En principe, elle semble ne rien apporter de nouveau dans l’organisation du travail ; en fait, elle produit des effets autres que les asso-
LA PART DU TRAVAIL SALARIÉ
dations ordinaires de capitaux et les associations en nom collectif, formées par quelques industriels. C’est aux plus humbles qu’elle offre ses services sous trois formes.
La société de crédit mutuel. Elle engage ses membres à lui déposer, comme à une caisse d’épargne, leurs petites économies; elle les y stimule ou môme les y oblige en leur imposant une cotisation mensuelle, et elle leur promet, en échange, indépendamment de la conservation de leur argent, un crédit qui, grâce à la solidarité de l’emprunteur avec un ou plusieurs associés, peut s’élever au double ou au triple de leur dépôt.
La société de consommation. Elle offre à ses membres, par l’achat en commun des denrées, le bénéfice qui peut résulter des opérations faites en gros et la garantie d’une qualité souvent meilleure.
La société de production. Celle-ci associe ses membres pour pratiquer une industrie par leur travail commun; elle forme, à l’aide de leurs épargnes ou d’emprunts, un capital social ; si ce capital premier est insuffisant, elle les excite à le compléter peu à peu à force de travail et de privations.
De ces trois formes, la première peut donner des résultats satisfaisants quand des idées étrangères au but primitif et surtout des visées de transformation radicale de la société ne faussent pas l’institution. L’épargne est le pivot du progrès social : tout ce qui peut y pousser les hommes, surtout les ouvriers qui sont plus imprévoyants parce qu’ils ont en général devant eux un horizon plus borné, est digne d’approbation. Mais ce qui est difficile pour des ouvriers associés ainsi, c’est de bien surveiller le maniement de leurs fonds, de ne faire que des placements solides, et de limiter les prêts.
La seconde a jusqu’ici réussi largement sur certains points dansplusieurspaysetaeu un médiocresuccès sur d'autres; en Angleterre surtout, il y a de très importantes sociétés de cette espèce; il y en a en Belgique, en France, etc. Cette forme est d’une pratique difficile. Dans des grandes villes, la clientèle de ces sociétés est souvent trop disséminée; dans les petites, comme dans les grandes, les marchands en détail leur font une vive concurrence. La ménagère aime mieux aller chez la fruitière, sa voisine, ou chez le boulanger du coin que de courir, quand elle rentre fatiguée de l’atelier.
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PRÉCIS d’économie politique
jusqu’au magasin coopératif; d’ailleurs, chez son fournisseur, elle obtient au besoin un crédit qu'il serait dangereux d ouviii dans la société de consommation. Enfin la société
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acheter et de les bien manutentionner. Toutefois quand elles it convenablement organisées, des sociétés de ce genre peuvent rendre de grands services; en France, c’est dans qiie (jiies villes et dans certains syndicats agricoles que les sociétés cooperatives de consommation ont le mieiiv iéussi' La troisième forme est le but suiirême des coopérateiirs
On ne supprimera pas le salariat, parce qu’il i aura toujours beaucoup d industries dont l’exploitation par des ouvriers associes serait impossible ou désastreuse et un très grand nombre de travailleurs pour lesquels, par un elfel de leurs goûts ou de leurs aptitudes, le salariat restera la Ibrnie de rémunération la plus convenable. On peut meme aionter que cette coopération, dont l’usage est jusqu’ici très limité ne parait destinée à remplacer le Salaria/ .il aucuTe imli!::
n <•<=» contemporains témoigne
P ulot d une tendance à la concentration d’un grand nombre d ouvriers sous l’autorité d’un patron ou .L dirXr ^ocieles anonymes) qii a la multiplication et au succès des cooperatives de production. L’idée coopérative ne “ans! foimeia donc pas le monde économique; mais elle a réussi sur certains points, et elle peut prendre utilement pi oo parmi les divers modes du travail libre.
\oici, en premier lieu, ses avantages :
L homme travaille d’autant plus et d’autant mieux (îu’ii est plus stimii/e par l’intérêt personnel et plus soutenu par la responsabilité; or ces deux comlitions existent à un
saTa^r ^ degré dans la coopération que dans le
saiaiial. — Première considération.
imqi’n! 'Tl'*''-'!!’ I.® ''«"Pérateur s’aperçoit promptement q 1 ne sutht ni des bras, ni de l’inietligence : il faut du capi-
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volonté de réussir, il redoublera d’efforts et de privations
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LA PART DU TRAVAIL SALARIÉ
pour créer et pour grossir ce fécond capital. Il sera ainsi beaucoup mieux stimulé à l’épargne que par le plus éloquent sermon, et il comprendra aussi, d’une manière générale, beaucoup plus sûrement par sa propre expérience que par les meilleurs raisonnements économiques, que le capital a droit à une part dans la rémunération. — Seconde considération.
Il peut donc en résulter pour certains coopérateurs ce qui résulte pour tous les producteurs d’une plus grande activité laborieuse et d’une plus sévère épargne : un accroissement
de richesse et finalement de bien-être.
Et pour les ouvriers qui resteront dans le salarial? Si les salariés voient que' les coopérateurs gagnent beaucoup plus qu’eux, ils auront un excellent argument pour demander une élévation du prix de la journée à leurs patrons, sauf, si le patron refuse, à entrer eux-memes dans quelque association. Mais s’ils voient que. peinant beaucoup, les coopérateurs ne font pas des journées sensiblement plus lucratives que les leurs, ils seront mal venus à se plaindre de leur condition et à accuser leurs patrons. La société coopérative pourra.) dans certains cas, servir de thermomètre des salaires et prévenir peut-être des grèves intempestives. — Troisième considération.
Voici, en second lieu, les difficultés de la coopération ;
Dans la petite industrie, deux ou trois associés, en se partageant le travail, parviennent h s’entendre. Mais quinze ou vingt ouvriers coopérateurs, travaillant ensemble, auront beaucoup plus de peine à y parvenir; ce sont quinze ou vingt volontés qui doivent concorder dans une vie pour ainsi dire commune et quinze ou vingt énergies qui doivent toujours
être égales entre elles. — Première difficulté.
Dans une société coopérative, comme dans toute entreprise, il faut une direction; il faut, par conséquent, tout en maintenant l’égalité, savoir respecter l’autorité du gérant, ce qui paraît difficile h certains esprits, surtout dans la classe ouvrière. — Deuxième difficulté.
Il y a dans l’industrie des mécomptes qu’il faut savoir héroïfjuement supporter, même quand on est innocent du mal
PRÉCIS d’économie politique
accompli, et des crises qu’il faut subir en sachant se priver : toutes les âmes ne sont pas trempées de manière à résister à l’épreuve. — Troisième difficulté.
Gomme la société commence toujours avec un petit capital, elle est condamnée à se débattre d’abord dans la gêne : il faut avoir la patience d’attendre. Cette pénurie de capital initial lui rend difficile l’accès de la grande industrie. Si un donateur fournit ce capital, cette libéralité neprouve rien pour la vitalité de l’institution. — Quatrième difficulté.
En outre, l’instruction supérieure qui est nécessaire pour diriger certaines entreprises oppose un obstacle, non insurmontable il est vrai. — Cinquième difficulté.
Donc, les sociétés coopératives, surtout les sociétés de production, rencontrent de très sérieuses difficultés de l'ordre économique et de V ordre mo?Yi/,^qui en limitent nécessairement le nombre et l’importance.
De ce qui précède, on peut conclure que les sociétés coopératives de crédit, de co?isommation et de production ne supprimeront pas le salariat et les marchands, mais que celles qui surmonteront les difficultés inhérentes à leur nature seront utiles aux ouvriers ou aux consommateurs associés .
Les syndicats professionnels que la loi de d884 a autorisés en France ne sont pas des sociétés coopératives ; ce sont des associations formées entre personnes de la même profession en vue de leurs intérêts professionnels. Les syndicats agricoles, par exemple, ont servi aux agriculteurs à acheter avantageusement en commun des engrais; les syndicats ouvriers ont donné à la classe ouvrière la force du nombre j)our discuter avec les patrons les questions de salaire; il faut désirer qu’ils n’en mésusent pas pour pousser à la discorde.