TROISIEME PARTIE
LA CIRCULATION DE LA RICHESSE
l’échange et la valeur
Sommaire. — 71. L’échange. — 72. La loi de l’offre et de la demande, la concurrence et le monopole. — 73. Les conditions fondamentales de la valeur. — 74. Des causes de variation de la valeur. — 75. La distinction entre valeur et richesse. — 76. Le prix.
91. L’échange. — Dans une société civilisée, il n’y a guère de production qui ne soit accompagnée d’échange; le fait seul du salariat implique un échange de travail contre du capital. Cependant on peut théoriquement concevoir la production sans l’échange : Robinson, seul dans son île, produisait et n’échangeait pas. Produire et consommer sont les deux seuls phénomènes économiques absolument nécessaires à la vie humaine; c’est le principe et la /îw de l’évolution économique. L’échange est la phase inlermédiaire.
Cherchons à définir, par des exemples, divers modes d’échange.
1° Paul est chasseur; Pierre est pêcheur. Isolés, ils sont réduits à une nourriture monotone. Si, guidés par un inlérêt réciproque, ils entrent en relation d’affaires, ils peuvent se procurer l’un et l’autre, sans plus de travail, des aliments plus variés. — « J’ai passé ma matinée à pêcher cette don-
PRÉCIS b’économie politique
zaine de soles, dit Pierre; lu as passé la tienne à tuer ce lièvre. J’ai d’aulres soles; lu as d’autres lièvres. Faisons un échange; donne-moi un lièvre [Kuir mes douze soles, et chacun de nous aura sur sa table viande et poisson. » Paul accepte et l’échange' a lieu. N’examinons pas en ce moment si les conditions seront toujours réglées de celte manière. Voilà le principe ; il suffit d’abord de comprendre que la forme élémentaire de l’échange consiste à donner un 'produit pour avoir un autre produit équivalent .
Si, à coté de Pierre et de Paul, avaient vécu Jacques le charpentier et Simon le potier, les rapports, pour être un peu plus complexes, n’auraient pas changé de nature. Jacques, naturellement, ne mange pas son bois, pas plus que Simon ses pots; mais Jacques aurait construit et réparerait la cabane de Pierre et de Paul, parce qu’il serait plus habile qu’eux dans le maniement de la cognée. Pierre et Paul lui donneraient en échange une part de leur pêche et de leur venaison proportionnelle à son travail et conforme aux stipulations qu’ils auraient faites entre, eux. De même, Simon fournirait d’ustensiles de ménage ses voisins, qui lui bâtiraient sa chaumière et lui procureraient des vivres.
S’ils n’étaient que quatre, les échanges ne seraient pas assez mullifdiés pour que chacun, surtout Jacques et Simon, pût vivre entièrement de son industrie spéciale. Ils seraient réduits à n’y adonner qu’une partie de leur temps et à employer l’autre à se procurer directement le reste de leur subsistance : c’est encore ce qui a lieu dans des contrées civilisées pour un grand nombre d’industries de campagne que les mêmes individus exercent concurremment avec la culture de la terre. S’ils étaient cent mille, Jacques et Simon auraient toujours de la charpente et de la poterie à faire et trouveraient à se procurer par l’échange, dans la mesure de leurs ressources, tout ce dont ils auraient besoin.
L’échange s’appelle troc quand il a lieu en nature, produit contre produit, et quand il se fait avec de l’argent, produit contre monnaie.
2° Survient Jean, qui s’établit charpentier à côté de Jacques. Mais Jean est jeune; il a moins d’expérience et moins