La valeur des métaux précieux
77. La nature et le rôle de la monnaie. — La monnaie 3st par' excellence l'instrument des échanges^ puisque c’est par elle que s'effectue le plus souvent l’échange.
Qu’esl-ce que la monnaie? C'est une marchandise qui, suivant la loi commune de l'échange, se vend et>s' achète ce quelle vaut, mais qui, étant revêtue d'un caractère légal, sert d’instrument général des échanges, comme mesure et intermédiaire dans la vente et l'achat des marchandises, et de dénominateur commun dans la comparaison des valeur's. Les termes de cette défiiiilion ont besoin d’être expliqués.
1° La monnaie est une marchandise. En effet, elle ne saurait être un simple signe, une chose de pure convention. Il faut qu’elle soit une chose réelle, un produit oblenu par des efforts humains, portant le triple caractère d’utilité, de rareté et de travail sans lesquels la valeur n’existe pas et soumis, dans la fixation de sa valeur, comme toute marchandise, à la loi de l’offre et de la demande. C’est ce qui fait dire que la monnaie est un équivalent, c’est-à-dire (|u’elle \ aut par elle-même précisément autant que l’objet contre lequel elle s’échange, autrement dit, en renversant les termes, que la' monnaie s’achète et se vend ce qu’elle vaut.
2® La monnaie est un instrument général des échanges, servant de mesure et d'intermédiaire. En effet, elle est partout, réellement ou nominalement, dans tous les échanges d’une société civilisée, mais elle n’est ni le premier ni le dernier terme des échanges : c’est le terme moyen. On n’achète pas de la monnaie (car c’est ainsi qu’on peut définir l’acte d’échanger une marchandise contre de la monnaie, c’est-àdire de vendre) dans le but final d’avoir de la monnaie, mais dans le but d’avoir en sa possession Vinstrument avec lequel on peut se procurer une marchandise quelconque.
Un layetier vend une malle; le soir, il paye son dîner; le lendemain, il achète un chapeau et des planches. Quel rôle a joué l’argent? Le layetier, qui travaillait pour vivre, ou, en d’autres termes, qui produisait pour consommer, a reçu de
la monnaie en échange de sa malle, résultat de son travail, et il l’a donnée en échange de son dîner, de son chapeau, consommations personnelles, et de ses planches, consommation industrielle : services pour services. Ces échanges n’auraient pas pu se faire sans l’intermédiaire de la monnaie; caries fournisseurs du layetier n’avaient pas besoin d’une malle, et le voyageur n’était ni restaurateur, ni chapelier, ni marchand de planches.
3<> La monnaie est un dénominateur commun des valeurs. En effet, deux quantités égale.s à une troisième sont égales entre elles. Si un chapeau vaut 20 francs, et si quatre poulets valent 20 francs, un chapeau vaut autant que quatre poulets, ou un poulet a une valeur quatre fois moindre qu’un chapeau. (,luel rapport de valeur établir entre une traversée en paquebot du Havre à New York et un paletot? Ce sont là des choses qui ne présentent d’abord à l’esprit aucun rapport. Mais la monnaie intervient comme ter'me de comparaison, autrement dit comme mesure. Quand on sait que le passage coûte 500 francs et le paletot 100 francs, on n’a aucune peine à dire qu’il en coûte cinq fois plus pour se rendre du Havre à New York que pour acheter un paletot. On peut dire que la monnaie est à f échange des pr'oduits ce que le langage est à l’échange des pensées.
4° La monnaie a un caractère légal. C’est même à ce caractère qu’elle doit d’être véritablement un dénominateur commun. C’est avec de l’or et de l’argent, ainsi que nous
allons le dire, qu’on fait la monnaie. Mais un lingot n’est pas pour cela une monnaie; c’est une marchandise. Afin de faciliter les échanges, chaque État donne cours légal aux monnaies frappées conformément aux règles qu'il a établies; ces règles déterminent le nom, la forme, le poids, le litre des monnaies, mais elles n’en fixent pas la valeur. Ainsi l’État peut décider qu’une pièce de cinq francs pèsera 2o grammes d’argent à 9/10 de fin et que toute personne à qui sont dus cinq francs sera tenue d’accepter en payement une de ces pièces, si son débiteur la lui offre; mais il ne saurait décréter qu’on donnera en échange de cette pièce une quantité déterminée de blé ou de drap.
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^88 . PRÉCIS d’économie politique
Pour qu’une monnaie ait légilimemenl cours légal sans restriclion, il faut que le métal contenu clans la pièce ait la même valeur intrinsèque qu’un lingot de même métal et de même poids, moins peut-êire les frais de fabrication. S’il en était autrement, la pièce ne serait qu’une monnaie de convention, un signe et non un équivalent. Quand la monnaie divisionnaire est frappée comme simple monnaie de convention, il n’y a pas d’inconvénient et il peut y avoir
avantage, pourvu que le cours légal en soit limité par la loi à une taihle somme. Mais quand la monnaie principale est frappée de cette manière — comme cela avait lieu souvent au moyen âge — , il y,a toujours un grave inconvénient pour le commerce : la mesure des valeurs est faussée.
'Î8. L.es qualités des métaux précieux comme monnaie. i
— Pourquoi a-t-on choisi les métaux précieux comme I
matière de la monnaie? Parce qu’ils possédaient au plus ^ haut degré les qualités requises pour cet emploi. «
1“ Il était bon que la monnaie fût une chose rare et coû- I
teuse, ayant une grande valeur 8om un petit volume^ de f
façon qu’on ne fût pas trop embarrassé en transportant cet intermédiaire indispensable. Les Lacédémoniens eurent une i*
monnaie de fer; mais les Lacédémoniens étaient pauvres et |
peu commerçants. Imaginez donc un homme qui aurait I
300 francs d’achats à faii’e dans sa journée et qui serait obligé I
de porter avec lui plus de 2500 kilogrammes de fonte. I
L’argent et l’or, péniblement extraits des mines par un laborieux travail, recherchés à cause de leur beauté et de leur *r|
éclat pour la parure, ont une valeur supérieure à tous les |;
autres métaux usuels (excepté le platine), puisque le kilo- îj
gramme d’or fin vaut 3 444 francs et que le kilogramme d argent a valu pendant plus de la moitié du xix® siècle “ i 222 francs. — Première qualité. |
2° 11 était nécessaire que la monnaie fût faite avec une substance parfaitement homogène et inaltérable . Si un | kilogramme du métal monétaire eût pu être tantôt d’une j qualité supérieure, tantôt d’une qualité inférieure, si, avec le temps, cette qualité avait été susceptible de s’améliorer ou j
de se détériorer, il n’y aurait plus eu de dénominateur corn- I
mun; 20 francs auraient pu n’être pas l’équivalent de 20 francs. C’est ce qui serait arrivé si l’on avait pris pour unité monétaire la livre de bœuf : entre une livre d’aloyau et une livre de jarret, il n’y a pas homogénéité et, partant, pas équivalence. Qu’est- ce qu’une livre de viande huit jours après qu’on l’a achetée? L’altération est si grande que la valeur est réduite à rien. Le même inconvénient existerait si l’on avait pris pour unité le litre de vin; il y a des vins de toutes qualités et à tout prix; un vin de la dernière récolte ne vaut pas, à beaucoup près, un vin ayant cinq ans de bouteille. Au contraire, avec l’or et l’argent fins, cette uniformité est complète ; entre un kilogramme d’or venu des mines du Mexique il y a deux siècles et un kilogramme d’or recueilli dans l’Oural l’année dernière, il n’y a aucune différence ni dans le poids, ni dans l’état moléculaire, ni dans l’aspect, ni partant dans la valeur. — Deuxième qualité.
3® Il était bon que la marchandise-monnaie pût être divisible sans que la somme des parties eût moins de valeur que le tout. Cette qualité se rencontrait dans quelques monnaies rudimentaires, comme le tabac qui servit aux échanges dans la Virginie jusqu’au milieu du xviii® siècle; mais elle ne se rencontrait pas dans les fourrures dont se servirent autrefois les Russes. Elle ne se rencontrerait pas non plus dans les pierres précieuses qui ont la qualité de posséder une très grande valeur sous un petit volume. Parvenez à briser un beau diamant en deux; portez les fragments chez un marchand, et vous verrez si chaque morceau vaut encore la moitié de ce que valait la pierre entière. Au contraire, prenez un lingot d’or fin; coupez-le en quatre, en dix, en cent morceaux. Si les morceaux sont parfaitement égaux, chacun d’eux vaudra exactement le quart, le dixième, le centième du lingot. Fondez-les; vous aurez recomposé le lingot, et la valeur sera toujours la même. — Troisième qualité.
4° Enfin il était bon que la marchandise-monnaie eût une valeur aussi fixe que possible. La vouloir absolument fixe est une chimère et une contradiction avec le sens même du mot valeur qui désigne un rapport variable par essence. Mais, d’un autre côté, la supporter très variable, c’est annuler une
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PRÉCIS d’économie politique
des fondions essenlielles de la monnaie, celle de dénominateur commun des valeurs : une mesure qui varie sans cesse ne permet aucune comparaison suivie.
C’est ce fjui serait arrivé si l’on avait adopté le hlé, marchandise qui possède la qualité d’être très généralement demandée. Mais, d’une année à l’autre, la récolte peut varier beaucoup. Gomme le hlé se consomme en grande partie d une moisson à l’autre et que l’approvisionnement ne se compose jamais de deux récoltes entières, une mauvaise récolte produit immédiatement sur l’approvisionnement général un déficit très sensible d un vingtième, d’un dixième, même plus, et une bonne récolte produit en sens inverse des effets analogues. La hausse et la baisse des prix correspondent à ces variations de quantité et peuvent, sur certains marchés,
aller jusqu à doubler, dans l’espace de moins de six mois, le prix de l’hectolitre.
Avec les métaux précieux, l’inconvénient est bien moindre Ils varient sans doute de valeur, et, quand on envisage un long espace de temps, on s’aperçoit (jue ces variations sont considérables. Mais ce phénomène ne se produit pas instantanément. En voici la raison principale. On a beau découvrir de nouvelles mines ou exploiter plus savamment des mines anciennes, la production d’une année plus ou moinsLibondante ne constitue jamais (]u une très minime portion de l’approvisionnement général du monde, composé de presque toute la production de toutes les années antérieures. Car l’usage ne détruit pas les métaux précieux; il les emploie, les tiansforme; mais la matière demeure, diminuée seulement de la poussière impalpable que le frottement enlève et des pertes causées par la thésaurisation et les naufrages. 11 n’y a. pas de marchandises qui possèdent celle qualité au même degré que les métaux précieux, parce qu’il en est peu qui soient moins altérables. Aussi a-t-il fallu un concours particulier de circonstances pour amener la baisse de la valeur de l’argent qui s’est produite depuis 1870.
Les métaux précieux sont donc bien ce que le commerce cherchait . une marchandise précieuse [grande valeur'),, toujours la même [homogénéité et divisibilité), facile à con-
server [inaltéi^abilité), facile à accumuler [densité), propre à servir de mesure commune [stabilité relative de valew').
Aussi sont-ils la matière dont on fait la monnaie, mais ils ne sont pas précisément la monnaie même. Voici un lingot. Quel est son poids? Est-il fin? On pourrait bien avec une balance s’assurer du poids; mais on ne peut constater le degré de fin que par une longue et difficile opération chimique. Ce sont là autant d’obstacles à l’échange. En Chine, on se sert de lingots portant l’indication du poids, du titre et souvent la marque des principaux négociants qui les ont reçus; mais de telles formalités sont gênantes, et de pareils lingots peuvent être rognés. Dès l’antiquité, on avait imaginé un système bien meilleur, qui est aujourd’hui celui de tous les peuples civilisés, la Chine exceptée. Il consiste à frapper, sous la garantie et avec V empreinte de VEtat, des disques' d'or et d'argent dont la forme, le poids, le titre sont rigoureusement déterminés par la loi, que les particuliers peuvent par conséquent reconnaître aisément et qu’ils sont obligés d’accepter comme monnaie dans les payements, parce que ces pièces en forme de disque ont cours légal. C’est, comme nous l’avons dit, un des caractères essentiels de la monnaie.
79. Les deux étalons. — Les pièces de monnaie peuvent être frappées suivant des systèmes qui diffèrent ; 1° sous le rapport du métal ou des métaux adoptés par la loi comme mesure fondamentale et régulatrice de la valeur; 2° sous le rapport du poids et du titre et, par conséquent, de la valeur des pièces.
La première considération soulève la question dite de ['étalon monétaire. On entend par « étalon » l’unité de mesure des valeurs fixée par la loi d’un pays. Quand la loi a établi le mètre ou le litre, elle leur a attribué une certaine longueur ou une certaine capacité, qui sont identiques à elles-mêmes dans tous les temps, dans tous les lieux, quel que soit l’objet long ou l’objet volumineux à mesurer, et qui, indépendantes de cet objet, le mesurent sans être mesurées par lui.
Quand la loi établit une unité monétaire, elle n’en fixe
PRÉCIS d’économie politique
pas, comme nous l’avons dit, la valeur, puisque la valeur de la monnaie est mesurée à chaque échange par l’objet qu’elle achète, comme elle mesure elle-même la valeur de cet objet. La loi ne fixe en réalité qu’une chose : la nature de la pièce de monnaie servant d’unité de compte, c’est-à-dire son type, son poids, son litre. Celle' pièce sera-l-elle en or; sera-l-elle en argenl? sera-l-elle indiiréremment faite d’or ou d’argent? C’est là une question fondamentale. Car les métaux précieux sont au nombre de deux; et, puisque toute valeur est variable, le rapport qui existe entre l’un et l’autre ne peut pas être immuable; que le kilogramme d’or s’échange à un moment contre 15 kil. 1/^ d’argent, cela ne signifie pas que 15 kil. 1/2 d’argent vaudront toujours 1 kil. d’or. Or, un emprunteur reçoit 310 000 francs qu’il s’engage à rendre dans vingt ans et il reçoit cette somme en monnaie d’or; peut-il restituer indifféremment 100 kil. d’or ou 1550 kil. d’argent? La loi tranche la question de trois manières :
1® Par l’adoption de l’étalon d’or;
2° Par l’adoption de l’étalon d’argent;
3® Par l’adoption du double étalon, avec ou sans restriction.
1® Le système du double étalon ou bimétallisme a été jadis le système de presque tous les Étals; ils émettaient des monnaies d’argent, d’or, de billon et de cuivre.
La question de l’unité ou de la pluralité de la monnaie régulatrice des valeurs a été maintes fois agitée. En faveur du bimétallisme on a représenté qu’il constituait un marché monétaire plus large et un stock métallique plus considérable^ puisqu’il donne aux deux métaux même droit au monnayage libre et même pouvoir libératoire, et que, l’un suppléant à l’autre, ce système avait chance d'amortir davantage les oscillations de la valeur provenant d’un accroissement soudain de production de l’un ou l’autre.
Mais le bimétallisme a de graves inconvénients. Eu premier lieu, il risque de rendre ces oscillations plus fréquentes puisqu’elles peuvent résulter de la production de l’un ou de l’autre métal, peut-être de tous les deux à la fois, comme cela a lieu par l’afflux d’or et d’argent sur le marché depuis 1875; en second lieu, il pousse toujours dans le sens de la
baisse de valeur de la monnaie. En effet, dans les pays à double étalon, les débiteurs étrangers ont intérêt à se libérer avec celui des deux métaux qui, sur le marché international, vaut relativement le moins, et au contraire, les nationaux ont intérêt à payer leurs dettes à l’étranger avec le métal qui relativement vaut le plus. Ce sont d’ordinaire les banquiers qui font ces opérations d’importation et d’exportation; une très minime différence suffit pour les rendre lucratives quand elles portent sur des millions. Le résultat est que le pays bimélalliste perd sa meilleure monnaie et accroît son stock de métal déprécié. On constate ainsi que la mauvaise monnaie chasse la bonne : c’est ce qu’on nomme la loi de Gresham.
La France en a subi les effets à plusieurs reprises. Avant 1848, l’or faisant prime, la circulation ne se faisait qu’en argent, les possesseurs depiècesd’orde 20 francs s’emjiressanl de les porter chez les changeurs pour gagner la j>rime de 10 centimes. Après 1853 1 argenl fil prime; les banquiers ramassèrent les jiièccs d’argent et les exportèrent. En 1854, par exemple, la douane a constaté un excédent d’importation d’or de 416 millions et d’exportation d’argent de 164 millions. Au contraire, plus lard l’argent étant en baisse, il y a eu en 1888 excédent d’exportation d’or de 93 millions et excédent d’importation d’argent de 54 millions.
A celle dernière époque, les bimélallistes français, surtout les agriculteurs désireux de voir hausser les cours de leurs denrées, insistaient pour le rétablissement de la libre frappe de l’argent suspendue en 1878.
Le gouvernement fit même des ouvertures en 1898 à l’Angleterre qui refusa toute négociation.
La libre frappe de l’argent, alors déprécié, en sub4ituanl ce métal à l’or dans la circulation monétaire, aurait certainement produit l’effet d’une monnaie dépréciée : une hausse des prix, d’abord celle des marchandises, surtout des ju'oduits naturels. L’expérience montre que la hausse des salaiies ne vient qu après, lentement, et que dans l’inléryalle les salariés sont lésés.
2® Le monométallisme, ou système de Vunité d'étalon,
194 PRÉCIS d’économie politique
est à la fois plus logique et plus pratique. 11 est logique, puisque l’objet de la monnaie est d’être une mesure fixe, sinon quant à la valeur, — ce qui est impossible — du moins quant à la matière et au poids. Tel emprunte 100 kil. d’or à 9/10 de fin, ce qui s’exprime par les mots 310 000 francs; il rendra 100 kil. d’or. Voilà un contrat clair. Ces 100 kil. achèteront-ils plus ou moins de marchandises? N’importe; il n’y a pas d’ambages; ce que l’emprunteur a reçu, il le restituera.
Quel métal convient-il de prendre pour étalon? .lusqu en 1850, on aurait volontiers pu prendre l’argent; étant plus abondant, il otïrail une base plus large à la circulation Aujourd’hui l’or est jilus abondant (la France, sur 7 milliards environ de monnaie, en a près de 5 en or) et l’or, comme on l'a dit avec raison, est la monnaie des peuples riches ; ayant jjIus de valeur sous un même volume, il réalise le transport des grosses sommes, il est plus inaltérable que l’argent et l’usure en est moindre.
Aussi l'or est-il aujourd'hui l'étalon monétaire de presque tout le ntonde civilisé et le l'égulateur des valeurs sur le marché international. L’Angleterre le possède depuis 1798-1810; l’Empire allemand depuis 1871; l’Au- Iriche-Hongrie depuis 1892, la Russie depuis 1897, etc..
Sü. La monnaie divisionnaire. — Les États à étalon d or ne sont pas monométallistes exclusifs; on pourrait même les nommer trimétallisles, puisqu’ils admettent à la fois, à des degrés divers, l’or, l’argent et un mé tal inférieur (cuivre, nickel), comme étant tous trois nécessaires à une bonne circulation monétaire . En effet, à côté de la monnaie principale, il doit exister de menues monnaies divisionnaires n'ayant cours légal que dans des limites restreintes.
Puisqu’elles ne sont qu’un simple appoint, à circulation limitée, on peut sans manquer à la règle fondamentale de la monnaie, leur donner une valeur réelle inférieure à leur valeur nominale', c’est ce qui a lieu pour les pièces de billon ou de bronze.
81. Le système mouétaîre français. — Le système monétaire de la France est, par convention internationale du
23 décembre 1865, celui de la Belgique, de la Suisse, de ritalie et de la' Grèce ; ces États ont formé une Union monétaire, ou Union latine', ils sont aujourd’hui, en principe, sous le régime du double étalon mitigé', en fait, ils sont à peu près sous le régime de l’étalon d’or.
Les lois du 18 germinal an 111 il avril 1795), du 28 brumaire an III et du 7 germinal an XI (28 mars 1803) avaient décidé que l’unité monétaire serait le franc, pesant 5 grammes d’argent au titre de 9/10 de fin (autrement dit contenant 4 gr. 5 d’argent fin), et que l’on frapperait des pièces d’or dont le poids était réglé sur une valeur de 15 fois 1/2 la valeur du même poids en argent. Les monnaies d’argent sont restées jusqu’en 1849 le principal instrument des échanges.
Depuis cette époque, l’aftluence de l’or, ayant fait baisser la valeur de ce métal, a déterminé d’abord l’exportation de l’argent et l’or est devenu le principal instrument de nos échanges. Afin d’empêcher la sortie des pièces divisionnaires d’argent qui sont indispensables pour les petits payements, deux lois, en 1864 et 1866, et la convention internationale de 1865 ont réglé que les pièces de 2 francs, de 1 franc, de 0 fr. 50 et 0 fr. 20, au lieu d’être fabriquées au titre 900/ 1000 de fin, le seraient dorénavant à celui de 835/1000, c’est-à-dire qu’elles contiendraient moins d’argent tout en conservant le même aspect; ces pièces, ayant ainsi une valeur réelle inférieure à leur valeur nominale, ne pouvaient plus désormais être exportées sans perte pour l’exportateur. Mais la loi a limité en même temps leur puissance libératrice : on ne peut obliger un créancier à accepter dans un payement plus de 50 francs de cette monnaie, précaution nécessaire pour que le système monétaire ne perde pas le caractère d'équivalence. Les pièces de 5 francs ont conservé leur titre et leur poids, et leur entière puissance libératrice comme monnaie : ce qui est illogique aujourd’hui puisque leur valeur réelle est réduite de plus de moitié. Aussi la baisse de l’argent qui a succédé à celle de l’or depuis 1870 a-t-elle déterminé l’Union latine à suspendre complètement le monnayage des pièces de cinq francs depuis 1878.
PRÉCIS d’économik politique
Quant aux pièces de bronze (10, 5, 2, 1 centimes), dont la valeur réelle est inférieure au tiers de la valeur nominale, on ne peut être obligé d’en accepter pour plus de 5 francs.
S2. La valeur des métaiiv jiréeleux. — Lingots et moïinaies ne sont qu’une seule et même marchandise ; Une peut exister d’une manière permanente entre la valeur de l’un et de l'autre que la différence des frais de fabrication de la monnaie. Dans les pays où, comme en Angleterre, ces frais sont à la charge de l’Étal, une pièce de monnaie ne vaut ni plus ni moins (|u'uu lingot de même poids et de même titre. En France, où, ces frais étant à la charge du porteur, on relient 6 fr. 70 pour convertir en pièces de monnaie un kilogramme d’or à 900/1000, c’esl-à-dire pour fabriquer 155 pièces de 20 francs, le lingot d’un kilogramme à 900/100(>de lin ne peut guère descendre au-dessous de 3100 francs moins 6 fr. 70. soit 3093 fr. 30.
La raison en est facile à comprendre. Si la valeur du kilogramme tendait à descendre plus bas, on auiait intérêt à le porter à l’iiêlel des Monnaies, qui donnerait 155 pièces de 20 francs en échange de 1 kilogramme d’or et de 6fr. 70. D’un autre côte, si le lingot tendait à s’élever plus haut, seulement d’un centième et demi, chacun fondrait sa monnaie, certain d’éclianger ses 155 pièces réduites en lingot contre 156 pièces monnayées. Le niveau se maintient ainsi nécessairement do lui-même. Si cette égalité subit quelques exceptions dont profitent les banquiers pour exporter ou pour importer, la ditîérence, dan< les pays civilisés, est toujours trop légère pour infirmer la loi économique que nous venons d’exposer.
Ün exprime la valeur d’une marchandise quelconque par son prix : ceci vaut 4 francs: cela vaut 100 francs. Si, le lendemain, on disait : cela vaut 101 francs ou 99 francs, on saurait clairement que la marchandise en (]uestion a haussé ou baissé. On ne saurait faire de même pour les métaux précieux servant de monnaie, pui-^que la monnaie et le métal ont toujours une valeur identique 11 faut renverser le rapport. Si la monnaie e.'^t la mesure de toutes les marchandises, toutes les marchandises peuvent être prises pour mesure de
la monnaie; nous disons toutes, ou du moins un très grand nombre.
En effet, si l’on n’en prenait qu’une, on n’en pour rait rien conclure. Exemple : le blé, qui valait 18 francs riieclolitre l’an dernier, vaut 19 francs; est-ce le blé qui a haussé? estce la monnaie qui a baissé?
Mais, si le prix de la plupart des marchandises a haussé d’un dixième, on n’en conclura pas que la valeur de toutes ces marchandises est en hausse dans une même proportion; car, la valeur n’étant qu’un rapport, une hausse ou une baisse de l’ensemble de toutes les valeurs est un non-sens. Mais on en conclura légilimernenl que la valeur des métaux précieux, c’est-<à-dire le rapport d’une marchandise à tputes les autres, a baissé dans celte proportion. Ainsi, on juge de la valeur des métaux précieux d’une manière en apparence tout opposée à celle dont on juge de la valeur des marchandises. Plus le prix des marchandises est élevé, c’est-à-dire plus il huit donner d’or ou d’argent pour se les procurer, moins les métaux précieux ont de valeur; réciproquement, moins le prix des marchandises est élevé., plus les métaux précieux ont de valeur.
Qu’est-ce qui détermine et, par suite, qu’est-ce qui fait varier celte valeur? L'oITi’e et la demande.
L’offre d’abord, qui déter mine la demande et qui est ellemême déterminée par la quantité existant en circulation et limitée par le coût de production de nouvelles quantités de métaux. Si la quantité des métaux précieux en circulation venait à doubler, en supposant que l’activité commerciale du monde demeurât exactement la même, les métaux perdraient peut-être moitié de leur valeur; si la découverte de procédés plus économiques ou de mines plus riches permettait d’extraire le kilogramme d’or fin avec une dépense moyenne de 2ÜUÜ francs, les capitaux et les travailleurs se porteraient avec empressement vers celle indusirie lucrative; il s’ensuivrait une abondance de production qui ferait vraisemblablement baisser, après un certain temps, la valeur de l’or.
Mais l’aclivilé commerciale n’est pas une quantité immuable. Il y a, selon les temps, plus ou moins de salaires à paver
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PRÉCIS D ECONOMIK POLITiQUE
et de produits à échanger; les produits peuvent passer dans un plus ou moins grand nombre de mains, et la transmission ■peut en être plus ou moins rapide. Ce sont là les éléments qui constituent la demande. Or, quoiqu’il n’y ait pas une proportion rigoureusement mathématique entre les deux termes, il est probable que si cetlt; demande avait doublé pendant que doublait l’offre, la valeur des métaux précieux serait demeurée à peu près la même, mais (jue, si celle demande avait triplé, la valeur des métaux serait en hausse.
Des variations dans les deux sens se sont produites.
Durant l’antiquité et le moyen âge, le marché n’était guère alimenté que par les mines d’Europe. Les métaux précieux étaient bien moins abondants que dans les temps modernes; d’autre part, le commerce était beaucoup plus restreint. Gomme les communications étaient plus rares, le niveau de la valeur des métaux était et restait très différent dans diverses contreés.
Il s’abaissa surtout en Italie, où affluèrent les trésors du monde durant les premiers siècles de l’Empire romain. Il se releva durant la période des invasions germaniques : la crainte des Barbares faisait enfouir les trésors et arrêtait l’exploita lion des mines. Il tendit vers la baisse à la suite des croisades, parce que, si le commerce reprenait alors son essor, les exploitations minières, renouvelées, a}>provisionnaient mieux le marché. Il se releva vers la fin du xv'’ siècle par suite d’un commerce plus actif coïncidant avec un étal à peu près stationnaire des mines.
Après la découverte de l’Amérique, les Espagnols trou vèrent au Mexique et au Pérou des mines dont la richesse dépassait de beaucoup tout ce qu’avaient connu l’antiquité et le moyen âge. La production moyenne annuelle, qui était évaluée à 30 millions de francs vers 1500, fut de 1:20 millions vers 1000. Il s’ensuivit, comme le remarquaient avec chagrin des contemporains, « une cherté excessive de toute chose », c’est-à-dire une grande et rapide dépréciation des métaux précieux : à Paris, l’heclolilre de fromei:', qui coûtait environ 10 grammes d’argent fin à la fin du xv" siècle, était payé plus de 80 grammes dans la première moitié du
xvii®. En même temps, le rapport de valeur de lor à 1 argent se modifiait : il avait été environ de 1 à 12 au rnojen âge; mais, les mines d’Amérique étant surtout des mines d’argent, il ne tarda pas à être de I à 15.
Vers 1848, la production annuelle des métaux précieux était d’un peu plus que de 200 millions de francs, dont 3/4 environ en argent et 1/4 en or. A cette époque, la découverte des mines d’or de la Californie, puis de l .\ustralie, et le développement des exploitations de l’Oural et de la Sibérie élevèrent cette production à près de 1 milliard, dont les 5/6 étaient en or. Comme conséquence, la valeur des métaux précieux s'est abaissée sensiblement pendant plus d'un quart de siècle depuis i 848 . Elle se serait abaissée davantage sans le développement que le commerce, stimulé par diverses causes, a pris dans le même temps.
Comme ces nouvelles mines avaient surtout produit de l’or, ce fut l’or dont la valeur baissa le plus d’abord. Cependant, depuis 1873, la plupart des États, comme l’Allemagne et même en fait comme la France, ayant adopté l’étalon d’or et les mines d’argent des États-Unis étant devenues très productives, l’argent s’est trouvé à son tour surabondant et sa valeur est tombée bien au-dessous de lo 1/2 (40 kil. d aigent pour 1 kil. d’or à la fin de 1902; 34 en août 1905). Malgré l’accroissemeiit considérable de la production de l’or, surtout depuis rexi)loilalion des mines du Transvaal, ce métal, devenu l’élalon presque universel dans le commerce international, n’a pas subi de baisse très apparente : la demande soutient l’offre. Le tableau suivant donne depuis 1851 la production annuelle en millions de francs à quatre époques (la valeur de l’argent calculée d’après le rapport de 1 à 1 5 1/2, est fictive depuis 1876).
Ur.
Argent.
De l’histoire des métaux précieux il résulte (jue :
1® Les variations de valeur entre les deux métaux ont
si
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PRÉCIS d’économie POLITIOUK
élé continuelles, le rapport de l’argent à l’or dans le monde civilisé ayant oscillé entre 10 et 40 pour 1 ;
2° Les variations de prix, c’est-à-dire de la valeur de la monnaie, ont élé continuelles aussi et ont eu des amplilud(*s beaucoup plus considérables', on peut dire approximativement qu’un kilogramme d’argent achetait, à la lin du XV® siècle, huit à dix fois plus de denrées qu’en 1850.
3° Les variations de prix ont été plus souvent dans le sens de la baisse des métaux précieux que dans le sens de la hausse.
4® Si l’on embrasse une courte période (or tous les échanges du commerce ordinaire se font dans une courte période), la monnaie est la mesure des valeurs la jüus exacte.
5® On a pris quelquefois comme mesure comparative de la valeur la journée du manœuvre ou le prix du blé : mesures très insuffisantes. La meilleure manière de comparer la valeur commerciale de la monnaie, c’est-à-dire sa puissance d’achat, à deux époques ou dans deux régions déterminées, consiste à chercher (l'echerche très difficile) dans chacune d’elles les jirix en centigrammes d’argent fin d’un très grand nombre de marchandises diverses et à établir le rapport moyen des deux séries de prix.
RESUME
La monnaie est par excellence l’instrument des échanges. C’est une marchandise qui, selon la loi commune de l’échange, se vend et s’achète ce qu’elle vaut, mais qui, étant revêtue d’un caractère légal, sert d’instrument général des échanges, comme mesure et intermédiaire, et de dénominateur commun dans la comparaison des valeurs.
Les métaux précieux ont les qualités requises pour servir de monnaie : grande valeur sous un petit volume, homogénéité et divisibilité, inaltérabilité, densité, stabilité relative de valeur.
Le système monétaire peut être fondé sur le double étalon ou sur l’unité d’étalon. — Le double étalon pou-
LE CREDIT
vait autrefois fournir un marché monétaire plus larg*e et un approvisionnement métallique plus considérable, il amortissait les brusques oscillations de valeur de la monnaie, mais il rendait ces oscillations plus fréquentes et il poussait à la baisse de la monnaie. L’unité d’étalon est le seul système logique, parce qu’il fournit une mesure fixe, sinon quant à la valeur, du moins quant à la matière. — L’étalon d’or, qui convient aux peu pies riches, est adopté aujourd’hui dans presque tout le monde civilisé.
Les monnaies divisionnaires peuvent avoir une valeur réelle inférieure à leur valeur nominale, à condition que le cours légal en soit limité.
La France et les autres États 'de l’Union monétaire sont sous le régime du double étalon mitigé.
Lingots et monnaies sont une même marchandise : il ne peut exister entre la valeur des uns et des autres que la dilïérence des frais de fabrication.
Plus le prix des marchandises est élevé, moins les métaux précieux ont de valeur; moins le prix des marchandises est élevé, plus les métaux précieux ont de valeur.
L’histoire montre que les variations de valeur entre les deux métaux ont été continuelles; que les variations de prix ont été continuelles aussi et ont eu lieu surtout dans le sens de la baisse; que, dans une courte période, la monnaie est la mesure des valeurs la plus exacte, 'mais que, dans une longue période, elle devient une 'mesure tout à fait insuffisante.
LE CREI3IT
Sommaire. — 83. La nature du crcdil. — 84. L’influence du crédit. — 8b. I.es principaux modes de crédit. — 86. Les elfels de commerce. — 87. Le rôle des banques. — 88. Le mécanisme des banques. —
202 PRÉCIS d’économie politique
89. Le billet de banque. — 90. Les mouvements de l’encaisse, du portefeuille et de la circulation. — 91. Le papier-monnaie. — 92. Le mode d’émission des billets de banque. — 93, La Banque de France.
83. La nature du crédit. — Si la monnaie est le seul dénominateur commun, elle n’est pas le seul instrument des échanges. Elle a un puissant auxiliaire dans le crédit. Nous pouvons déjà dire d’une manière générale que le crédit consiste dans V échange d\me réalité actuelle, c’est à-dire d’une richesse existant acluellement sous forme de monnaie, de marchandise ou de valeur quelcomjue, contre une probabilité future, c’est-à-dire contre le remboursement, à une époque ultérieure et si le débiteur est solvable, de la richesse prêtée et des intérêts du prêt,
* Etudions la nature de cet instrument en prenant le cas le plus simple.
Un ouvrier a besoin de pain; mais il n’a pas d’argent, parce qu’il a déjà dépensé la paye de la dernière quinzaine et qu’il faut attendre encore huit jours la paye prochaine. Il va chez le boulanger, qui lui donne un pain dont il lui promet de payer la valeur dans huit jours. En réalité, il n’a généralement besoin de rien promettre; il prend son pain; le boulanger a l’habitude de le lui donner chaijue jour; l’ouvrier a l’habilude de le payer chaque quinzaine; le premier en use de même avec toutes ses pratiques en qui il a confiance : c’est un contrat tacite qui est avantageux à tous, puisiiu’il permet à l’ouvrier de manger sans argent, au boulanger de vendre un pain qui aurait peut-être inutilement attendu dans sa boutique un autre consommateur. Voilà le phénomène du crédit sous sa forme la plus simple. C’est ce qu’on appelle « faire crédit » et « acheter à crédit » : le langage ordinaire est ici d’accord avec le langage de la science.
Que s est-il passé? Le boulanger a eu confiance dans la probité et la solvabilité de son acheteur: voilà le principe. Il lui a livré sa marchandise sans en exiger immédiatement le payement, c’est-à-dire qu’il lui a fait avance de la valeur de cette marchandise : voilà le fait. La marchandise, que l’ouvrier n’aurait pu acheter au comptant que dans huit jours, est entrée plus tût dans la circulation : voilà le résultat.
LE CRÉDIT
Si le boulanger n’avait pas cru l’ouvrier assez honnête ou assez riche pour payer son pain, si même il n’avait pas trouvé quelque avantage à se défaire promptement de sa marchandise, il n’aurait peut-être pas agi ainsi; la confiance et la circulation jouent donc un grand. rôle dans le crédit. Toutefois le crédit, considéré en lui-même, a été une manière de prêt, une faculté de consommer ou d'uldiser une certaine valeur appartenant à autrui sans que le consommateur donne en même temps une valeur égale. S’il avait donné celte valeur égale, l’échange eût été parfait : 1 acte de crédit est un échange inachevé.
C’est par la contingence même d’un des deux termes du rapport que le crédit diffère essentiellement de l’échange ordinaire. Dans l’échange ordinaire, où on livre produit contre produit, l’opération est complète du premier coup. Dans un fait de crédit, l’échange reste comme suspendu jusqu’à ce que le débiteur se soit acquitté. Celui-ci a donc, en premier lieu, l’usage, pendant un certain temps, d’un produit dont il ne fournil pas l’équivalent; en second lieu, il est certain qu’il a reçu, tandis qu’il est seulement probable qu’il rendra. De là la légitimité de l'intérêt qu’il paye à son créancier comme prix de l’usage, et Vélévation du taux de cet intérêt d’autant plus grande que l’éloignement de l’époque du remboursement ou le peu de confiance qu’inspire l’emprunteur rendent moins certaine la livraison future du produit équivalent.
Toutes les autres formes du crédit ne sont que des variations plus ou moins compliquées du phénomène que nous venons d’analyser et peuvent toujours se ramener à un contrat semblable à celui du boulanger avec l’ouvrier. Qu’au lieu d’un pain il s’agisse d’un habit, de dix balles de café, de vingt pièces d’étoffe, d’un fonds de coiiimerce de 100 000 fr., d’un travail personnel, il y a toujours un vendeur qui livre une certaine valeur sans recevoir immédiatement en échange une valeur équivalente, et un acheteur qui reçoit celte valeur en s’engageant, moralement ou par écrit, à rembourser la dette qu’il contracte. Dans toute opération de crédit, il y a donc, d’une part, le vendeur, leiiuel est prêteur ou créan-
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