‹ Précis d'économie politique [microform]Chapitre 27 sur 47 · III S · texte numérisé non relu

III S

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PRÉCIS d’économie politique

• ler, d’autre part, X acheteur, lequel est emprunteur ou débiteur; entre les deux, une marchandise que le premier avance au second, parce qu’il a conliance en lui.

Au fond (le tout acte de crédit, il y a une avance, et c’est

avance même qui c(3nstitue le phénomène du crédit : avance sur promesse implicite de remboursement dans les rapports ûidmaires d un tailleur avec son client, avance sur promesse écrite dans d’autres cas. Quand l’ouvrier reçoit au bout de a quinzaine le prix de son travail de deux semaines, quand le propriétaire tciucbe au terme le loyer d’un logement dont jouit depuis trois mois le locataire , n’y a-t-il pas encore avance de services et acte de crédit? Gomme, en somme, produits et travail sont des services, on doit dire d’une manière générale : le crédit est une avance de services.

On emploie ce mot de crédit dans un sens un peu ditîérent quand on parle du « crédit public ou d’un homme « qui a du crédit ». On veut désigner non plus l’avance ellemême, mais la faculté qu a un Etat ou un particulier de se procurer des avances de services.

Pour qu’il y ait avance de services, il faut nécessairement quil y ait d’abord des produits créés, une richesse réelle, c’est-à-dire une épargne réalisée, un capital formé; on ne prête pas le néant. Si le tailleur n’av'ail pas d’habits, il ne pourrait pas en fournir à crédit. Il en* est de môme d’un marchand de soieries, d’un bailleur de fonds, d’un ouvrier; s’ils ne possédaient pas, l’iin des pièces d’étolTe, l’autre de l’argent, le troisième du travail, tous enfin quelque valeur réelle et échangeable, il ne leur serait pas plus possible de vendre à crédit qu au comptant. Celte observation est si simple (]u elle paraît puérile. Elle conduit pourtant à une vérité très importante et parfois méconnue : c’est que le crédit doit toujours reposer sur une valeur réelle; et conséquemment à cette autre vérité capitale : le crédit est par lui-même un déplacement et non une création de capitaux.

La quantité de valeurs que chacun possède, comme étant sa propriété ou comme résultant d’un emprunt, est donc la limite du crédit qu’il peut accorder à un moment donné. De plus, on n’accorde de crédit qu’à ceux qui ont assez de

LE CREDIT

moralité pour inspirer confiance ou qui possèdent assez cu’mêmes pour présenter une garantie. Ces deux raisons fout que, dans une nation pauvre, il y a peu de crédit, parce qu’il y a peu de gens capables de le donner et peu de gens jugés dignes de le ivccvoir; au contraire, dans une nation ri'-lie. le crédit est d’un usage tréis fréquent et devient un des gnuids moteurs du mouvement économique. Mais, quelque riche (jue soit cette nation, le crédit, en supposant que les nations é.lrangéres n’interviennent pas dans ses affaires, ne saurait jamais y être plus grand que la masse de ses richesses, et il ne peu> s’accroître que par suite d’un accroissement proportionnel de la production ; car, encore une fois, il faut que la richesse soit créée pour (]ii’el!e puisse être déplacée et prêtée.

84. L’influence du crédit sur la richesse. — Le crédit n’en exerce pas moins une très grande inlluence sur la création des richesses et, par suite, sur la lormation du capital.

Voici un homme qui est aelif, intelligent, laborieux, mais qui, faute d’argent, était resté longtemps ouvrier serrurier et qui gagnait à peine avec ses bras de quoi suffire à son entretien journalier. Un capitaliste lui a prêté 3000 francs à l’aide desquels il a pu louer une petite boutique, faire construire une forge, acheter des outils, du charbon, du fer et travailler pour son propre compte. Comme il est adroit, les prali(|ues ne lui ont pas fait (iéfaut. Sur ces 3000 francs, ^000 seulement avaient servi aux frais de premier établissement; 1000 avaient été employés à acheter du fer, qui, sous le marteau de l’artisan, s'est converti en serrures et en objels divers valant plus de 3000 francs. Avec ces 3000 francs, il a encore acheté du fer dont la valeur, grâce à son industrie, a triplé; si bien qu’au bout de six ans ce serrurier avait remboursé les 3000 francs empruntés et qu’il possédait déjà une boulique achalandée et un petit capital. Une avance de 3000 francs pendant six ans avait opéré ce changement, tiré un homme (ie la médiocrité et enrichi la société de toute la valeur de sa production : c’est là un miracle dû à la puissance du crédit.

Un homme avait acheté une terre de quelques arpents qui valait à peine loOO francs, parce que l’ancien propriétaire,

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faute d’argent, l’avait laissée presque en friche. Cet homme était riche. Il confia celte terre à un pauvre hère du village qu’il savait laborieux et il lui fournit une paire de bœuls, une charrue, des moutons, des semences. A l’aide de celte avance faite en instruments de travail, le métayer cultiva ; la terre, qui par elle-même était fertile, répondit à ses soins. Au bout de dix ans le pauvre hère était devenu un villageois aisé ; son bétail avait doublé et la terre elle-même, retournée et fumée, aurait valu plus de 3000 francs si le propriétaire avait voulu la vendre. Voilà encore un miracle du crédit.

Les exemples de ce genre sont innombrables. Interrogez les industriels et les négociants que vous rencontrez dans la société; la plupart vous diront qu’au début de leur carrière ils ont eu recours à des capitaux empruntés et que c’est le crédit qui leur a permis de former leurs premières entreprises. En saurait-il être autrement? L’homme ne peut rien sans avoir un capital, et comment aurait-il pu amasser un capital avant d’avoir rien fait? Sans le crédit, il ny a guère que ceux auxquels leurs parents auraient laissé quelque fortune qui seraient capables d’exercer une industrie ou un commerce quelconques. Que d’intelligences, que de facultés diverses et précieuses ne demeureraient pas stériles! et combien la société tout entière ne serait-elle pas plus pauvre sans l’inlluence bienfaisante de ce crédit, c’est-à-dire sans ce déplacement du capital qui est venu s’associer au travail?

D’ailleurs ce n’est pas seulement au début de la carrière, c’est dans toutes les branches et à tous les degrés de l’activité industrielle que l’influence salutaire du crédit se fait sentir.

Un négociant déjà riche a un capital de 100 000 francs en marchandises.

Supposez que le crédit n’existe pas. Ce négociant ne pourra renouveler son assortiment que lorsqu’il aura vendu les marchandises qu’il possède, et il ne les vendra qu’argent comptant. Bien des acheteurs, qui se seraient présentés immédiatement sans cette condition, sont obligés d’attendre cinq et six mois jusqu’à ce qu’on leur ait acheté à eux-mêmes et payé leurs produits. Ce n’est qu’au bout d’un an que le né-

gociant aura vendu ses 100 000 francs et que, rachetant de nouvelles marchandises au fur et à mesure de chaque vente, il aura entièrement renouvelé son assortiment. Les marchandises, qui seront restées longtemps en magasin, auront pu se détériorer; et, si ce négociant fait un bénéfice net de 15 p. 100, il n’aura gagné que 15 000 francs.

Supposez maintenant que le crédit existe. Le même négociant voit affluer chez lui les acheteurs et il leur livre aussitôt ses marchandises sur la simple promesse d’en payer la valeur trois mois après. Il va lui-même trouver ses fournisseurs et il remplit, au fur et à mesure, les vides de son magasin, sans bourse délier, en s’engageant seulement à payer dans trois mois. Il paye en effet avec 1 argent que lui donnent à l’échéance ses acheteurs. Il se trouve ainsi avoir vendu en trois mois ce qu’il n’aurait vendu, sans l inlervention du crédit, qu’en un an ; il renouvelle quatre fois dans la même année ses opérations: les marchandises n’ont pas le temps d’être avariées ni de passer de mode; il peut se con- • tenter d’un bénéfice de 10 p. 100 ; les acheteurs payent moins cher, et lui-même gagne 40 000 trancs au lieu de 15 000.

Appliqué à tous les industriels, à tous les négociants d une nation qui, par un enchaînement semblable, se font des avances et en reçoivent mutuellement les uns des autres, le crédit anime la production et il augmente dans une proportion considérable l’effet des forces productives de la société. On ne saurait donc trop l’encourager, non seulement pour procurer le bien-être à ceux qui ne l’ont pas, mais pour donner de nouvelles forces à ceux qui ont déjà acquis l aisance et pour accroître la masse des richesses.

Disons, en résumant celle analyse, que, si le crédit, à proprement parler, ne crée rien, et s’il est un simple dépla-

cement de capitaux, néanmoins, en portant le capital à 1 en-

droit môme où celui-ci peut être le plus utilement employé, en fournissant au travail des instruments, en rendant actif

ce qui était inerte, fécond ce qui était stérile, ce simple déplacement apporte une modification profonde dans l’économie de la société, rend la production plus active et permet à l’industrie de créer, dans le même temps, une masse de ri-

PRÉCIS d’économie POLITIOUE

chepes plus considérable. II ue faut jamais perdre de vue ni Ton ni l’autre des deux aspects de la question; en l’envisageant dans son ensemble, on conclut que le crédit est une avance de services, faite sous forme de travail actuel ou de produits antérieurement créés, déterminée par /a confiance, produisant une circulation plus rapide et, par suite, contribuant à /"augmentation de la richesse!

Ho. Les priiieipniix modes de crédit. — Le crédit se présente presque aussi souvent sous forme d’une avance de travail que sous forme d’une avance de marchandises. En elfet, tous les [iroduits qui sont donnés à crédit par le marchand ont été auparavant fabriqués h crédit par les ouvriers dont on n’a pas payé heure par heure ni même jour par jour les services. Arrêtez un vendredi soir le compte général de la production en France. Les trois millions et demi d’ouvriers et d ouvrières qu’emploie l’industrie manufacturière ont fait à leurs patrons l’avance d’environ cinq jours de travail, soit, à raison de 3 fr. 30 en moyenne, plus de 60 millions de francs ; les trois millions et demi de journaliers, ouvriers et domestiques de ragriculture qu’on paye souvent par mois ont fait une avance au moins égale. Le crédit du travail, sans parler même du traitement des commis et des em! ployés, roule ainsi à la lin de chaque semaine sur un fonds de plus de 120 millions; néanmoins, comme il ne se traduit d’ordinaire par aucun contrat écrit, il passe presque inaperçu. ^

Quand on parle de crédit, on entend presque toujours une avance de marchandises ou de choses; de plus, comme les niarchandises s’évaluent à l’aide de la monnaie, c’est en monnaie, autrement dit en espèces sonnantes, que le contrat de crédit est généralement stipulé et que se fait lc« remboursement du service avancé; que l’échange, demeuré imparfait et suspendu, complète par la livraison delà contre-valeur métallique que le débiteur avait promise.

Les contrats de crédit se distinguent donc moins par la nature de la marchandise fournie que par la nature des garant'cs données par l’emprunteur pour inspirer confiance, ün peut diviser ces contrats en quatre catégories :

LE CRÉDIT

1° Le crédit simple ou prêt direct a dû être la forme primitive des avances que les hommes se sont faites les uns aux autres. Le sauvage qui a été plus heureux à la chasse que son compagnon lui prête pour vivre quelques pièces de gibier que celui-ci s’engage à rendre à la campagne prochaine ; le cultivateur qui ne consomme pas tout son blé en cède une partie à son voisin pauvre pour faire ses semailles, et le voisin promet de rendi e avec l’intérêt, à la moisson, la valeur prêtée : rien de plus simple qu’un pareil contrat. C’est encore aujourd’hui une forme qui est dans les habitudes journalières de la vie. Les avances que l’ouvrier fait à son patron, les marchandises que le boucher, le boulanger, l’épicier fournissent à crédit au client, les vêtements que le tailleur et la couturière livrent sans présenter en même temps leur note sont des espèces de prêts directs. Aucun engagement écrit ne lie les deux parties; les livres du vendeur sont le plus souveni l’uni(jue preuve de la créance; aussi ce genre de crédit repose-t-il presque uniquement sur la confiance. Il rentre dans la catégorie qu’on nomme crédit personnel , parce qu’// a pour fondement l'opinion quon a de la personne qui emprunte beaucoup plus que les valeurs réelles que l’emprunteur pourrait fournir comme garantie.

Les marchandises ainsi livrées sont souvent consommées sans produire d’une manière directe de nouvelles marchandises qui répondent du payement. Quand le négociant en vins vend à un cabaretier un tonneau de vin, il doit penser que ce dernier le vendra à son tour au détail avec profit, et que la valeur de chacun des litres qui sortiront de sa cave se retrouvera en argent dans sa caisse ou sous une autre forme dans son magasin : il y a là une certaine garantie. Mais, quand il livre le même tonneau de vin à un individu qui le consommera pour son propre usage, il peut se demander (jue sera devenue la valeur de la marchandise, s’il ne doit loucher le monlanl de sa facture (jue six mois après, lorsijue tout le vin aura été bu. Il n’a d’autre garantie (jue la moralité et l’état de fortune de l’acheteur : le crédit est personnel.

Malgré les risques auxquels il expose, ce crédit offre tant de commodités (lu’il est d’un usage continuel et qu’il serait

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impossible de le bannir d’une société civilisée. Gomment vivrail-on s’il fallait avoir toujours la bourse à la main, payer chaque service au moment même où il est rendu, régler heure par heure et presque minute par minute le salaire des ouvriers et des domestiques; si l’on ne pouvait pas même, par exemple, prendre un abonnement de bain, parce que c’est payer par avance un service qu’on n’a pas encore reçu?

11 y a pourtant une certaine manière d’être de ce crédit qui n’est pas sans danger, /.es petits crédits ruinent les • petites gens, dit-on. Le mot est juste. Le pauvre est sollicité par le désir de se procurer les jouissances dont il est privé; quand le crédit les lui offre, il est généralement porté à accepter, sans s’inquiéter du lendemain. Le lendemain arrive, il faut payer; s’il ne le peut pas, il s’endette; puis, comme la facilité de jouissances ([u’on obtient sans bourse délier est un appât auquel il lui est difficile de résister, il ne se libère péniblement d’une dette que pour en contracter d’autres, et il demeure pris dans un engrenage fatal. Il y a cerl.ains marchands ou prêteurs qui spéculent sur cette fai-

blesse. Il y a des pays en Amérique, voire même en France jadis, où ces crédits ont eu pour effet de réduire les ouvriers dans une sorte de servage. Payer comptant est pour les petites bourses le moyen le plus sûr de régler la dépense sur le revenu ; si ce système impose par moments quelque privation, il est certain qu’il épargne, dans un avenir prochain, des difficultés et peut-être d’autres privations jdus graves.

2° Le prêt sur gage forme la seconde catégorie des contrats de crédit. Celle-ci diffère radicalement de la précédente. Dans la première, le crédit est personnel ; dans la seconde, au contraire, il est réel, c'est-à-dire qu’2‘/ a pour garantie une chose, une valeur réelle. Un marchand a chez lui cinquante [)ièces de drap; mais comme, par suite de quel([uc circonstance extraordinaire, son drap ne se vend pas, il n’a pas d’argent, et, comme il doit demain payer son loyer, il va chez un capitaliste qui consent à lui prêter iOOO francs à condition que l’emprunteur dépose chez le prêteur, comme gage, vingt pièces qui valent à peu près le double cl que ce

LE CRÉDIT

t dernier ne rendra qu’au remboursement de la dette ; voilà le

prêt sur gage. Ce qui le distingue des autres, c’est que les prêteurs gardent entre leurs mains, comme garantie, une valeur au moins égale à celle qu’ils lournisseut. Ce prêt paraît donc ne les exposer à aucun risque; mais il est loin de favoriser autant que les autres la circulation, puisqu’il ne met en mouvement la valeur prêtée qu’en frappant le gage d’immobilité.

La forme est donc imparfaite. Elle est née du défaut de I confiance, et on la trouve fréquemment usitée aux épo(|ues

I et dans les circonstances où la confiance manque. Les juifs,

I dont les lois, au moyen âge, entravaient plus qu’elles ne (iro-

•; tégeaient les opérations commerciales, prêlaieiil presque lou-

! jours sur gage. Les usuriers prêtent souvent sur gage. Encore

aujourd’hui, dans les temps de crise indusliielle, les prêts sur gage se multiplient; quand la confiance règne et que le commerce est prospère, les négociants trouvent à placer aisément leurs produits et ne songent guère à les mcllre en gage pour obtenir le prêt d’une somme inférieure au prix de vente.

Cependant il y a des formes de prêt sur gage qui n’ont pas au môme degré ces inconvénients : les avances sur titres et \es prêts sur warrant. Le warrant est un certificat de dépôt de marchandises dans des entrepôts ou magasins généraux; la marchandise n’eu peut être retirée que sur la présentation \ du -warrant, lequel se transmet par endos d’un propriétaire

I à un autre. Le propriétaire peut non seulement vendre,

i mais emprunter, en remettant le warrant à son prêteur,

f Cette remise équivaut à un véritable gage, mais n’empêche

1 pas le marchand de faire voir et d’offrir en entrepôt sa

1 marchandise à ses clients. Il y a une autre forme de prêt

i sur gage qui est encore très usitée et qui rend des services,

I sm*toul à la classe pauvre : c’est le Mont-de-Piété.

^ 3“ Le prêt hypothécaire, crédit immobilier ou foncier,

est une variété du prêt sur gage. Gomme lui, il appartient à la classe des crédits réels] mais il diffère du précédent, d’abord parce que le gage, au lieu d’être une marchandise (juelccnque, est toujours un immeuble, terre, maison ou autre bien devenu immeuble par destination; ensuite parce qu’au

PRÉCIS d’économie politique

lieu d être immobilisé, à titre de garantie, entre les mains du prêteur, le gage reste dans la possession de t emprunteur ^ qui peut le fawe fructifier. La raison de cette dernière dif- ' lerence est facile a comprendre. Lorsque le gage est un meuble, l’emprunteur pourrait très bien l’aliéner ou le détruire, s il en conservait la jouissance; lorsque c’est un immeuble, il ne le peut pas, et le préteur est toujours sûr de retrouver la garantie de sa créance. Le Crédit foncier de France a été institué pour prêter sur première bypotbèque îl la propriété foncière; il se procure les fonds par l’émission d’obligations négociables et il se rembourse par des annuités que

s engage à payer l’emprunteur et qui comprennent l’intérêt et 1 amortissement.

La supériorité du crédit hypothécaire sur le prêt sur gao"e est facile à saisir. Le dernier, immobilisant la marchandise, la rend en quelque sorte stérile; le premier fait circuler la richesse en fournissant à l’emprunteur les capitaux dont il avait besoin, sans, pour cela, stériliser la terre; car le propriétaire continue à en jouir et peut même l’aliéner, pourvu

que l’immeuble réponde de la dette entre les mains du nouveau possesseur.

4° Le prêt direct est un crédit personnel ; le prêt sur gage et le prêt sur bypotbèque sont des crédits réels. Le crédit commercial tient de la nature de l’un et de l’autre et il est, par sa nature propre, supérieur à tous les autres. Le crédit commercial est le résultat d’une opération de commerce., vente de marchandises ou avance de capital, faite par un négociant à un autre négociant, non pas, par conséquent, en vue d’une consommation improductive, mais en vue de la revente de la marchandise ou d’une consommation productive : c est le cas du cabaretier que nous avons cité plus haut.

Ce crédit donne plus de sécurité aux prêteurs que le crédit simple, puisqu il repose sur une valeur réelle qui doit deve- • nir productive entre les mains de l’emprunteur. Il procure plus d avantages aux emprunteurs que le prêt sur gage, parce qu’il n’immobilise pas -une partie de leur fortune 'pour dégager 1 autre. Il u entraîne pas, pour le recouvrement de la créance, les mêmes lenteurs que le prêt hypothécaire; si

LE CREDIT

le payement n’a pas lieu à l’échéance, le créancier est immédiatement autorisé à saisir les biens mobiliers du débiteur, et le débiteur, qui connaît cette prompte rigueur de la loi, s’expose rarement à ses coups : de là l’exactitude d’une part et la confiance de l’autre. Aussi est-ce sous cette forme que le crédit est surtout un instrument d'échange et qu’il concourt le plus avec la monnaie à la circulation de la richesse.

5° On peut être capable d’employer fructueusement des capitaux d’emprunt et cependant ne pas inspirer une confiance suffisante pour trouver un prêteur; c’est le cas de beaucoup d’artisans, d’une ouvrière qui désire posséder une machine à coudre, d’un marchand au détail gêné pour payer son terme, d’un petit fabricant qui veut acheter des matières premières. S’ils faisaient partie d’une société de crédit et que l’emprunteur s’entendît avec plusieurs autres membres de la société qui prendraient, à charge de levanche, l’engagement de rembourser solidairement la dette en cas de nonpayement par l’emprunteur, les uns et les autres pourraient obtenir par une union sagement combinée la confiance qui manque à chacun d’eux isolé et obtenir le crédit commercial. C’est un crédit solidaire, lequel peut rendre des services aux petites bourses; nous en avons parlé à propos des sociétés de crédit (voir § 6^).

6“ Le crédit public procède de la confiance qu’inspirent les Etats aux capitaux privés. Cette confiance a pour fondement la richesse et la solvabilité, tout comme s’il s’agissait d’un simple particulier; elle se manifeste par la facilité que les gouvernements et les administrations publiques (Etat, départements ou communes en France) trouvent à conlracter des emprunts et par le cours des titres qu’ils ont émis L

Au crédit public on peut rattacher le crédit des grandes sociétés anonymes, telles que les compagnies de chemins de fer, qui se constituent par actions et qui émettent ensuite des obligations c’est-à-dire contractent des emprunts. .

1. Voir plus loin, § 119 et 120, les emprunts et dettes d’État.

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