LES DETTES PUBLIQUES
On peut dire que les nations modernes auraient été conduites, parleurs entraînements, à manquer toutes à leurs engagements sans deux événements qui sont venus au secours des États : en premier lieu, les grandes découvertes de métaux précieux en 1851 dans l'Australie et la Californie et vers 1885-1890 au Transvaal; en second lieu, les prodigieux changements accomplis dans les voies de transport par l'application de la vapeur à la locomotion terrestre et maritime. Le premier de ces événements, en rendant la monnaie plus abondante, a diminué le poids réel des dettes publiques ; le second événement a développé soudainement la production et la richesse, de sorte que Ténormité des dépenses des États a coïncidé avec un grand développement des ressources générales des peuples.
Mais ces deux événements, qui ont caractérisé soit le second soit surtout le troisième quartier de ce siècle, peuvent ne pas se représenter. Toutes les périodes de l'humanité n'ont pas été aussi favorisées, pour le développement de la richesse, que la période de 1850 à 1910. On peut retomber dans des époques où le progrès soit plus lent. Si les dépenses publiques et les dettes publiques continuaient à s'accroître, comme de 1850 au jour actuel, les pays ne pourraient leur opposer, pour en compenser les fâcheux effets, les énormes ressources dont ils ont bénéficié pendant l'ère des grandes applications industrielles et de la rénovation économique du monde. Les peuples et les gouvernements ont un peu la tête grisée par la prospérité d'une période qui a été exceptionnelle dans l'histoire de l'humanité.
Le devoir de ramortissement. — U faut arrêter le flot toujours montant des dépenses et des dettes publiques. Il faut aussi s'efforcer de diminuer le capital des dettes publiques en le remboursant. Quand il s'ooèr« avec les ressources ordinaires du budget, c'est-à-
dire avec la partie du produit des domaine'? e* de« impôts qui reste disponible après avoir couvert loui. - i « dépenses de l'État, ce remboursement s'appelle amorisseuTeiit. Il faut amortir les dettes nationales. C'ebl un devoir de patriotique prévoyance. Déjà les États-Unis, de 1865 à 1887, avaient, par des amortissements ininterrompus, réduit de 13 milliards à moins de 8 le capifal delà dette fédérale. Les Anglais, de 1870 à 1899, avai ut amorti plus de 2 milliards; la guerre du Transvaal, de 1899 à 1902, leur a coûté près de 6 milliards, dont près d'un tiers fourni par des impôts extraordinaires; même après cette guerre si coûteuse ils se retrouvent, grâce aux amortissements effectués pendant les périodes de paix, avec une dette moindre que celle qu'ils avaient au commencement du xix^ siècle.
Quand nos rivaux industriels et comniv^rciaux, les Anglais et les Américains, se préoccupent constamment d'amortir leurs dettes publiques, pourtant irès inférieures à la nôtre, quand nos autres rivaux, les Allemands, n'ont qu'une dette très modique, si la France restait longtemps grevée des 33 ou 34 milliards de la dette nationale actuelle, à pîus forte raison si elle portait ce chiffre à 40 milliards, elle ressemblerait à un homme qui, ayant l'un de ses bras lié au corps et ne possédant, par conséquent, qu'un bras disponible, voudrait lutter avec un autre, aussi bien constitué et aussi bieQ bâti, mais dont tous les membres seraient libres.
Depuis le moment où furent écrites ces lignes lai dette de la France a grossi dans des proportions formidables en raison de la guerre. Au moment présent (voir p. 282) elle s'élève, au i" mars 1921 (dette consolidée par le fait de la guerre et en y joignant la dette antérieure) à 133 milliards de francs en chiffres ronds. A la même date, la dette flottante dépassait
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86 milliards et la dette viagère dépassait 4 milliards au total. Il faut y joindre aussi les dettes à l'étranger dont le montant peut varier suivant la situation des changes et était estimée fin février 1921, à 83 milliards. Ces énormes chiffres rendent encore plus nécessaire l'amortissement. Mais avant de songer à un amortissement — réel — il faut équilibrer d'abord les budgets. Une proposition de loi en faveur de l'amortissement a été déposée au Sénaî par MM.Doumer, Perchot et Dausset, le 27 avril 1920.