L'ÉNORME CROISSANCE DES BUDGETS DE LA FRANCE DEPUIS QUINZE
ANS (1897-1911). — Il n'est pas sans intérêt de jeter un coup d'œil rapide sur la croissance des budgets de la France dans les temps récents. Sans remonter loin dans Lexix* siècle, il suffit de prendre le chiffre des toute» dernières années du dit siècle et de les comparer aux chiffres des budgets de 1910 et de 1911, pour être frappé de l'énorme et de plus en plus rapide développement des dépenses.
Nous empruntons le tableau suivant jusqu'à l'année 1909 incluse à l'Exposé des motifs du budget de 1910 et nous le complétons pour les deux années suivantes :
Exercices.
En plus
Total
ou en moins que
Budget
des dépense!
l'exercice précédeui
primitif voté
effectuées
pour les dépenses
par la Chambre.
dans l'exercice.
effectuées.
Francs.
Francs.
Francs.
l'état et les finances publiques. 438
Nous n'avons pas (juillet 1910) les chiffres des dépenses définilives du budget de 1908 et des suivants; mais elles dépassent sAremenI ceux des budgets primilifs.
En jetant un coup d'oeil sur ce tableau, on voit d'abord que les dépenses effectuées dans chaque exercice dépassent régulièrement d'une somme qui varie entre une trentaine d« millions et 150 millions les chiffres du budget primitif, c'est-à-dire du budget de prévision. C'est dire que le budget de 1911, prévu pour un chiffre de 4 milliards 314 millions, montera très probablement à 4 milliards 400 millions, sinon davantage.
Tenons-nous en, toutefois, aux chiffres des budgets primitifs : ils sont passés de 3 milliards 291 millions en 1893, à 4 milliards 314 millions en 1911; c'est plus de 1 milliard de francs d'accroissement en dix-sept ans.
Cet accroissement se répartit très inégalement sur toute cette période. De 1893 à 1904, c'est-à-dire dans les onze premières années, le budget primitif ne s'élève que de 3,291 millions à 3 milliards 565, soit une augmentation de 274 millions seulement, ou de 25 millions en chiffres ronds par an; et le. budget définitif, c'est-à-dire les dépenses réellement effectuées, ne s'accroît lui-même que de 260 millions en chiffres ronds ou moins de 24 millions par an.
Au contraire, de 1904 à 1911, en sept ans, le budget primitif passe de 3,565 millions à 4,314, ce qui est un accroissement de 749 millions ou de 107 millions par an, augmentation énorme; on ne peut juger de l'accroissement du budget définitif dans les mêmes sept plus récents exercices^ puisque les tout derniers sont encore en cours; mais autant qu'on peut le prévoir, cet accroissement ne sera pas moindre, et si l'on pousse l'examen encore plus loin, on voit que l'accroissement est surtout énorme de 1909 à 1911 où le budget primitif s'est accru, en deux ans, de 109 millions, soit de 154 millions 1/2 par an.
Cette ascension du budget de la France depuis 1905, et tout particulièrement depuis 1909, témoigne d'une dangereuse imprévoyance. En vain, l'on dira qu'une grande partie de cette énorme augmentation concerne l'armée, la marine et les dépenses dites sociales. Ces trois chapitres sont très loin de justifier l'accroissement colossal du budget, soit les 749 millions de plus depuis 1904, soit les 309 millions depuis 1909. Les dépenses résultant des lois sociales, notamment, ne figurent que pour moins de 100 millions dans ces chiffres; en effet, la loi de 1905 sur l'assistance aux vieillards et aux infirmes qui impose, pour 1911 A une centaine de millions de sacrifices aux pouvoirs publics er rejette la moitié sur les départements et les communes et n€ met qu'une cinquantaine de millions à la charge de l'Etat; d'autre pftrt, la loi sur les retraites ouvrières n'est prévue au budget do