‹ Précis d'économie politiqueChapitre 16 sur 113 · LE CAPITAL · texte numérisé non relu

LE CAPITAL

pousse à la mer ; il se trouve alc^fi possesseur d*un instrument qui facilitera sa pêche; cet instrument, c'est du capital ; les approvisionnements qui lui ont permis de consacrer tout son temps à le faire étaient auss du capital.

Ce capitaliste peut disposer de son outil ou pour pêcher plus commodément et se donner moins de peine ou pour pêcher davantage et céder, moyennant des compensations, une partie du surcroît de sa pêche aui autres membres de la tribu.

Le bon exemple est contagieux, comme le mauvais les sauvages les plus intelligents et les plus actifs du môme groupe finissent aussi par se construire des canots ; mais pour cela il faut qu'ils fassent violence à leur paresse, et qu'i.g réunissent, il'autre part, des approvisionnements afin de pouvoir consacrer pendant on certain temps toute leur force à faire leur canot. Au bout d'une certaine période, la tribu est divisée en deux parties : des hommes intelligents et "prévoyants qui possèdent des canots, parce qu'ils ont eu assez de force de volonté pour en construire; d'autres hommes, moins bian doués, qui n'en ont pas. Ceux-ci font naturellement des pêches moins fructueuses que ceux-là ; ili «<ont moins riches.

1 La pêche étant facilitée par le canot, d'autres perfec» lionnements suivent, tels que le filet à pêcher, le gouvernail, peut-être plus tard la voile. En tout cas quelques membres de la tribu, grâce à ces instruments, ont maintenant plus de loisirs ; ils peuvent distraire une partie de leur temps du travail destiné à les alimenter et pourvoir à d'autres besoins, se construire des huttes, par exemple, pour se mettre à couvert des intempéries. Ainsi peu à peu, au sein de la tribu, les esprits les plus avisés et les caractères les mieux trempéi

è2 LA PRODUCTION DES RICHESSES.

émergent au-dessus de la foule, possèdent p/us de moyens de production, plus de bien-être. Chaque capital nouveau est non seulement le moyen de se procurer plus de jouissances actuelles, mais permet, en rendant le travail plus productif, d'affecter une partie de ce travail à la création de capitaux nouveaux, c'est-à-dire de nouveaux instruments, de nouveaux approvisionnements, de moyens de progrès.

Une évolution semblable a pu se passer chez une tribu de chasseurs. Un des individus qui la composent a pu remarquer que si, au lieu de poursuivre chaque jour à la chasse les animaux qu'il doit consommer et de les tuer sans merci, il s'efforçait de les capturer, puis veillait à leur conservation, à leur nonmture, à leur pioduction, il se feraiC à liu-mêmewne vie moins précaire et moins dure. Mais il a d'abord fallu qu'il prit plus de peine pour atteindre un résultat difficile et qu'il restreignît sa consommation journalière jusqu'à ce qu'il eût constitué son troupeau.

A un stage ultérieur de l'histoire humaine, l'agriculture, c'est-à-dire l'emploi méthodique du travail à faire produire par la terre les plantes les plus utiles au ^enre humain, est née de la même prévoyance, de la mise en réserve d'approvisionnements analogues et de la confection d'instruments, d'abord primitifs, puis perfectionnés, la bêche, la pioche, la charrue, jusqu'aux machines actuelles.

Conditions de la formation du capital. — Approvisionnements et instruments, voilà les deux formes es-, sentielles du capital. Elles nécessitent l'abstinence ou" l'épargne et, d'autre part, le travail. Tout capital est dnfant du travail et de l'épargne.

La formation du capital suppose toujours que l'homme ou certams hommes d'élite préfèrent aux

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