‹ Précis d'économie politiqueChapitre 18 sur 113 · LE CAPITAL · texte numérisé non relu

LE CAPITAL

dernes. la simple épargne, pourvu qu'elle soit suivie d'un placement, équivaut à la capitalisation.

On peut épargner de deux manières, soit en thésaurisant, c'est-à-dire en enfouissant des pièces d'or ou d'argent, qui sont alors perdues pour la société ; soit, au contraire, en créant des instruments de travail ou des richesses stables d'une utilité permanente, comme du matériel industriel, des maisons, etc., ou bien en prê- (ant ses fonds à des sociétés, à l'État, qui les emploient •lans l'œuvre de la production.

Dans les sociétés présentes, la capitalisation est donc seulement la non-consommation d'une partie de son revenu, suivie du placement de ce revenu, ce qui est parfois une œuvre malaisée et exige, sinon une activité matérielle, du moins du discernement. L'épargne, faite avec intelligence, constitue ainsi le capital

Si l'on suit les choses comme elles se passent ou doivent se passer, on voit que la personne qili épargne crée en vérité, souvent sans s'en rendre compte, des approvisionnements et des instruments de travail pour faciliter un essor nouveau de l'humanité. Ainsi, au lieu d'acheter de riches toilettes et de se gorger d'une nourriture délicate, toutes choses périssables, l'épargnant achète une obligation de chemin de fer, ou une obligalion du Crédit foncier, ou une action d'entreprise industrielle, ou un titre de rente sur l'État, c'est-à- : ire qu'il met une Compagnie ou l'État en situation de lire des travaux publics, d'édiûer des maisons, decreu- 'cr des canaux, de construire des égouts, de se livrer à lies améliorations diverses, toutes œuvres d'utilité permanente, c'est-à-dire des capitaux.

Si l'épargnant se trompe dans son placement, son capital s'évanouit et pour lui et pour la soci«^té ; sod épargne lessemble à un enfant mort-né.

♦b LA PRODUCTION DES HICHESSIBS.

L'épargne se traduit en pratique par une direction utile et prévoyante donnée au travail humain. Dans une société qui épargne beaucoup, on produira moins de dentelles, mais plus de fer et plus de houille; moin^ i'objets de luxe, mais plus de machines servant à !> production ultérieure.

A la longue, cependant, le capital ayant considérai blement accru les forces productives de l'humanité, le nations qui capitalisent beaucoup arrivent à pouvoir sans cesser de capitaliser, vivre plus largement que celles qui ne capitalisent pas. Il en est ainsi, d'ailleurs, dans la vie privée : prenez deux hommes ayant 10,000 fr. de rente chacun; l'un consomme son revenu tout entier, l'autre en économise la moitié ; il vit donc moins largement que le premier; mais recherchez-les vingt ans après, le non-épargnant aura toujours le môme revenu, tandis que l'épargnant aura doublé sa fortune et son revenu : il pourra donc, dans cette situation nouvelle, vivre aussi largement ou même plus largement que l'autre, sans cependant cesser d'épargner.

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