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LA PROPRIÉTÉ

aucune valeur quand il s'î\git de la propriété personnelle, et je vous mets au défi de trouver un titre pour la possession par un peuple de son territoire national.

Pourquoi le peuple français, par exemple, posséderait-il seul les 528,000 kilomètres carrés de son territoire, ces espaces privilégiés qui contiennent les riches plaines lîu Nord, les belles vallées de la Seine, de la Loire, du Rhône et de la Garonne, toutes ces terres qui semblent à souhait pour des productions de choix, ces splendides vignobles qui donnent les vins les plus renommés? Quel droit le peuple français a-t-il à soutenir que les habitants des plaines sablonneuses de la Poméranie ou de la Prusse ne peuvent, sans enfreindre la justice, s'emparer de son sol qui est plus fertile que le leur? Quel titre le peuple français peut-il invoquer pour soutenir sa prétention? Simplement l'occupation prolongée et la transmission héréditaire. Mais si ces circonstances ne créent pas un titre pour la propriété personnelle, elles n'en créent pas un davantage pour la propriété commuaale, ni pour la propriété nationale.

Si l'on conteste au propriétaire personnel le droit de conserver son plantureux vignoble de Château Margaux ou du Clos Vougeot, sous prétexte que la nature a aidé à le rendre productif, quel droit auraient les communes du Bordelais ou de la Bourgogne à revendiquer la propriété de ces biens privilégiés, et à en exclure les pauvres habitants des hauts plateaux de l'Aveyron ou de la Lozère? Pourquoi les nouveaux survenants, c'est-àdire les Barbares, les Tartares des steppes de l'Asie centrale ou les Arabes des déserts de l'Asie méridionale et de l'Afrique, ne réclameraient-ils pas leur part des vignobles productifs, des belles prairies arrosées, des terres riches en moissons ? Ou chaque lopin de sol appartient à celui qui Ta occupé, qui s'y est maintenu, l'a

cultivé et transmis à seshéritiers, ou il appartient, non pas à une commune, non pas à une nation, mais au genre lïumain tout entier. Supprimez la propriété privée, base unique de la propriété nationale, et les nations n'ont plus de titres pour légitimer la possession de leur territoire ; le monde est livré à la force déréglée ; les nattions pauvres et barbares ont le droit de rançonner les nations plus anciennement civilisées et plus opulentes.» . Raisons de la propriété perpétuelle. — Un autre reproche adressé à la propriété privée concerne sa perpétuité. Pourquoi ne se contenterait-on pas d'une propriété viagère, ou du moins centenaire, bicentenaire même si Ton veut? Le régime delà propriété perpétuelle épargne à une nation beaucoup de pertes et beaucoup de crises. ^

Pour avoir de l'efficacité, une propriété doit durer autant que le produit de l'effort qui l'a créé. La propriété dos meubles dure autant que ces meubles mômes; celle d'une machine, autant que cette machine ; celle d'une maison, autant que cette maison. Mais si le propriétaire de ces objets, par une vigilance qui ne se dément pas et une épargne incessante, entretient ces biens en un état toujours parfait, s'il a soin de ne les pas laisser dépérir, s'il les répare et s'il les refait, la propriété doit durer tout autant. Une maison peut se tenir debout pendant des séries de siècles.

Pour les améliorations foncières, on ne les distingue pas aisément du sol lui-môme, qui est perpétuel. Des clôtures bien entretenues, des canaux maintenus en bon état, une prise d'eau que l'on conserve avec soin, peuvent durer des séries de générations, indéfiniment môme si on les répare. Encore à l'heure actuelle on retrouve dans la Mésopotamie les restes des anciennes canalisations des Babyloniens. De^ constructions, def

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