‹ Précis d'économie politiqueChapitre 45 sur 113 · I,E KERMAGE ET LA RENTE DU SOL · texte numérisé non relu

I,E KERMAGE ET LA RENTE DU SOL

terres aux propriétaires sur la base du revenu d'alora. Mais à partir de 1877 ou de 1878, d'une façon ininter^ rompue jusqu'au moment où nous écrivons, une crise agricole intense réduit dans le vieux monde tous les revenus ruraux ; ceux-ci tombent de 20 ou 30 et môme 40 p. 100 ; l'État qui aurait racheté les tewes, en croyant que le revenu net s'en accroîtrait sans cçsse, aurait ainsi ruiné ses finances.

De tout ce qui précède il résulte que la rente de la terre est essentiellement variable, sujette à des influences diverses et parfois soudaines. Il est faux aussi que la rente de la terre représente une part croissante dans le revenu de la nation. Ainsi en France la propriété rurale ne donne pas un revenu net de plus de deux milliards et demi de francs sur un ensemble de revenu national qu'on ne peut guère estimer à moins de vingt-cinq milliards. Jamais la proportion de la rente de la terre à l'ensemble du revenu de la nation n'a, sans doute, été plus faible.

Certains socialistes, comme l'Américain Henri Georges, ont proposé simplement que l'État, sans racheter les terres, les grève d'impôts qui en absorbent toute la plus-value naturelle. Ce système est connu et pratiqué de longue date ; c'est celui de la Turquie et des peuples mahométans : l'impôt foncier, essentiellement variable, absorbant tout ce qui dépasse les frais d'exploitation et un léger bénéfice pour le propriétaire, il en résulte des embarras de toute sorte pour l'administration, la corruption et l'arbitraire chez les fonctionnaires publics, enfin le découragement chez les agriculteurs qui ne font plus aucun progrès.

Tous ces systèmes socialistes, qui reposent sur l'obpervation que parfois l'homme bénéficie de chancet heureuses, arrivent à cette singulière conclusion pra*

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iique : il faut dépouiller l'individu de toutes les chances heureuses dont il pourrait profiter, mais il faut lui laisser toutes les chances malheureuses qui peuvent le ruiner. Placé dans cette condition d'avoir à souffrir de toutes les circonstances funestes et de ne pas pouvoii*. bénéficier des circonstances favorables, l'individu iom-l bera dans le désespoir et l'inertie ; il ne fera plus aucun effort au delà de ce qui est nécessaire à sa subsistance,} iii aucun progrès, et la société tombera en décadence.

Les mérites respectifs de la grande et de la petite propriété. — Nous avons démontré que la propriété privée perpétuelle est le seul régime propice à la prospérité publique et à la liberté; une autre question se pose maintenant : quels çontles mérites respectifs de la grande et de la petite propriété ? auquel de ces deux modes doit-on accorder la préférence?

Nous avons examiné plus haut les avantages qu'offre en- général la production en grand, par rapport à la production en petit (voir page 93); ces observations s'appliquaient surtout à l'industrie, elles doivent subir quelques modifications quand il s'agit de l'agriculture,

Les partisans de la petite propriété et de la petite culture font valoir que le petit propriétaire cultive souvent d'une façon beaucoup plus intensive que le grand propriétaire; c'est que la terre a pour l'homme qui la possède un attrait singulièrement vif; elle devient Vobjet de toutes ses pensées, de tous ses soins, de toute sa tendresse. Le petit propriétaire ne mesure pas le lemps qu'il consacre à son domaine, il y affecte avec plaisir des heures supplémentaires au delà de la journée normale. Jamais le petit propriétaire ne réduira chez lui à 8 ou à 9 heures la journée de travail. C'est comme une mère qui soigne son enfant. De là les miracles de la petite culture, qui transforme des rochers parfois en

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