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champs ou en jardins. Ces miracles proviennent d'un travail infatigable et incalculable, qui trouve dans la joie dont il est accompagné sa principale récompense.
La surveillance dans la grande agriculture est, diton, beaucoup plus difficile que dans la grande industrie. Le travail est plus varié et, dépendant des brusque? changements de température, ne peut être ordonné iune manière aussi uniforme et aussi constante que dans une usine ; les travailleurs sont plus dispersés dans les champs que dans une salle de manufacture ; le contrôle est plus malaisé; la comptabilité agricole ne peut pas avoir le même degré d'exactitude et de précision que la comptabilité industrielle. 11 en résulte que, pour l'exploitation agricole, un des principaux avantages de la production en grand est fort atténué. « L'œil du maître » du petit propriétaire recouvre, au contraire, dans le travail des champs, toute sa vertu.
On ajoute que le rôle .des machines est moindre dans l'agriculture, et que les économies d'installations y sont moins aisées à faire que dans la fabrication proprement dite. Cette observation est moins vraie que la précédente. Les machines, comme l'Amérique le prouve, peuvent tenir dans la production rurale une place que les progrès de la science élargissent chaque jour : machines à labourer, à semer, à moissonner, à faucher, à battre, à presser, etc., chemins de fer portatifs, téléphones. De même, de grandes installations, pour les cultures qui ont un caractère un peu industriel, comme celle de la vigne, delà betterave, l'élève du bétail, offrent une considérable économie de capital et de frais généraux, si on les rapproche d'une multitude de petites installations destinées à donner le même produit.
Une raste cave avec d'énormes foudres, destinés à contenir 10,000 ou 20.000 hectolitres de vin, une laiterie
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OU une fromagerie qui doit faire des milliers de quintaux de lait ou de fromage; des distilleries ou des féculeries énormes, sont loin de coûter autant, comme frais d'établissement, et d'exiger autant d'entretien ou de main-d'œuvre que le total des petites installations vingt fois ou cent fois moins importantes et donnant, toutes réunies, une production égale.
On peut dire que, en se réunissant et en s*associant, les légions de petits propriétaires peuvent pourvoir pour tout un rayon à une grande installation centrale, comme ces caves, ces laiteries, ces distilleries, ces féculeries, qui les dispenserait de leurs petites et coûteuses installations morcelées. Gela est vrai; l'esprit d'association devient de plus en plus une des nécessités, en même temps qu'une des difficultés de la petite culture. Si elle veut vivre et prospérer, il faut qu'elle s'imprègne de plus en plus de l'esprit d'association.
Il reste, toutefois, un avantage à la grande propriété bien conduite : c'est la supériorité intellectuelle et scientifique, à laquelle se joint souvent la supériorité de capitaux. Cette supériorité intellectuelle des grands propriétaires sérieux et appliqués est l'une des conditions du progrès agricole. Dans le Midi de la France, ce sont de grands propriétaires qui ont introduit le soufre pour lutter contre l'oïdium qui ravageait les vignes; ce sont eux qui, plus tard, se sont servis de la submersion ou du sulfure de carbone pour entraver le phylloxéra, du sulfate de cuivre pour combattre le mildew, des plants américains résistants pour remplacer les plants français détruits. Dans le nord et le centre de la France, ce sont les grands propriétaires qui ont modifié les assolements, qui ont essayé ces semences perfectionnées dont nous entretient M. Grandeau, qui ont introduit la betterave à tuera et amélioré les types de bestiaux.
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La grande propriété intelligente instruit la petite propriété : elle lui fournit des modèles. Sans la grande propriété, l'agriculture d'un pays lomberaitdans la routine : elle aurait toutes les ressources d'un travail considérable, mais non pas celles des applications de la science. Un grand domaine privé bien dirigé dans un canton est une école cantonale que rien ne peut remplacer.
Il y a, toutefois, cette différence entre rindu«2rie et l'agriculture que, tandis que la grande industrie détruit en général la petite, la grande propriété et la petite propriété peuvent, au contraire, faire très bon ménage enseiLble et se rendre des services mutuels.
La grande propriété est très utile aux petits propriétaires qui l'entourent; elle leur fournit de bonnes journées et leur permet de ne consacrer à la culture de leur champ que des heures surérogatoires, dont le produit, quel qu'il soit, est tout bénéfice pour eux. Les petits propriétaires ne sont nulle part si prospères que lorsqu'ils se trouvent auprès d'un grand domaine intelligemment dirigé.
Les divers modes de propriété, la grande, la moyenne et la petite, ont des avantages qui doivent faire souhaiter qu'aucun des trois ne viennent à disparaître.
La petite propriété est surtout bien placée dans la banlieue des villes et des villages. Parfois elle exagère le morcellement et l'enchevêtrement des parcelles : la loi doit alors faciliter les échanges par des exemptions de droits; les propriétaires doivent se prêter de bonne grâce à ces remaniements intelligents, sans qu'il soit nécessaire de les y contraindre par la loi, comme on V% fait parfois en Allemagne.