‹ Précis d'économie politiqueChapitre 49 sur 113 · L'INTERET DU CAPITAL · texte numérisé non relu

L'INTERET DU CAPITAL

des inconvénients dans le détail desquels il serait superflu ici d'entrer; mais, tout compte fait, elle doit à la longue, sinon dès le premier jour, diminuer l'inégalité des conditions entre les hommes (1).

L'État doit éviter d'influencer par ses agissements ou par ses lois le taux de l'intérêt. Parfois le législateur a défendu de prêter au-dessus de 5 p. 100 ou de 6 p. 100. Ces prescriptions étaient toujours violées, non pas seulement clandestinement, mais publiquement par les banques, par les grandes sociétés, par l'État lui-même dans les moments critiques, comme en 1871 où l'État français emprunta à 6 un quart p. 100.

Quand il s'agit d'eilreprises aventurées, ou pouvant rapporter de très gros bénéfices, le prêteur peut légitimement demander un taux d'intérêt de plus de 4 à 5 p. 100, parce qu'il court alors des risques consi* dérables de pertes et que, d'autre part, l'emprunteur a devant lui des chances considérables de gain. G*esf ce qui arrive quand on prête à un inventeur dont l'applicabilité de la découverte n'est pas encore complètement démontrée.

Quant à l'usure réelle, c'est-à-dire les manœuvres dolosives ou immorales qui consistent à profiter, en les stimulant, des passions d'aiitrui, les tribunaux peuvent la réprimer, soit en déclarant le contrat nul pour défaut de consentement libre, soit en punissant le doL îl n'est nullement besoin d'établir pour cet objet un maximum légal du taux de l'intérêt. Ce maximum a toujours été soit inefficace soit nuisible.

(I) Voir pour une analyse détaillée des effets de la baisse du taux Ile l'intérêt mon Essai sur la répartition des richesses et la tendance à une moindre inégalité des conditions, 4e édition

452 LA RÉPARTITION DES RICHESSES f

' Il ne faut pas se hâter de trouver, dans la hausse du taux de l'intérêt qu'ont provoquée les événements de la guerre, un démenti à l'idée qu'a soutenue Paul ^- Leroy-Beaulieu, d'une tendance générale, dans le | temps, à la baisse de ce taux. Les emprunts d'Etats ont été émis pendant et après la guerre, jusqu'à aujourd'hui, à un taux croissant qui, en France, est environ de 6 %, alors qu'avant la guerre ce taux se rapprochait de 3 Vo- Mais ce n'est là qu'un accident si l'on envisage dans le temps et dans l'espace l'évolution économique. L'orage violent et long de la î guerre est un état anormal. Aussi ne peut-on en tirer* | cette conséquence : que la tendance à la baisse du taux de l'intérêt ne se produira pas de nouveau quand les effets de l'orage auront cessé de se faire sentir. C'est comme si, à la suite des pertes terribles en hommes qu'ont subies les nations belligérantes, on soutenait que la tendance à l'accroissement de la durée de la vie moyenne ne doit plus désormais se • manifester. Or ce sont les hommes jeunes, qui en grande majorité ont été fauchés dans la tourmente. Quels savants actuaires établiraient, d'après ces bases, une table de mortalité pour en appliquer les données dans l'avenir?

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