‹ Précis d'économie politiqueChapitre 51 sur 113 · LE PROFIT DE L'ENTREPRENEUR · texte numérisé non relu

LE PROFIT DE L'ENTREPRENEUR

cçlui de l'ouvrier, elle n'est pas absolument fausse, mais elle est incomplète.

Il est exact que dans le profit de l'entrepreneur entre, comme premier élément, le salaire de sa peine. Voie' un homme qui, dans la généralité des cas, travaillé autant, quoique autrement, qu'un ouvrier. Il combine tous les éléments de la production, il cherche les commandes, il achète les matières premières, il surveille la fabrication, il place les articles produits. Son travail physique est parfois considérable, et son travail intellectuel l'est beaucoup plus. Il se déplace, il a le cerveau toujours rempli du succès de son entreprise. Tandis que l'ouvrier, après sa journée de dix heures, a l'esprit libre et peut ne plus songer qu'à son ménage, à ses affections ou à ses distractions, la pensée de ses engagements et le soin de ses combinaisons industrielles n'abandonnent pour ainsi dire jamais l'entrepreiieur; ils l'assiègent pendant la nuit, ils se représentent à lui à ses heures de loisir.

Certes, un pareil travail, aussi ininterrompu, aussi prolongé et aussi varié, vaut bien un salaire, et le mot de salaire de direction est assez ingénieusement trouvé pour désigner la rémunération qui concerne cette peine prise par l'entrepreneur. Aussi un certain nombre d'industriels et de négociants, quand ils établissent leurs comptes, s'allouent-ils un traitement fictif, 6,000 francs, 8, 10 ou 12,000 francs par an, somme qu'ils pourraient gagner s'ils s'étaient faits employés ou directeurs d'usine, et ils ne regardent comme profit réel que ce qui, dans leurs gains annuels, déduction faite de l'in- Icrêt normal du capital engagé, dépasse ce salaire de direction.

On fait remarquer que ce salaire de direction des entrepreneurs est affecté par certaines des causes qui

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affectent le salaire des ouvriers en général : ainsi pat la concurrence des entrepreneurs entre eux, c'est-àdire par la rareté ou la fréquence des aptitudes person- /lelles, soit morales, soit techniques, pour la direction des entreprises; dans un pays où tout le monde a reçu une instruction assez développée, les bénéfices de» entrepreneurs auront une tendance à être moins élevés que dans un pays où très peu de personnes ont une éducation suffisante pour se faire commerçants et industriels. De même encore, les risques des entreprises accroîtront les profits moyens de l'entrepreneur, ainsi que les risques d'un travail accroissent les salaires moyens d'un ouvrier. Personne ne se soucie d'être toujours livré au sentiment pénible d'un risque perpétuel et considérable. Dans les industries nouvelles, peu connues, les bénéfices des entrepreneurs auront donc une tendance à être plus élevés que dans les industries anciennes et de tout repos. Enfin le désagrément soit physique, soit moral, de certaines industries ou professions sera compensé par une élévation plus grande des profits : il est clair que les entreprises de vidanges, par exemple, de balayage, ne seront exécutées qu'autant qu'elles offriront des profits un peu plus élevés que les industries plus élégantes et mieux posées dans le monde.

Toutes ces remarques sont exactes et s'appliquent à la généralité soit des entreprises, soit du moins de celles qui concernent une même industrie. Il n'en est pas moins vrai que le mot de salaire de direction dont on se sert n'est pas le mot propre qui convienne à la rémunération de l'entrepreneur. Un salaire, c'est une rétribution définitivement acquise, une fois le travail fourni; il en est de même du traitement. Chaque semaine ou chaque mois, le salaire ou le traitement de

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remployé ou de l'ouvrier lui appartient, sans qu'aucune circonstance postérieure puisse annuler son droit. En cas de faillite môme, les salaires et les traitement? des ouvriers et des employés sont privilégiés par^rap port aux autres créanciers.

Il en est tout autrement de ce que l'on appelle le sa laire de direction de l'entrepreneur; le payement de ce salaire est suspendu pendant toute l'année; il n'est définitivement acquis qu'à l'expiration de l'exercice annuel, si les comptes de l'inventaire se soldent en bénéfices, c'est-à-dire en excédent de l'ensemble des recettes sur l'ensemble des dépenses. Si l'inventaire annuel, au contraire, le compte définitif de toutes les recettes et de toutes les dépenses de l'année, fait ressortir un excédent des dépenses sur les recettes, alors l'entrepreneur a perdu toute sa peine pendant les douze mois écoulés, il n'a droit à rien, il n'a rien; il aura travaillé sans résultat pour lui-même; les ouvriers, les employés auront gagné leur vie; lui, n'aura pas gagné la sienne.

Il ne peut donc pas être question là d'un salaire de direction à proprement parler, mais d'une indemnité de direction; et cette indemnité n'est définitivement acquise que lorsque l'ensemble des comptes de l'exercice annuel fait ressortir un excédent de toutes les recettes d'un établissement industriel et commercial sur toutes les dépenses.

Ainsi, les principaux éléments, les éléments les plus habituels, les plus généraux, des profits ordinaires de l'entrepreneur, c'est une indemnité pour les risques qu'il court et une autre indemnité pour toute la peine qu'il prend, physique ou morale.

L'élément particulier des grands profits industriels ou commerciaux. — Le profit, du moins les grands profits contiennent un autre élément, qui

est singulièrement variable et qui tient au talent particulier, exceptionnel, de certains entrepreneurs.

Dans un état donné des connaissances techniques^ la société consent à payer à un prix déterminé les satisfactions ou les produits qui lui sont procurés par tella ou telle industrie; ce prix équivaut à la somme nécessaire pour rémunérer tous les frais normaux de fabrication qui sont l'intérêt et l'amortissement du capital, les salaires d'ouvriers, Tensemble des frais généraux et l'indemnité raisonnable pour les risques et les peines de l'entrepreneur d'industrie.

Or, il survient que les entrepreneurs qui ont une grande activité, un grand talent, arrivent, soit par une surveillance très attentive, soit par de nouvelles combinaisons des tâches, soit par l'invention de machines, soit par d'autres circonstances, à pouvoir abaisser le prix de revient de leur produit au-dessous du prix de revient général qui sert de base au prix de vente habituel.

Quand un entrepreneur a eu ce mérite et ce bonheur, son profit peut s'accroître de toute la différence ou d'une grande partie de la différence entre son propre prix de revient et celui de ses rivaux.

Quelquefois, au lieu de provenir de l'infériorité des prix de revient dans un établissement relativement aux établissements concurrents, le grand profit industriel provient de ce que, pour un prix de revient identique, tel entrepreneur est parvenu à livrer des produits qui sont meilleurs, qui sont plus purs, plus perfectionnés que ceux de ses concurrents : cela lui attire une préférence, une clientèle double, triple ou décuple.

Voilà la source, la principale source des grands profits industriels : c'est la réduction des prix de revient dans un établissement déterminé au-dessous des prix de revient habituels pour les marchandises analogues,

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