LE PROFIT DE L'ENTREPRENEUR
OU bien c'est l'obtention d'une qualité supérieure de produits sans accroissement des prix de revient.
Voilà pourquoi les prolits des entrepreneurs sont si variables, voilà pourquoi ils atteignent parfois des sommes énormes. Que dans une usine on parvienne à fabriquer, sans détérioration de qualité, une pièce de toile à cinquante centimes de moins que ce n'était l'usage, ou une tonne de fer à cinq ou six francs de moins,, immédiatement les bénéfices deviennent immenses.
Les bénéfices exceptionnels dé certains entrer preneurs sont la preuve et le résultat d'un gain considérable pour 1 ensemble de la société. — Les bénéfices exceptionnels ne sont pas acquis aux dépens de la société : au contraire, ils sont la preuve que la société est en gain. La perte pour l'entrepreneur indique que la société est elle-même en perte, c'est-à-dire que les satisfactions ou les produits qu'on lui offre ne valent pas l'ensemble des efforts faits pour les lui procurer. Le très grand profit de l'entrepreneur, d'autre part, indique la mesure où les efforts dépensés efficacement soit dans son établissement, soit par sa méthode, pour procurer à la société certains produits ou certaines satisfactions, restent au-dessous des efforts nécessaires dans les autres établissements analogues. Que Bessemer, par exemple, fasse une fortune de 25 à 30 millions de francs en diminuant le prix de fabrication de l'acier, ce n'est pas aux dépens de la société qu'il conquiert ces 25 ou 30 millions de francs; au contraire, la société a beaucoup plus profité encore que lui de son activité industrielle, puisque, par sa capacité et ses découvertes, il a fait baisser ' d'une façon universelle l'ensemble des frais nécessaires pour la production de l'acier et qu'il en a ainsi répandu l'usage.
Que, dans une sphère plus modeste et sans arriver
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à l'éclatante renommée de Bessemer, tel fabricant de toiles ou de quincaillerie soit parvenu, à force de surveillance, par d'heureuses combinaisons des tâches, par un habile choix ou un meilleur usage des matières premières, à abaisser dans son établissement le prix de ses articles de quinze ou vingt centimes le mètre ou le kilogramme au-dessous du prix de ses concurrents, il fera de gros profits et arrivera à une grande fortune ; .mais est-ce aux dépens de la société que ces bénéfices énormes seront acquis? Pas le moins du monde, puisqu'ils résulteront simplement de l'infériorité des prix de revient de fabrication dans tel établissement pai rapport au prix de revient des établissements concurrents.
Le gros profit est le résultat d'une chasse heureuse au progrès; voilà pourquoi la classe des entrepreneurs d'industrie, quand on la considère dans ceux qui la représentent le mieux, est si active, si ingénieuse, si éveillée et si souvent inquiète. Chaque entrepreneur cherche à supplanter ses concurrents en faisant des produits soit plus goûtés et plus parfaits, soit à un moindre prix de revient; et l'on n'arrive jamais à des bénéfices notables que lorsqu'on est parvenu à assurer à ses produits un davantage soit de qualité, soit de bon marché, par rapport à tous les produits analogues.
Le talent de l'entrepreneur peut se décomposer en deux parties : la capacité commerciale et la capacité industrielle. La capacité commerciale consiste à bien acheter et à bien vendre ; ce n'est pas seulement une affaire de soin et d'application, mais encore de tact et d'intuition : acheter les matières premières là où elles sont les plus parfaites et les moins chères, découvrir de nouveaux marchés d'approvisionnement où les conditions soient meilleures que sur les marchés anciens;
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bien vendre les produits fabriqués, dans les moments et dans les lieux où ils ont le plus de valeur ; découvrir des débouchés nouveaux, soit à l'étranger, soit parmi de nouvelles couches d'acheteurs, pour l'écoulement de ses marchandises.
La capacité industrielle consiste à deviner les besoins de la société, le prix que celle-ci peut mettre à leur satisfaction, puis à combiner les entreprises pour la fabrication des produits utiles ou agréables à l'homme : organiser les locaux, les machines, les ouvriers, les frais généraux, les tâches diverses, de façon que le résultat industriel soit atteint avec le moins de frais possible.
Absurdité des explications socialistes du rôle de Tentrepreneur. — On voit combien le rôle de l'entrepreneur diffère de celui que lui attribue le socialiste allemand Karl Marx, qui le compare à un gardechiourme. Prenez les meilleurs gardes-cbiourmes des deux mondes; mettez-les à la tête des industries les plus simples; vous pouvez être sûr qu'ils feront faillite.
C'est également une prétention folle de certains socialistes que les bénéfices des entrepreneurs viennent simplement de ce que ceux-ci confisquent à leur profit exclusif les'inventions et les découvertes de la science. S'il en était ainsi, tous les entrepreneurs devraient réussir, tandis que sur dix il y en a deux ou trois qui tombent en faillite ou en déconfiture, cinq à six qui trouvent seulement le moyen de vivre en conservant leur avoir ou en l'accroissant légèrement, et à peine un ou deux qui font une fortune importante.
Les gros profits, nous l'avons dit, proviennent de la diminution des prix de revient dans un établissement déterminé au-dessous des prix de revient dans les autres établissementS'analogues. Mais cet avantage est