L. B. — EcoN. PoL
triais ont ajouté au salaire un surcroît éventuel, sou8 la forme d'une participation des ouvriers dans les bénéfices du patron. A la fin de l'année et après l'inventaire on distribue, non pas à tout le personnel de 1 établissement, mais en général au tiers, à la moitié^ ou aux deux cinquièmes, c'est-à-dire aux ouvriers ayant un certain degré d'ancienneté ou d'habileté, soit 5 0/0, soit 10 0/0, parfois même 20 0/0 des bénéfices cons-j tatés.
Cette institution a pour objet de stimuler Je zèle de l'ouvrier, afin d'obtenir de lui des produits plus nombreux, meilleurs, et de moindres déchets de la matière première. L'exemple le plus remarquable d-e cette organisation a été fourni par la maison de peinture et vitrerie Leclère à Paris.
Ce procédé a surtout des avantages dans les industries où le contrôle et la surveillance sont très difficiles à établir, où les ouvriers travaillent isolés, où le rôle du patron est secondaire et no comporte pas une grande initiative, où la plus forte partie des bénéfices provient de l'épargne dans la matière première et du soin apporté à l'ouvrage.
Cette organisation, d'ailleurs, doit en général rester patriarcale en quelque sorte, ne constituant à l'ouvrier aucun droit d'immixtion dans la tenue des livres ou dans la direction, sinon, sauf pour la petite industrie^ elle pourrait aboutir dans bien des cùa à l'anarchie et au désordre.
Causes qui s'opposent à l'extension universelle de la ''participation aux bénéfices. — La participation aux bénéfices est susceptible d'applications nombreuses et heureuses; mais elle ne peut devenir le régime universel, ne serait-ce que par cette raison que beaucoup de maisons ne font pas de béné-
fices. De ISSO à tS8o, les trois quarts des entrepreneurs de bâtiment à Paris se sont ruinés; la participation aux bénéliceseùt donc été pour les ouvriers dans cette industrie et pendant cette période une pure déception. Ensuite, tout à fait généralisé dans la grande industrie, le système de la participation aurait cette conséquence que les ouvriers gagneraient, non plusen raison i.e leur mérite, mais en raison de l'habileté du patron. Enfin les difûcultés entre patrons et ouvriers, si le système cessait d'être patriarcal, pourraient devenir nombreuses, pour la fixation de la part à allouer dans les bénéfices, la vérification de ceux-ci et les prélèvements à faire pour amortissement du matériel et pour réserves extraardinaires.
La participation aux bénéfices n'ajoute au salaire, sauf dans trois ou quatre cas très exceptionnels, qu'un appoint en général assez faible; dans certaines maisons 43 ou 20 francs par ouvrier au bout de l'année, dans d'autres maisons 30ou 40 francs, rarement 60 ou 70, et très exceptionnellement une centaine de francs. Encore la moitié ou le tiers seulement des ouvriers sont-ils admis à ces sortes de gratifications.
Aussi, bien loin de supprimer le salaire, la participation aux bénéfices ne lui sert que de très léger appoint. On peut dire qu'elle est, par rapport au salaire, ce qu'un condiment, tel que le poivre ou l'ail, est par rapport à la nourriture. Ce condiment peut être le bienvenu et servir de stimulant dans certains cas; mais il ne supplée pas à la nourriture véritable et substantielle, qui est le salaire. .
Tout en étant une institution très recommandable, la participation aux bénéfices ne doit donc être imposée ni par la loi ni par l'administration dans le cahier des charges de ses fournitures ou de ses adjudica-
lions. C'est un arrangement dont l'efficacité et même l'applicabilité dépend de circonstî^nces particulières à chaque industrie et même à chaque établissement
Causes des difTérences de salaires dans le diverses professions. — Le salaire ou la rémuné ration diffère notablement dans les différentes professions, depuis le travailleur de terre qui ne gagne e; général que 2 à 3 francs par jour, jusqu'à l'ouvrier graveur ou bijoutier habile qui peut gagner 9, 10 et 12 francs par journée.
Les considérations qui influent surtout sur cette inégalité des salaires entre les différentes professions sont les suivantes : 1" la durée et le coût de l'apprentissage nécessaire pour l'exercice d'un métier; cette durée est presque nulle dans le travail ordinaire de la terre; elle peut être assez prolongée pour la gravure, l'ébénisterie fine, la bijouterie de luxe; 2° les talents naturels et rares qui sont requis dans certaines professions délicates, tandis que d'autres professions s'accommodent des aptitudes les plus communes : tout homme qui a une santé et une force physique ordinaires peut être manœuvre; les industries artistiques exigent, au conîtraire, pour certaines de leurs tâches, un goût inné que l'éducation ne suffit pas à procurer ; 3° les risques de la profession, soit au point de vue des accidents, soit au 'point de vue de la santé; le mener d'ouvrier verrier est largement payé parce qu'il ne peut être prolongé pen- \ dant un grand nombre d'années sans acheminer les tempéraments ordinaires à la phlhisie; 4** l'agrément ou le désagrément du travail. Ainsi la profession d'employé de bureau qui, depuis que l'instruction est très répandue, trouve des légions de jeunes gens en état de l'embrasser, tend à devenir la moins rémunératrice de toutes. La raison en est que c'est un métier commode,,
qui ne fatigue guère, ne salit pas, et laisse à celui qui s'y livre les apparences d'un h monsieur ».
L'employé de bureau qui n'a pas de capacités intel lectuelles particulières, ni de connaissances spéciales deviendra bientôt le moins payé de tous les travailleurs ce sera justice; peut-être cette baisse du salaire des simples employésde bureau ramènera-t-elle au travail des champs beaucoup de jeunes gens qui rêvent aujourd'hui d'encombrer les administrations publiques ou privées.