‹ Précis d'économie politiqueChapitre 64 sur 113 · L. B. — EcOff. PoL · texte numérisé non relu

L. B. — EcOff. PoL

au degré de valeur qui met justement en équilibre la demande et l'offre. ^ :

Pour les marchandises qui sont très répandues e i dont la production peut augmenter facilement dans un 1 temps assez bref, comme la plupart des marchandises communes, notamment les objets manufacturés et dans une mesure un peu moindre les produits agricoles, il y a une circonstance qui tend à limiter les oscillations de la valeur en hausse et en baisse. La valeur, avonsnous dit, est fixée par la combinaison de l'intensité du désir d'acquérir et de la difficulté d'acquisition ; or, la difficulté d'acquisition des objets dépend en général de leurs frais de production, de ce qu'il en coûte d'efforts et de sacrifices pour les produire et les amener au marché ou au domicile de celui qui les recherche. Tout producteur de blé, ou de vêtements, ou d'ustensiles de ménage, sera disposé à se dessaisir de la partie de ces objets qui dépasse sa consommation personnelle, s'il rentre, par la compensation qui lui sera donnée, dans tous les déboursés qu'il aura faits pour produire ces objets et s'il trouve, en outre, un léger avantage pour le payer de ses risques. La difficulté d'acquisition pour toutes les marchandises communes, qui sont susceptibles d'une production très étendue et régulière, tend donc à se mesurer aux frais de fabrication, à ce que l'on appelle le prix de revient. Ce prix de revient n'est jamais absolument le même pour tous les producteurs,' certains étant plus habiles que d'autres ou placés dans des conditions naturelles plus avantageuses ; mais ce qui tend à déterminer, dans la généralité des cas, la valeur, c'est le prix de revient habituel pour produire la totalité de la quantité qui est nécessaire à la demande ou aux besoins du marché.

Si, pour toutes les marchandises communes, suscep-

L'ÉCBANGB, LA VALEUR. 211

libles d'une production étendue et constante, la difficulté d'acquisition, l'un des éléments de la valeur, se mesure ainsi au prix de revient, d'autre part l'intensité du désir d'acquérir tend aussi à se mesurer sur lui. ÎPersonne, en effet, sauf les cas de besoins tout à fait urgents, ne consentira à payer un objet d'une reproduction aisée deux fois plus qu'il ne coûte à produire : on aimera mieux attendre quelque temps qu'une autre offre se présente. Ainsi à la longue, pour l'ensemble des objets communs, c'est autour des frais de production, en s'en éloignant peu en plus ou en moins, qu'oscille la valeur des choses.

Il n'y a d'écart considérable et durable que pour les articles dont la production ne peut pas facilement s'accroUre, comme les objets d'art de premier ordre, ou d'une façon plus générale pour toutes les marchandises dont la reproduction, en quantités considérables, ne peut se faire soit dans un temps relativement bref, soit sans accroissement de frais.

La concurrence. — Une grande force, la principale du monde économique, tend à ramener la valeur de toutes les marchandises, sauf les quelques exceptions que je viens dé signaler, à ce qui représent* leurs frais de production ou de fabrication, dans lesquels il faut comprendre non seulement le prix de la matière première et de la main-d'œuvre, mais l'intérêt et l'amortissement des capitaux engagés et le bénéfice de l'entrepreneur, tel qu'il a été décrit dans un chapitre précédent. Cette grande force, la suprême régulatrice de toutes les opérations économiques, c'est la concurrence.

La concurrence, comme l'indique son nom, c'est la lutte qui s'établit entre tous les producteurs pour se déiaire, dans des conditions rémunératrices, de leurs pro-

Îl2 LA CIRCULATION DES RICHESSES.

duits. Chacun cherche à écouler les siens, et, pour ne les pas garder en magasin, ce qui serait ou une perte de temps et d'intérêt, ou même une détérioration de l'objet, chacun d'eux est disposé à abaisser ses exigences jusqu'au point de la valeur qui représente l'ensemble des frais de production et de fabrication. Parfois, quand la production a été plus abondante que la demande, la valeur s'abaisse même au-dessous des frais de produc» tion; mais cela ne peut guère durer longtemps, parce qu'alors une partie des producteurs se décourage etl cesse de produire, ce qui réduit l'offre et, la demande! étant restée la même, fait relever la valeur. D'autre! part, la valeur ne peut se tenir très longtemps fort audessus des frais de production, parce que, dans ce cas, les producteurs, stimulés par ce bénéfice exceptionnel, augmenteraient leur production ou, s'ils ne le faisaient pas, de nouveaux producteurs accourraient pour le faire.

Les exceptions à. la concurrence : les monopoles. — Tels sont les bienfaisants effets de la concurrence; c'est elle qui tend à proportionner, par des oscillations fréquentes, la rémunération obtenue pour chaque produit à la somme d'efforts qui a été nécessaire pour le produire. Il est des objets pour lesquels la concurrence n'existe pas ; ce sont ceux que la nature ou la loi a constitués en monopoles : ce mot de « monopole » veut dire qu'il n'y a qu'un seul vendeur. Tantôt c'est la loi qui crée ce monopole, comme, par exemple, en France, pour le tabac ou pour les allumettes , tantôt c'est la nature, comme pour certains grands vins, le château- laffitte, le château-yquein, etc. Tantôt le monopole est permanent, comme pour le dernier exemple cité ; tantôt il est occasionnel, dépendant d'une circonstance, comme, par fxemple, quand un flot d'excursionnistes se présente è

n poor

L'ÉCHANGE, LA VALEUR. «d3

l'improviste dans une localité où il n*y a qu'une voiture ou qu'un bateau pour les transporter.

Dans le cas de monopole, le monopoleur est le maître du marché, dans une certaine mesure du moins; il peut porter la valeur de l'objet qu'il détient jusqu'au taux le plus élevé qui correspond à l'intensité du désir chez le demandeur, et sans aucune relation avec les frais de production ou de fabrication. Mais ces cas de monopole, quand le législateur ne commet pas la faute d'en créer lui-même en interdisant ou limitant la concurrence, sont tout à fait exceptionnels. Quand le législateur en crée, il établit en général des tarifs pour limiter la puissance du monopoleur.

Effets de la concurrence. — La concurrence est donc la grande loi qui agit sur l'ensemble des valewrs. Pour les objets dont la production peut être influencée par les découvertes scientifiques et les progrès techniques, la concurrence tend à un abaissement graduel des valeurs; c'est ce qui est arrivé pour les vêtements, pour la plupart des ustensiles de ménage, d'une façon générale pour les objets manufacturés. Il n'y a guère d'exception que pour les arr ticles dont la demande, soit par suite de l'accroissement de la population, soit par Taugmentation de l'aisance, s'étend plus rapidement que l'offre ; certains produits agricoles sont dans ce cas, ou surtout y étaient, avant la concurrence des contrées neuves qui est venue jeter sur les marchés du vieux monde de nouveaux approvilionnements de blé, de viande et de be.urre.

L'abaissement des valeurs, quand il est dû à la diminution des frais de production et qu'il ne provient pas uniquement de la langueur du commerce et de la restriction forcée de la demande, n'est pas un malheur pour rbumanité; c'est, au contraire, un bonheur; l'uc

des éléments de la valeur étant la difficulté d'acquisition, plus cette difficulté d'acquisition diminue pour l'ensemble des hommes, pliis le genre humain a de moyens de jouissance à sa disposition.

Mais pour que l'abaissement des valeurs soit ainsi un bienfait, il faut qu'il vienne de la diminution des frais de production normaux, et non pas d'un état de crise qui enlèverait aux consommateurs les désirs et les moyens d'acquérir, et qui découragerait les producteurs au point qu'ils consentiraient à se défaire de leurs marchandises à perte.

Le prix. — Nous avons parlé ici de la valeur et de l'échange, sans mentionner le prix. Nous avons considéré l'échange sous sa forme élémentaire et primitive, qui a reçu le nom de troc. Le troc, c'est l'échange direct de l'objet que Ton a en trop contre l'objet dont on a besoin, du blé contre du sel ou du sucre par exemple, ou contre des souliers, ou contre des vêtements.

Mais cette forme simple et élémentaire de l'échange est celle des sociétés primitives ; elle ne se rencontre qn'à l'état d'exception dans les sociétés perfectionnées. Dans celles-ci il intervient un intermédiaire des échanges, c'est la monnaie; et la valeur, qui s'estime en monnaie, prend alors un nom particulier, qui est le prix.

chapitrï: n

LA MONNAIB

Lêt in xiOTénients du troc. — La monnaie; ses âoa,i principalei fonctions. — Les conditions essentielles d'une bonne monnai'*. — Chaque métal monétaire est particulièrement approprié à un état de civilisation. — Les différents types de monnaie. — Le titre, l'alliage, le billon. — Le système de l'étalon unique et celui du double étalon. — Les variations de valeurs des métaux précieux et de la monnaie.

Les inconvénients du troc. — Le troc ou l'échange pur et simple de la marchandise que l'on a en superflu contre celle dont on a besoin, offre bien des difficultés pratiques qui en limitent l'u^ sage. Il faut trouver une personne qui ait précisément la marchandise que l'on recherche et qui, elle-même, soit disposée à accepter la marchandise que l'on peut offrir : il faut de plus que les deux marchandises se présentent dans des quantités qui concordent comme ♦'aleurs. C'est souvent un cas impraticable; ainsi un homme a besoin de sel, mais il n'a à offrir en échange que des moutons ou des bœufs ; il se peut qu il rencontre des gens ayant du sel à céd^r, mais n'ayant besoin ni de moutons ni de bœufs. 11 se peut, en outre, qu'il trouve un homme disposé à échanger du sel contre de la viande, mais ne possédant pas assez de la première denrée pour équivaloir à un mouton tout entier; d'autre part, si on livrait un Quartier de mouton, dans des so-

ciétés primitives où les échanges sont rares, il pou n'ait arriver que les trois autres quartiers trouvassent difficilement à se troquer contre d'autres marchandises dont eût besoin le propriétaire du mouton. Un autre vice di troc, c'est que dans cet échange en nature d'une marchandise contre une quantité d'autres, au hasard des rencontres, il est très difficile de dégager la valeur de chacun des objets; toutes les denrées, le sel, le blé, la toile, les peaux, les vêtements, les moutons, les services personnels, etc., s'échangeant les unes contre les autres, sans jamais se référer à aucun objet déterminé et fixe, on manque de moyens de dégager et de graver dans la mémoire la valeur approximative de chacune de ces denrées. L'esprit de l'homme se perd au milieu de tant de rapports sans aucun point de comparaison déterminé.

La monnaie : ses deux principales fonctions. — Ces inconvénients ont mené instinctivement le genre humain à transformer le troc en une autre opération, plus compliquée en apparence, mais rendant les transactions beaucoup plus faciles, et leur donnant une base intellectuelle beaucoup plus solide. Le troc a fini par se diviser en deux éléments : la vente et l'achat, grâce à une marchandise intermédiaire qui, par le libre consentement des hommes, a servi de moyen de comparaison entre les valeurs et de moyen de payement.

Cette marchandise, intermédiaire dans les échanges, est ce que l'on a appelé la monnaie. La monnaie remplit deux fondions, qui sont également utiles à l'humanité; l'une et l'autre contribuent à donner au grancl phénomène économique de l'échange de la sécurité et de l'amplitude.

La monnaie est d'abord un moyen de comparaison, d'évaluation et de numération : c'est un dénominateur

commun. On Ta appelée avec raison dans ce sens valorimètre ou mesure de la valeur. Au lieu de dire : un mou* ton vaut cent kilogrammes de sel, vingt kilogrammes de sucre, deux mètres de toile, le dixième d'un bœuf, le huitième d'une vache, quatre-vingts kilogrammes de fer, cinq journées et demie de travail, etc., ce qui exige que l'on ait une idée de la valeur de toutes les autres marchandises, et ce qui ne laisse dans l'esprit qu'une impression confuse, on dit : un mouton vaut telle somme de monnaie ; puis, quand on passe au fer, cent kilogrammes de fer valent telle somme de monnaie. L'avantage, au point de vue de la netteté des idées, est incommensurable. On compare les marchandises à une seule, ce qui est simple, au lieu de comparer cha^ cune à toutes les autres, ce qui est inextricable.

Le premier usage de la monnaie, qui consiste à mesurer les valeurs de même que le mètre mesure la longueur et le kilogramme la pesanteur, constitue l'un des grands progrès de l'esprit humain. Où en serait-on si l'on n'avait ni le mètre ni le kilogramme, si l'on devait comparer grossièrement, en l'absence de toute mesure commune, les étendues des différents objets ou les pesanteurs des différents corps? On se trouvait dans le môme inextricable embarras quand on n'avait pas la monnaie de compte, c'est-à-dire ce terme de comparaison entre les valeurs, ce valorimètre.

Telle est la première fonction de la monnaie. Ori a des raisons de croire que certains peuples s'y sont tenus. Ils n'ont eu en quelque sorte qu'une monnaie de compte. Ainsi, dans le centre de l'Afrique, d'après lesi voyageurs, certaines peuplades ont pour monnaie des coquillages; mais ceux-ci n'interviennent pas réellement dans la transaction, ils ne servent que de moyens de Dum(^ration et de mensuration de la valeur. Ainsi en-

core, tel grand établissement de crédit, la Banque de Hambourg, a introduit il y a plusieurs siècles dang tout le nord de l'Europe une monnaie de compte, le mark banco^ qui ne correspond à aucune monnaie frappée et réellement existante, mais qui est seulement un certain poids supposé d'argent fin.

La monnaie de compte est, toutefois, une monnaie incomplète. La vraie monnaie, la monnaie complète, réelle, suppose un autre élément: c'est que l'intermédiaire des échanges possède par lui-même une valeur et soit un équivalent effectif des marchandises contre lesquelles il s'échange. Aussi a-t-on dit excellemment que la monnaie est à la fois une mesure et un équivalent.

Il convient que la monnaie possède de la valeur par elle-même, c'est-à-dire qu'elle soit un objet répondant à un goût de l'homme et qu'elle soit, en outre, d'une difficile acquisition, coûteuse à produire. C'est pour cette raison que l'on dit que la monnaie est une marchandise. Si elle n'avait pas une valeur par elle-même, 8i elle n'était pas difficile et coûteuse à produire, il dépendrait des pouvoirs publics d'en augmenter arbitrairement les quantités; alors les transactions n'auraient plus de base solide.

Les conditions essentielles d'une bonne monnaie. — Dans les civilisations primitives la monnaie a été, en général, un objet utile, d'un usage universel : tantôt les bœufs, tantôt les moutons; d'oîi le nom de pecunia, qui vient de bétail et signifie monnaie en latin. On a expliqué que si, dans les premiers temps de la Grèce et de Rome, on se servait ainsi de bœufs et de moutons pour monnaie, c'est qu'alors il y avait des pâturages communs, comme aujourd'hui les communaux dans cerains pays, notamment dans les Alpes suisses, où tout homme qui échangeait une marchandise quelconque

contre un mouton ou un bœuf pouvait envoyer, sous la conduite du pâtre commun, paître ce bœuf ou ce mouton. Quelle que soit cette explication, il manquait toujours à cette monnaie Tune des qualités essentielles qu'une monnaie doit avoir, la divisibilité. Dans les premières colonies de l'Europe moderne, on se servit souvent comme monnaie du tabac, denrée qui était estimée du plus grand nombre des hommes et à la fois facilement divisible et conservable. Chez d'autres peuples, en Afrique, on recourt à certaines toiles peintes d'un modèle uniforme, connues sous le nom de guinées.

L'expérience, servie par un raisonnement instinctif mais sûr, devait acheminer tous les peuples qui d6"eloppèrent leurs échanges dans de fortes proportions, à employer comme monnaie des métaux, d^abord le fer, puis le cuivre, l'argent, et enfln l'or.

Les conditions qui font des métaux la monnaie par excellence sont les suivantes:

1" L'utilité des métaux pour satisfaire soit aux besoins de l'homme, soit à ses goûts; les uns, comme le fer et le cuivre, ayant mille usages dans l'industrie ; les autres, comme l'argent et l'or, susceptibles aussi d'applications industrielles, mais répondant, en outre, à l'un des goûts les plus universels et les plus intenses du genre humain, le guai ae la Darure et de l'ornement.

2° L'homogénéité ou l'identité de qualité des pièces d'un même métal. Un mouton diffère souvent sensiblement d'un autre mouton, et une pièce de toile d'une autre pièce. Au contraire, il y a peu de différence entre deux barres de fer sortant de deux mines diverses; il y en a moins encore entre deux barres de cuivre; il ne s'en trouve pas entre deux lingots d'argent. Quoi qu'il y ait de l'or à teinte rouge et dej'or à teinte jaune, l'un

220 LA CIRCULATION DES RICnESSES.

et l'autre sont également appréciés. L'identité de qualité de toutes les pièces qui servent de monnaie est absolument indispensable pour que les transactions puissent s'effectuer partout avec sécurité et dans des conditions semblables.

3* L'inaltérabilité des métaux, surtout des métaux précieux, l'or et l'argent : car le fer, qui servit quelque temps de monnaie dans les civilisations grossières, est susceptible de rouille. Il importe que la monnaie soit inaltérable, aûn qu'on la puisse conserver longtemps sans la voir diminuer ou se détériorer, par conséquent sans rien perdre en la gardant.

4" La grande valeur sous un poids modique et, par suite, la facilité de transport. Le fer ne possède pas ces qualités, ni le cuivre. Aussi furent-ils abandonnés ou réduits à un rôle monétaire subalterne quand les sociétés devinrent riches. Mais l'argent et encore plus l'or sont doués de cette qualité de représenter une grande valeur sous un faible poids ou un faible volume, c'està-dire de coûter des frais de production considérables, qui font que chaque gramme d'argent et chaque gramme d'or représentent infiniment plus de travail que la plupart des autres marchandises à égalité de poids. Il est important que l'on puisse sans grands efforts transporter de fortes sommes de monnaie.

5® Une relative uniformité de valeur, c'est-à-dire de )frais de production. L'argent et l'or sont produits dam des mines dont les unes sont très riches et les autres le sont moins. A certaines époques, comme pour l'argent au Mexique ou au Pérou quand les Espagnols s'y établirent au seizième siècle, ou encore de notre temps, en 1851, pour l'or en Californie et en Australie, on découvre des gisements de métaux précieux d'une particulière richesse. Il en résulte que la valeur d«

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Fargent el de'l'or ne peut pas être considérée comme absolument invariable; néanmoins, elle est moins instable que la valeur de la plupart des autres marchandises. Elle n'est pas susceptible, d'abord, de variations brusques, instantanées, se manifestant en quelques semaines ou en quelques mois, comme il arrive aux denrées dont la consommation, l'approvisionnement sont annuels et qui, par conséquent, sont très influencées par la dernière récolte : ainsi le blé, la laine, le vin, le coton, le café. La quantité d'or ou d'argent que Ton extrait chaque année étant peu de chose par comparaison à l'énorme approvisionnement de ces métaux, qui ne sont susceptibles que d'une très faible usure et de pertes modiques, il en résulte que la production annuelle influe beaucoup moins sur la valeur de l'or et de l'argent que la production annuelli n'influe sur celle de la généralité des autres marchandises (1). Les métaux précieux jouissent donc, non pas d'une stabilité absolue de valeur, mais d'une stabilité relative : ils ne varient en. valeur que lentement, par des oscillations faibles et étendues sur un certain nombre ^'années; c'est là un grand avantage pour une marîhandise qui doit servir de mesure à la valeur de toutes

(1) Depuis la découverte de TAmérique (U92) justju'en 190î inclus, la production de l'or a atteint environ 67 milliards de francs, et celle de l'argent 70 milliards, d'après le tarif de l'Union latine, ensemble 137 milliards. Une partie de ces sommes a été employée en usages industriels, une autre partie a été perdue; l'on n'évalue qu'à 43 ou 44 milliards la quantité actuellement existante d'or monnayéou en lingots, et à une vingtaine de milliards celle de l'argent monnayé. La production des mines s'est énormément accrue depuis 18'jO, notamment grâce à Tordu Transvaal; l,a production de l'or est évaluée à 2,098 millions de francs pour 1907 et 2,200 millions pour 1908. La production de l'argent a été, en 1908, de 1,200 millions d'après l'ancien tarif monétaire de l'Union latine, mais ne représente qu'une valeur actuelle de 550 millions La production de l'or tend à augmenter encore. 11 est peu du Biarchandises, toutefois, dont la production annuelle représenl« 'oê moindre quote-part du stock ou approvisionnement existant

222 Là circulation DES RICHESSES.

les autres et de base à des contrats pouvant durer de dizaines d'années.

6* Un autre mérite des métaux précieux, l'or et *ar^ gent, c'est leur divisibilité, sans que la somme des parties ait moins de valeur que le tout : 1 kilogramme d'or ou d'argent peut être divisé en des quantités de pièces d'un poids égal, et quand on réunit toutes ces pièces, on obtient exactement la même valeur que si le kilogramme d'or et d'argent ne se composait que d'un bloc. Il est des objets qui ne se peuvent diviser sans que l'ensemble des parties perde beaucoup de sa valeur par rapport au bloc entier dont elles ont été formées. Ainsi un diamant de 10 centigrammes vaut infiniment plus que dix diamants de 1 centigramme chacun ; de même pour toutes les pierres précieuses, pour le cristal de roche, pour les glaces, etc.

7* La difficulté de falsification. Par la couleur, le poids, la sonorité, la dureté, les métaux précieux se reconnaissent aisément à l'œil, à l'ouïe, au toucher, ce qui ne serait le cas ni des diamants, ni des perles, pour lesquels les falsifications sont plus aisées.

Chaque métal est particulièrement approprié k un état de civilisation. — Telles sont les qualités qui ont fait adopter aux peuples des ^origines les plus différentes les métaux précieux comme monnaie. Chaque métal est particulièrement approprié à un état de civilisation. Aux peuples encore peu dégagés de la barbarie et peu avancés en richesse, le fer et le cuivre ont pu longtemps servir comme monnaie exclusive. Aux peuples plus riches il a fallu l'argent, parce que le fer et le cuivre avaient une valeur propre trop faible ; aux peuples d'une grande richesse comme l'Angleterre, les Étals- Unis, la France, Tor seul, métal tout à fait rare et représentant, à

cause de sa difflculté de production, la plus grande somme de valeur comparativement au poids, peut servir de monnaie principale.

La monnaie frappée. — Les métaux précieux n'intervinrent parfois dans les échanges que sous la forme de lingots ou de barres; on les pesait et on les essayait ou vériflait à chaque échange, procédé incommode, qui demandait toujours tant des balances que des pierres de touche. Il en est encore ainsi en Chine. Cette méthode, par sa lenteur, rendrait impossible une foule d'opérations : à la porte d'un spectacle ou d'un guichet de chemin de fer, on ne pourrait ainsi vendre en peu de temps des billets à des centaines ou même des milliers de personnes. Dans les mines, comme en Californie ou en Australie, ce n'est même pas le lingot, c'est la poudre d'or qui est la monnaie.

Ce fut un sérieux progrès que l'invention de la monnaie frappée, dont le poids et la nature, c'est-à-dire la teneur de métal fin, étaient indiqués d'avance, estampillés par l'autorité. On eut alors la monnaie complète, dans sa forme parfaite : celle qui consiste en un certain nombre de types de pièces, toujours uniformes pour chaque type, ayant exactement le même poids, portant sur leur face, sur leur revers, sur leur cordon, des empreintes déterminées et recevant, tant du public que de la loi, un nom spécial. On eut dans un même pays un certain nombre de types, quatre ou cinq, huit ou dix au plus, de monnaies de chacun des deux métaux, l'or et l'argent. Ces types correspondaient à des pièces de différents modules, faites de façon à se conformer aux besoins des échanges pour les transactions importantes, les transactions moyennes et les transactions les plus petites. C'est ainsi que l'on eut suivant les contrées la livre sterling, le florin, la

couronne, la livre tournois, la pistole, Técu, le franc et des pièces qui sont des multiples ou des sous-multiple» de celles-là.

Grâce à la fabrication de ces pièces régulières de m types divers, dont le poids et la nature du métal sont 1 affirmés par l'empreinte que les autorités y ont gravée, les transactions peuvent être promptes et avoir une base f solide.

Quels que soient les noms que l'autorité ou le public >' a donnés à ces différentes pièces de monnaie, elles ne ? valent réellement que par la quantité de métal qu'elles -'-^ contiennent. Au moyen âge, certains rois, soit pervers, L soit ignorants, se sont avisés de diminuer le poids d'or > ou d'argent que contenaient les pièces de monnaie en leur maintenant leur dénomination primitive ; ils frappaient des pièces nouvelles auxquelles ils conservaient ,'^ le nom de livres ou d'écws, mais qui ne contenaient que ^À les trois quarts ou la moitié du poids d'argent ou d'or !j fin qui était contenu auparavant dans les pièces de '■ môme dénomination ; ce procédé déloyal est ce que l'on ; appelle la falsification des monnaies ; mais le public s'apercevait que les nouvelles monnaies renfermaient moins ' d'or et d'argent que les anciennes, et la valeur de ces nouvelles pièces, malgré tous les édits royaux, diminuait, de façon à se mettre exactement au niveau de la quantité d'argent ou d'or contenue dans les pièces.

L'expérience des siècles, tout aussi bien que le rai- , [': sonneinent, a démontré que la monnaie est une marchandise qui vaut par la quantité de métal précieux . qu'elle contient. L'empreinte n'est qu'une attestation de la quantité de ce métal, et quand cette attestation se trouve fausse, par la déloyauté de celui qui l'a faite,. le public ne lui accorde plus confiance.

Les gouvernements se sont réservé le droit de frapper

la monnaie dans des établissements qu'on nomme les hôtels des monnaies et qui sont ou bien exploités directement par l'État ou confiés par lui à des entrepreneurs sous certaines conditions.

Le titre. L'alliage. Le billon. — On a reconnu que pour rendre aussi inusables que possible par le frottement l'or et l'argent, il est indispensable de le» unir dans une proportion faible à un autre métal, généralement le cuivre. La proportion de c-e métal inférieut qui entre dans les monnaies se nomme V alliage. La proportion de métal fin, Tor et l'argent, qui existe dans la monnaie s'appelle le titre. Nos mon naies, sauf le billon dont je parlerai dans un instant sont en France au titre de 900 millièmes, c'est-à-dire que dans chaque pièce d'argent ou d'or il doit se rencontrer les 900 millièmes du poids ou les 9 dixièmes d'or et d'argent, et 100 millièmes seulement du poids ou 1 dixième d'alliage. Il n'est pas toujours possible d'atteindre avec une fidélité mathématique, dans la grande fabrication, pour toutes les pièces, cette proportion : la limite dans laquelle il est permis de s'en éloigner s'appelle la tolérance du titre. Cette limite est excessivement basse, et les progrès de la fabrication permettent de l'abaisser de plus en plus; elle n'est en France que de 2 millièmes; c'est-à-dire que, à la rigueur, une pièce d'or neuve peut ne contenir de l'or que pour les 898 millièmes de son poids, au lieu des i 00 millièmes qui constituent le titre. Si elle avait moins •le 898 millièmes d'or, elle ne pourrait être lancée dans )a circulation et devrait être refondue.

Le bénéfice que fait l'État sur la fabrication de la monnaie s'appelle seigneuriage ^ droit du seigneur; ce bénéfice doit être très faible et ne peut s'élever au-dessus de l'intérêt du capital employé dans les hôtels des

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