‹ Précis d'économie politiqueChapitre 67 sur 113 · LE CRÉDIT · texte numérisé non relu

LE CRÉDIT

Le crédit est nn acte de confiance, comme Tindiqu» l'origine du mot, le latin crederSy confier; mais cette confiance doit être réfléchie et prendre des précautions et des garanties pour n'être pas trompée,

Le crédit personnel et le crédit réel. — Le crédit ou la confiance peut être accordé à la personne même de l'emprunteur, ou à une chose déterrfiinée que l'on prend en gage et que l'on affecte, d'un commun accord par privilège, à la garantie de la restitution de la chose prêtée. La première sorte de crédit prend le nom de crédit personnel ; la seconde, celui de crédit réel.

Dans le cvé AU personnel, c'est aux qualités propres de l'emprunteur, à sa capacité, son intelligence des affaires, à sa loyauté, que l'on se réfère. Toutefois, outre ses qualités personnelles, on tient compte aussi en général de certaines autres circonstances, comme la fortune acquise de l'emprunteur, ses marchandises en magasin, ses articles en cours de fabrication, l'entreprise qu'il a conçue, etc. Seulement l'on ne fait aucune assignation spéciale soit sur cette fortu ne, soit sur ces marchandises, soit sur ces articles, soit sur cette entreprise. Il n'en est pas moins vrai qu'on les prend en considération et qu'ils sont, dans l'esprit du prêteur, un des motifs déterminants du prêt. Le crédit purement personnel, c'est-àdire celui qui s'effectue par un simple acte de confiance dans les qualités d'un homme, indépendamment de tout résultat déjà acquis par lui, est le plus rare et le plus dangereux des crédits. La forme la plus usuelle de ce crédit personnel, c'est celle faite par les fournisseurs qui diffèrent de faire payer immédiatement à leurs clients le prix des choses que ceux-ci achètent.

Dans le crédit réel, ce n'est plus l'homme que Ton considère, même en tenant compte de son entourage de fortune et des résultats dont il est déjà en posses-

sion; c'est une chose déterminée, c'est en cette chose que l'on a confiance et à elle que l'on prête : c'est la croyance en la durée de cette chose, en la permanence de sa valeur, en la facilité ou la possibilité éventuelle de sa transformation en monnaie, qui constitue, chez le prêteur, le jnotif déterminant du prêt. Ainsi quand un établissement de crédit foncier ou un capitaliste avance sur hypothèque, c'est-à-dire en prenant, conformément ftux lois, l'immeuble pour gage, une somme déterminée sur une maison ou sur un bien rural, ce n'est pas la personne de l'emprunteur qu'il considère, mais le bien rural ou la maison; de même quand on prête sur des marchandises déposées dans un magasin public, en créant ces titres que l'on appelle des warrants, et en prenant en gage les marchandises, de sorte qu'elles ne puissent sortir du magasin ou du dock avant la restitution du prêt; de même encore, dans les pays où le prêt agricole est organisé, quand on prête sur récoltes soit pendantes soit rentrées, ce prêt oblige le débiteur à ne pas se dessaisir de ces récoltes avant le remboursement du prêteur; de même enfin pour les prêts faits sur dépôts de valeurs mobilières, rentes, actions, obligations ou sur gages d'objets mobiliers. Tous ces cas et d'autres encore constituent le crédit réel, celui qui est fait à la chose plutôt qu'à l'homme et qui donne au prêteur un droit particulier sur le gage.

Le crédit ne cré« pas de capitaux. — Une question souvent agitée et qui a suscité diverses erreurs est celle de savoir si le crédit a la faculté de créer des capitaux; s'il en était ainsi, les hommes, sans aucun travail, par de simples arrangements ingénieux, pourraient multiplier les instruments et les approvisionnements de l'humanité. De ce préjugé vulgaire qui attribue au crédit la puissance de créer des capitaux

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