‹ Précis d'économie politiqueChapitre 75 sur 113 · COMMERCIALES · texte numérisé non relu

COMMERCIALES

Les professioDS commerciales. La concurrence. — Exceptions à la concurrence. — L'ancienne et la nouvelle théorie du commerce. — Le grand et le petit commerce do détail. — De l'intervention de l'État dans le commerce intérieur.

Les raisons d'être du commerce international. — Les exportation» et les importations. — Le change et ses variations. — l-a hausse du taux de l'escompte à la sujte du change défavorable. — Du rapport entre les exportations et les importations. — Théorie de la balance du commerce. — Fausseté de cette théorie. Les divers éléments dont on doit tenir compte dans les rapports économiques d'un peuple avec l'étranger. — La législation sur le commerce extérieur. Le libre échange et le régime protecteur. — La liberté absolue d'importation. Les prohibitions. Les droits modérés et les traités de commerce. — La faculté d'entrepôt. Les ventes publiques.

Les crises commerciales. — Leur origine et leurs causes. — Moyen de les atténuer. — Du prétendu excès de production. — De quelques effets heureux des crises commerciales.

Les professions commerciales. La concurrtmce.

-*■ Les échanges, en se multipliant entre les hommes, >at donné naissance à une catégorie spéciale d'occu- |)ations, les professions commerciales. Certains hommes ipécialisent en vue du commerce leurs aptitudes et ©urs travaux, et, au lieu de produire directement les )bjets qui sont utiles ou désirables à l'humanité, ils l'enquièrent des besoins du public, s'efforcent de les I îreasentir, recherchent les marchandises qui leur pa-

raissent correspondre à ces besoins, les réunissent, lei conservent dans des magasins et les tiennent toujours à la disposition des amateurs. Ceux-ci n'ont plus besoin de longs efforts pour se procurer les denrées qui leur manquent ; ils savent d'avance où ils les trouveront, ce qui leur épargne beaucoup de démarches, de soucis et d'inquiétudes.

On a vu plus haut (page 32) en quel sens le commerce est productif, c'est-à-dire sert à faciliter ou à augmenter les satisfactions et les jouissances de l'humanité.

Le commerce est, d'ailleurs, très varié, commerce de gros, de demi-gros, de détail, intermédiaires de toute nature. L'âme du commerce est la concurrence. Ce que l'on appelle concurrence, c'est cette force qui pousse les commerçants à s'élever au-dessus des autres hommes de leur profession en attirant à eux la plus forte partie possible des commandes et de la clientèle. Ce résultat, qui est celui que poursuivent avec âpreté et persévérance les commerçants intelligents, ne se peut obtenir d'ordinaire que par deux moyens : ou en offrant au public des marchandises de meilleure qualité que ne le font les autres commerçants, ou en lui livrant les marchandises ordinaires dans des conditions plus favorables et notamment à meilleur marché. La concurrence des commerçants est donc, sauf une exception que nous allons signaler, très profitable aux consommateurs; elle abaisse en général le prix des objets.

Exceptions à la concurrence. — La concurrence n'agit pas toujours, toutefois, dans des conditions également propices à l'ensemble de la société. Il est des cas où le nombre des producteurs étant limité dans une branche d'industrie par la nature des choses, il leur est loisible de s'entendre et de former ce que

Ll COMMERCE INTÉRIEUR.

l'on appelle des coalitions de vendeurs. Ainsi, les lignes de chemins de fer qui vont dans la même direction, les hôtels qui existent dans une localité de médiocre importance, parfois même les maîtres de forge d'une région, ou les armateurs à destination d'un port déterminé, comme il y a deux ans les Compagnies de navigation anglaises pour le commerce de la Chine, peuvent former une entente pour ne pas abaisser les prix audessous d'un certain niveau qui leur parait rémunérateur. Ces coalitions de vendeurs, qui par un accord des gens d'un même commerce dans une même localité ou un même district suspendent ainsi la concurrence, sont très malaisées à maintenir pendant longtemps. Toujours quelqu'un des coalisés finit parfaire défection, ou à son défaut il survient du dehors un nouveau concurrent qui, lorsque les prix sont trop élevés et les bénéfices des vendeurs trop considérables, fait en sorte de les abaisser. On a remarqué, par exemple, que dans l'industrie, si facile cependant à monopoliser, des câbles sous-marins entre l'Europe et l'Amérique, il a toujours été impossible aux compagnies de s'entendre pendant plusieurs années pour maintenir de hauts tarifs sans qu'il se fondât une compagnie nouvelle pour établir un câble nouveau.

L'ancienne et la nouvelle théorie du commerce. — Les idées commerciales se sont, d'ailleurs, modifiées depuis un siècle dans un sens qui est favorable au consommateur. Il y a une théorie ancienne et une théorie moderne du commerce. La théorie commerciale ancienne portait les commerçants à rechercher le plus gros gain possible sur un chiffre d'affaires hmité. Ils aimaient Mieux gagner 1 franc sur une opération que de s'ingénier, en gagnant seulement 10 centimes, à faire quinze ou vingt opérations, ce qui en définitive leur eût valu un

bénéfice total plus élevé. L'exemple le plus frappant de cette ancienne théorie du commerce, c'est celui des Hollandais qui, au dix-septième siècle, dans les îles i épices de l'Océanie, les Moluques, Amboine, etc., limitaient la culture des clous de girofle et des muscades, pour pouvoir vendre ces denrées, à cause de leur quantité artificiellement restreinte, excessivement cher.

La théorie moderne du commerce est le contraire de la précédente. Elle restreint le bénéfice à très peu de chose sur chaque objet, afin de vendre un nombre infiniment plus considérable d'objets. Cette théorie a trouvé sa formule en Angleterre dans le dicton commercial : « Il vaut mieux travailler pour le million (d'hommes) que pour les millionnaires. » En France aussi, elle se présente sous une locution connue et expressive : « le gagne-petit. » L'expérience a témoigné d'une manière décisive en faveur de la théorie moderne du commerce, celle qui est de beaucoup la plus favorable au consommateur.

Le grand et le petit commerce de détaiL — Les établissements qui se sont le mieux inspirés de cette doctrine nouvelle sont les bazars intitulés grands magasins de nouveautés ou d'ameublement.

Ces grands magasins soulèvent beaucoup de critiques de la part des petits et des moyens commerçants au détail. Ils offrent cependant de considérables avantages. En réunissant les marchandises les plus diverses sous un môme toit, ils évitent à l'acheteur des pertes de temps. En apposant sur les articles la marque d'une maison connue, qu'on ne peut confondre avec aucune iutre et qui ne peut durer et prospérer que par une réputation soutenue de loyauté, ils tendent à éliminer les tromperies et les sophistications de marchandises dont l'acheteur ne s'aperçoit qu'à la longue. Surtout

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