LE COMMERCE INTÉRIEUR. 28S
! en réduisant à 2 ou 3 pour 100, au maximum à 4 ou 5 I p. 100 sur chaque objet le bénéfice net qu'ils réalisent, ! en diminuant la proportion des frais généraux dan? chaque article vendu, ils réduisent l'écart, parfois beaucoup trop considérable, qui existe entre les prix du commerce de délai) et ceux de la marchandise en fabrique. Ils déshabituent enfin le public de la détestable coutume d'acheter à crédit. Aussi les « grands , magasins » constituent-ils un progrès auquel il serait , insensé de renoncer. Il y a seulement à régler une , question pratique, celle de savoir si les petits et les moyens commerçants ne sont pas parfois trop grevés de taxes, par comparaison avec leurs grands concur- : rents; mais cette question se doit résoudre dans un j esprit de stricte équité et en dehors de tout parti pris I de favoriser artificiellement le petit commerce de détail à rencontre du grand commerce de détail.
On a vu plus haut (page 33) que, si le commerce est
en lui-même et en principe productif, néanmoins il
peut se faire que le nombre des commerçants devienne
tout à fait excessif par rapport à ce qu'exigerait un
I organisme commercial intelligemment constitué. C'est
une tendance qui se manifeste chez tous les peuples où
! l'instruction et l'aisance sont très répandues. Quand le
I nombre des commerçants au détail devient exagéré,
j il en résulte que, chacun d'eux ayant beaucoup de frais
; et devant faire vivre sa famille avec le négoce, le prix
' des marchandises se trouve renchéri par cette multi-
ude de petits intermédiaires. C'est ce qui arrive en
France dans le commerce de la boucherie et dans celu*
i de la boulangerie. Le nombre des boulangers à Pariî
,i est passé de 601 en 1854 à 1,586 en 1880, ce qui re-
t présente une boulangerie par 1,3^0 habitants en 1880,
j %u K2U d'une boulangerie par 1,800 habitants en 1854,
Dans le môme intervalle l'écart entre le prix de la farine et le prix du pain s'est considérablement accru : le nombre excessif des boulangers et la difficulté poui eux de vivre n'est pas, sans doute, la seule cause de ce accroissement, mais il est incontestable qu'il y a con tribué (1). Il en est de même pour les bouchers. La mul tiplication indéfinie des commerçants au détail produi* le renchérissement des prix et aussi l'adultération et la sophistication des marchandises. On a remarqué que, même dans la fabrication, la concurrence a bien pour effet habituel d'assurer le bon marché des produits, mais non toujours leur bonne qualité. Le nombre excessif des commerçants au détail compromet souvent autant la qualité que le bon marché des denrées.
Ce sont là des tendances fâcheuses de la concurrence; mais dans une société énergique et active, elles peuvent provoquer une réaction naturelle qui met le consommateur à l'abri de ces funestes conséquences.
De rinteii:*vention de l'Etat dans le commerce intérieur. — Il ne faut pas conclure de ce que nous venons de dire que l'État doive intervenir pour limiter le nombre des commerçants au détail, soit dans tous les commerces, soit dans quelques commerces, réputés plus intéressants pour le pubhc. L'intervention de l'État est toujours plus ou moins myope , arbitraire et maladroite. Les taxes soit officielles, soit officieuses, du prix des denrées, par exemple du pain ou de la viande, n'atteignent jamais qu'imparfaitement le but que l'on poursuit.
Le remède aux abu^ du commerce de gros ou de détail doit provenir de la société agissant spontanément et librement. La constitution de grands magasins est,
(1) Voir à ce sujet l'intéressante brochure de M. Armeogaud l Meunerie et boulangerie, k U Librairie technique, 1883.