LES CRISES COMMERCIALES. S
Hre otterts à des prix qui ne sont pas abordables pour toutes les couches de consommateurs.
Il n'est qu'un petit nombre d'objets dont la production puisse, d'une manière absolue, et quel qu'en soit le prix, dépasser les besoins humains; ce sont d'abord certains objets d'une consommation strictement personnelle et non extensible : les cercueils, par exemple, et les berceaux; il meurt et il naît en France environ 750,000 à 800,000 êtres humains chaque année; si Ton fabriquait annuellement 2 millions de cercueils ou 2 millions de berceaux et que, par une circonstance quelconque, l'exportation n'en fût pas possible, il y aurait une surabondance manifeste et, à quelque prix que l'on offrît ces objets, on ne trouverait pas preneur pour une partie d'entre eux.
Il peut y avoir aussi surabondance de production pour certains instruments, parce que l'humanité ne peut en consommer indéfiniment, par exemple des aiguilles, des épingles, des pioches, des bêches, des charrettes ou des wagons, des rails de chemins de fer, des locomotives. Pour cette catégorie, cependant, la limite de la consommation, surtout pour les derniers objets cités, est loin d'être fixée d'une manière aussi précise et aussi invariable que pour la précédente.
Mais il ne peut pas y avoir d'excès général et permanent de production, du moins d'une façon absolue, des marchandises qui se prêtent à des usages très variés et à des besoins humains extensibles, comme les tissus qui servent non seulement de vêtements, mais de tapis^ de tentures ; comme le fer qui a mille applications possibles; comme le blé ou la viande, dont bien des gens sont encore privés; comme des maisons, quand tant de personnes sont entassées dans des taudis.
Dans ce cas, il y a seulement une disproportion entre
y '8 LA CIRCULATION DES RICHESSES. lM\
le prix de revient d'un objet dont une grande partie de l'humanité n'est pas encore suffisamment pourvue et les moyens de le payer qu'ont un grand nombre de gens. Ou bien encore il y a des habitudes nouvelles qui doivent être prises, et qui le seront à la longue, comme de se vêtir et de se meubler ou de se loger plus confortablement ou plus élégamment. Cet excès de production I est donc plus apparent que réel et plutôt temporaire que durable.
Les deux causes qui amènent les crises commerciales générales sont, d'une part, les entraînements de la spéculation et les abus de crédit ; d'une autre part, les progrès soudains et considérables dans la fabrication ou dans les moyens de transport. f 3I
Quand on se trouve dans une période de prospérité, que les affaires, suivant l'expression vulgaire, vont bien, : que les fabricants réalisent des bénéfices, la disposition à l'illusion qui est innée à beaucoup d'esprits porte à fonder de tous côtés de nouvelles entreprises, à immobiliser les capitaux en constructions de toutes sortes, à faire des emprunts multipliés qui n'ont pour gage que des bénéfices aléatoires. Le crédit alors se développe à l'extrême, on prête sans trop y regarder, on s'engage Fans trop réfléchir; le moindre événement défavorable vient abattre toutes ces œuvres éphémères, comme Je souffle le plus léger renverse des châteaux de cartes. ' ''» La cause, cependant, la plus active des crises com- 'ijlii merciales, ce sont les progrès soudains, généraux, profonds, dans la fabrication ou les moyens de transport. Il en résulte de nouvelles conditions de concurrence \ et de prix qui surprennent et déconcertent un grand nombre de producteurs. Les calculs qui paraissaient lef plus judicieux se trouvent tout à coup démentis par l'afflux de produits nouveaux à des conditions de bon