LES CRISES COMMERCIALES
marché que l'on n'avait pas prévues. Il en résulte une perturbation momentanée qui peut se prolonger parfois pendant plusieurs années. Il y a de nouveaux arrangements à prenore, de nouvelles combinaisons à adopter, et cela ne se fait pas sans peine ou sans douleur.
Les crises commerciales sont, dans ce cas, pour le corps social, ce que sont les crises de croissance pour les adolescents ou les rages de dents pour les enfants. C'est un mal en quelque sorte nécessaire, que la nature impose; c'est la rançon d'un progrès soudain et considérable.
On a remarqué que les crises résultant des abus de crédit et des excès de la spéculation qui, en elle-même n'est pas un mal, mais une force utile, sujette seulement à des dérèglements, ont une tendance à se représenter périodiquement, tous les dix ou douze ans par exemple. Cela s'explique parce que l'expérience des pères ne corrige pas les enfants, et que les temps de prospérité, malgré toutes les leçons du passé, amènent inévitablement l'infatuation.
Les crises qui proviennent de la soudaineté des grands changements industriels, n'ont pas une périodicité aussi régulière ; elles se représentent à des intervalles plus espacés; mais elles ont aussi une tendance à revenir à des époques plus ou moins éloignées. La cause en est que le progrès agricole ou manufacturier ne s'opère pas d'une manière continue et uniforme ; il y a des périodes de progrès soudain et général qui donnent au monde comme une fièvre et un ébranlement, et des périodes de calme et de repos ; les premières sont plus glorieuses pour le genre humain, les secondes peut-être )lus heureuses.
Les remèdes proposés pour les crises économi-
les. — 11 n'y a aucun remède souverain aux crises
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économiques; il serait présomptueux de rêver de les prévenir d'une façon absolue. Il faudrait arracher de l'âme de chaque génération nouvelle le goût de l'illusion, pour faire qu'elle ne se laissât jamais entraîner par la spéculation exagérée et par les abus du crédit. Il faudrait aussi pouvoir canaliser le progrès humain, de sorte qu'il coulât lentement, d'un flot uniforme et timide, au lieu de faire des irruptions violentes, suivies bientôt de périodes de ralentissement ou d'arrêt. Ni l'homme ni la société n'auraient ce pouvoir.
Quand une crise économique est spéciale et locale, comme la crise cotonnière de i860 à 1865, ou celle du phylloxéra dans le midi de la France, il y a quelques palliatifs. On peut entreprendre, mais avec mesure et discernement, quelques travaux publics dans les régions frappées. On peut faciliter l'émigration ; encore convientil, cependant, d'agir avec mesure; car ces sortes de crises étant passagères, si l'on développait outre mesure l'émigration, quand la prospérité reviendrait les bras feraient défaut. La prévoyance chez les particuliers, Yépargne dans les temps de prospérité, "sont encore les meilleurs moyens d'adoucir ces jours d'épreuve.
Dans les crises commerciales générales, s'étendantà toutunpayset àtoutesles industries, des palliatifsne peuvent guère servir. L'État n'a qu'un rôle médiocre à jouer en pareille circonstance ; il doit être prudent, économÉi inspirer la confiance. S'il ouvrait des ateliers nationau» comme certains le proposent, il aggraverait et prolongerait plutôt la crise; il prolongerait, en effet, l'illusion, les prétentions exagérées dont la crise est sortie. L'État, ff d'ailleurs, a souvent exercé sur l'industrie une sorte r d'action perturbatrice. Quand, par exemple, les États font construire, dans les périodes de prospérité, un, nombre exagéré de kilomètres de chemins de fer, qn'ili
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entreprennent des travaux publics à outrance, ils dénaturent les conditions naturelles des industries, les relations normales des profits et des salaires; ils aident à la surexcitation, ils font naître des établissements surabondants, ils poussent à des hausses excessives ou prématurées du prix de la main-d'œuvre. Les États ne sauraient donc se montrer trop circonspects quand ils veulent se mêler d'industrie, la subventionner ou l'exciter et l'entretenir par leurs commandes
Conséquences parfois heureuses des crises économiques. — Les crises commerciales, malgré les maux qu'elles entraînent, ont une conséquence heureuse : tous les producteurs se trouvant frappés font leur examen de conscience au point de vue économique; ils réexaminent toute leur organisation, ils en réforment les côtés défectueux, ils en écartent le coulage, ils adoptent les procédés les meilleurs, et ils arrivent à des prix de revient moindres qu'auparavant. Les salaires, les bénéfices reviennent à un taux raisonnable; on reprend des habitudes de travail plus régulières ; le crédit redevient plus ferme et prend plus de discernement. H en résulte que, après une crise commerciale de quelque durée, le débouché de beaucoup de marchandises s'eLt accru, de nouvelles couches de consommateurs se sont formées; le progrès, qui apparaissait d'abord comme perturbateur, s'est consolidé; et, en définitive, l'humanité, après une secousse pénible et plus ou moins prolongée, se trouve avoir à sa disposition plus de moyens de satisfaire ses besoins et ses goûts