CHAPITRE PREMIER
(Suite),
APPENDICE A LA TREIZIÈME ÉDITION
Les inventions récentes, leurs applications et l'État. — Les faits récents les plus considérables et les plus caractéristiques témoignent hautement que l'État n'est nullement l'organe ni l'agent principal du progrès. Les grandes inventions de la fin du XIX" siècle ou du commencement du xx^ siècle sont surtout : l'emploi de l'électricité à l'éclairage et au transport de la force, les téléphones et la télégraphie sans fil, d'une part, et, d'autre part, la bicyclette, l'automobile et l'aviation au moyen des aéroplanes. L'État a été absolument étranger à ces progrès; ils ont dû leur naissance et leur essor à l'initiative privée soit des individus, soit des sociétés libres. On en a la preuve, notamment, dans Torganisation des concours d'aviation de Bélheny, près de Reims, en 1909 et en 1910, et dans tous ceux des autres villes qui ont suivi, ainsi que dans le circuit aérien de l'Est, en 1910; ce furent là des fondations de particuliers.
Les difficultés de l'État moderne avec le pehsonnel de ses administrations. — Une des infirmilésde l'Etat, à savoir les difficultés qu'il éprouve à conduire le personnel de ses administrations, s'est manifestée d'une façon saisissante depuis l'ouverture du xx' siècle. L'Etat, aussi bien l'Etat moderneetdémocratique que TEtatancien, pour le recrutement et l'avancement de ses agents se laisse conduire beaucoup moins par des considérations d'utilité technique que par la faveur et, aujourd'hui principalement, par des motifs électoraux; il en est résulté un très grand mécontentement dans le personnel des dilTérentes administrations; c'est en grande partie pour protester contre ce favoritisme que se sont formées, depuis l'ouverture du xx* siècle, des « ligues de fonctionnaires ».
Ces ligues tendent elles-mêmes à imposer pour l'avancement des règles qui substituent, autant que possible, l'ancienneté au choix. Il en résulte laperpétuation, sinon l'accentuation, de la routine dans »es administrations de l'Etat; les sujets d'élite y sont particulièreaient découragés, leur avancement étant beaucoup plus lent que dans les administrations privées. Le personnel des administrations d'Etat tend ainsi à être de moins en moins progressif et se trouve, iousce rapport, très inférieur à celui des administrations privées ûien conduites. C'est une raison, entre bien d'autres, de ne pas étendre, en dehors d'une évidente nécessité, l'action de l'Etat dans des sphères nouvelles et de ne pas créer de monopoles industriels en &n faveur; il ne pourrait qc'^^.n abuser ^voirplus loin, p. 414).