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CHAPITRE V

L’ÉDUCATIQH PHYSIQUE PAR LE TRAVAIL IflAHUEL.

Rôle éducatif du travail manuel. — Education de l’œil, de la main et du cerveau. — Le travail manuel et l’enseignement des sciences mathématiques. — Le travail manuel n’est pas un apprentissage, mais une préparation en développant l’adresse et l’habilité manuelles. — Résultats donnés parle travail manuel : adresse, sûreté de coup d’œil, esprit d’observation et de réflexion, instruction élémentaire en dessin et système métrique. — Méthodes à employer. — Analyse des mouvements ; correction dans leur exécution. — Eviter la fatigue.

On enseigne, dans les écoles de Paris, le travail manuel aux enfants. Ce n’est là qu’une forme ou mieux un moyen d’éducation physique. On ne cherche pas à enseigner à l’enfant telle ou telle profession ; on se propose simplement de lui faire acquérir de l’adresse et de

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l’habileté manuelles ; c’est une préparation à tout métier manuel en général.

Aussi le travail manuel dans les écoles doit être un ensemble d’exercices qui exigent, pour leur bonne éducation, le concours de l’œil, de la main et du cerveau, et ayant surtout pour but de faire l’éducation de ces deux premiers organes sous la direction du troisième. Ils doivent de plus apporter à l’enseignement des sciences mathématiques un secours analogue à celui que prêtent les expériences aux notions de sciences physiques et naturelles, avec cet avantage que l’expérience est faite par chaque enfant, ce qui constitue une excellente gymnastique des sens et de l’esprit. Le travail manuel contribue ainsi à l’éducation physique et à l’éducation intellectuelle, car il apporte à la partie scientilique (dessin, formes géométriques, calcul), le concret qui lui fait si souvent défaut dans l’enseignement ordinaire.

Donc le travail manuel à l’école ne doit pas être un apprentissage. C’est ce que précise parfaitement R. Leblanc : « L’enseignement manuel, dit-il, doit avoir surtout un but éducatif ; son principal résultat doit être de développer chez l’enfant l’esprit d’observation et lui donner le goût des occupations manuelles par la satisfaction que procure toute exécution réussie. Les exercices sont bien choisis s’ils

coûtent peu, s’ils sont en rapport avec les forces physiques des élèves, s’ils exercent à la fois la main, l’œil et l’intelligence ; ils doivent être intimement reliés au dessin et venir en aide au calcul et à la géométrie, en fournissant les éléments concrets qui permettent de passer à l’ abstrait ».

On voit déjà, par cet exposé, quel est le but à poursuivre. Mais comment s’y prendre ? Je laisse sur ce point la parole à MM. A. Jully et E. Bochcron qui *ont été les organisateurs du travail manuel dans les écoles de la ville de Paris, et dont la compétence est indiscutable.

« Pour faire rapidement et avec fruit l’apprentissage d’un métier, disent-ils (1), un jeune garçon doit réunir les conditions physiques suivantes : adresse, sûreté de coup d’œil, esprit d’observation et de réflexion, instruction élémentaire en dessin et système métrique.

« L’adresse est indispensable à l’artisan. Si certaines natures ont reçu ce don en naissant, on peut dire que généralement l’enfant nait maladroit ; l’adresse se développe surtout par l’éducation, et d’autant plus vite que l’on procédera avec plus de méthode et de circonspection.

(1) Le travail manuel à l'atelier scolaire et le dessin géométrique.

« Au début, les exercices de travail manuel seront aussi simples que possible. Les premiers outils maniés ne demanderont presque aucun déploiement de forme physique, comme la râpe, la scie à araser, le rabot, le ciseau, etc. ; les manipulations effectuées n’exigeront que des mouvements élémentaires du bras et de l’avantbras : maniement de la râpe, trait de scie dans un morceau de faibles dimensions, rabotage sur champ, etc.

« Ces travaux d’initiation ne sauraient guère être abordés avec fruit avant l’âge de dix ans. Lorsque l’enfant aura acquis la force physique suffisante, quand sa main sera devenue plus sûre, il ne faudra pas craindre de lui faire manier de nombreux outils. Outre la variété des manipulations, apportant plus d’attrait dans le travail, on trouvera, avec des outils nouveaux et convenablement choisis, l’occasion de continuer et de parfaire l’éducation de la main, de rendre adroit.

« La sûreté du coup d’œil n’est pas moins indispensable que l’adresse pour devenir un habile artisan. Le travail de la matière d’œuvre dans l’industrie consiste dans la réalisation de formes géométriques presque toujours simples : plans, prismes, cylindres, etc., et dans l’assemblage de ces formes. L’ouvrier dont l’œil n’est pas exercé, obligé d’avoir constamment ses

outils de mesure et de vérification à la main, produit évidemment moins que celui qui sait découvrir à l’œil les moindres imperfections.

« La sûreté du coup d’œil peut également s’acquérir par l’éducation, comme la sûreté de la main, et en même temps. Il faudra, pour cela, surtout au début, se limiter à des formes géométriques simples : droites, angles droits, carrés, rectangles, dont on s’efforcera de faire reconnaître les défauts d’exécution, sans le secours d’aucun instrument. Le contrôle par les règles, équerres, outils à tracer ou à vérifier, sera fait ensuite pour s’assurer de l’exactitude des formes et rectifier les appréciations de l’œil.

« A ces conditions d’ordre physique, l’apprenti doit joindre l’esprit d’observation et de réflexion. Nous n’apprendrons rien de nouveau à tous ceux qui ont fait leur apprentissage dans un atelier, en leur disant que l’enseignement du métier y est inconnu. Non seulement le compagnon n’explique pas à l’apprenti les manipulations les plus simples, mais encore il cache avec un soin jaloux ses tours de main, ses secrets. L’apprenti n’a d’autre ressource que de regarder, et d’imiter s’il le peut. L’observation bien dirigée, l’attention éveillée et soutenue, seront ses seuls guides. Or, il en est de cette faculté comme de toutes les autres, elle se développe et se fortifie par l’éducation.

« On ne saurait donc trop habituer l’enfant à analyser les mouvements, à les décomposer. C’est pourquoi toute manipulation exécutée à l’atelier scolaire devra être commentée avec soin. Le maître donnera toujours la raison d’être de tel ou tel mouvement, de telle façon de procéder, et il habituera l’enfant à se rendre compte de toutes les manipulations exécutées. Il lui fera également remarquer que la conformation et la disposition des outils employés dépendent à la fois de la forme à réaliser et de la matière à œuvrer, tout en cherchant à leur faire produire le maximum de travail avec le minimum d’efforts.

« Il est, de plus, indispensable de mettre le futur artisan à même de lire un dessin, de comprendre la forme écrite, comme il comprend, à la lecture, la pensée d’un auteur, et de pouvoir représenter la forme qu’il conçoit. Le dessin est le langage courant des ateliers ; un ouvrier qui ne comprend pas ce langage est dans une situation aussi pénible que le citoyen qui ne sait pas lire dans notre société moderne.

« On atteindra facilement ce résultat en ayant soin de faire dessiner chaque objet exécuté, et de n’exécuter aucun travail en copiant un modèle, mais toujours d’après un croquis ».

Gomme l’indiquent Jully et Bocheron, il faut,

;i l’atelier scolaire, apprendre à l’enfant à analyser tous ses mouvements et «à se rendre compte de leur utilité et de leur but ; il faut encore lui apprendre à les exécuter avec correction. Gela a aussi son importance et il faut y veiller. En effet, si on veut exécuter sûrement et correctement un mouvement compliqué, il faut, dès le début, l’exécuter tel qu’il devra l’être par la suite. Le premier mouvement laisse une trace dans le système nerveux ; s’il a été mal exécuté, il faudra détruire cette première impression et en faire une autre ; cela n’est pas chose facile : c’est une sorte de rééducation qu’il faut opérer. Au contraire, si on s’applique à bien exécuter un mouvement dès le début, ce mouvement devient ensuite aisé : on le répète avec correction et sans effort. Mais, pour cela, il ne faut jamais aller jusqu’à la fatigue, car, dès que la fatigue se fait sentir, la raideur et l’incoordination commencent : c’est là un phénomène physiologique démontré. Le cerveau qui commande et les muscles qui obéissent ne fonctionnent plus normalement : le cerveau perd sa lucidité et les muscles la rapidité de leur contraction. Travailler d’une façon excessive et trop longtemps est une erreur. Au contraire, dit G. Dcmeny (1), exécution cor-

(1) Physiologie des professions.

recte des mouvements simples, arrêt du travail dès que la fatigue se manifeste, tel est le moyen de bien travailler.

« J’exécute bien un mouvement aujourd’hui : je me repose ; je reprends demain le même mouvement : je l’exécuterai plus facilement, il me faudra y porter moins d’attention. Aprèsdemain la facilité sera encore plus grande ; et en continuant ainsi j’arriverai à obtenir et sans me fatiguer ce qui me demandait un effort volontaire intense.

« Au contraire, si je vais trop vite, si je complique mes exercices avant que les éléments soient bien compris, si je double mes heures de travail sans chercher la perfection de mes mouvements, l'exécution devient confuse, mes doigts et mon bras s’embrouillent, je bégaie, tout mon travail est pure perte et je nuis même aux progrès futurs ».

Il faut apprendre à l’enfant à exécuter des mouvements précis avec le moins de force possible. C’est le meilleur moyen d’acquérir et de conserver la souplesse.

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