‹ Précis d'éducation physique moderneChapitre 20 sur 54 · L’ÉDUCATIOH PHYSIQUE PAR LES JEUX · texte numérisé non relu

L’ÉDUCATIOH PHYSIQUE PAR LES JEUX

Définition du jeu. — Le jeu, méthode d’éducation natûrelle. — L’hygiène et les jeux. — Les jeux aux points de vue physique et psychique. — Discipline et choix des jeux.

F. Lagrange définit le jeu « la réglementation plus ou moins méthodique des mouvements instinctifs, de ceux que tout être vivant se sent porté à faire spontanément, quand il ressent l’impulsion du besoin d’exercice ».

Il est incontestable que le jeu, convenablement discipliné, peut devenir une excellente méthode d’éducation physique pour l’enfant. « Les jeux, dit F. Lagrange (1), constituent

(1) Mémoires et documents scolaires. Fasc. 77, p. 136.

— Ti-

en réalité la méthode d’exercice la mieux appropriée à l’hygiène du jeune âge, et ne sont passibles d’aucun des reproches que méritent la gymnastique aux appareils et les exercices de plancher. Ils sont essentiellement récréatifs, ne nécessitent pour ainsi dire aucun apprentissage, n’exigent que des mouvement naturels ; ils ne s’exécutent pas à l’aide d’appareils, mais à l’aide des membres seuls, ou de jouets incapables d’imprimer au corps aucune déformation ».

Le même auteur insiste ailleurs (1) sur les avantages de ces méthodes naturelles sur les méthodes artificielles qui ne conviennent pas à l’éducation physique des enfants, parce qu’elles sont des méthodes athlétiques et non pas des méthodes hygiéniques. « Elles visent, dit-il, spécialement les sujets forts pour en faire des sujets d’élite, alors qu’une bonne hygiène doit viser les sujets faibles pour en faire des sujets forts. Les faibles, en effet, forment la grande majorité des enfants de notre génération actuelle. A notre époque, le cerveau semble arrivé à l’apogée de son développement, parce que plusieurs générations successives se sont transmis les résultats accumulés du travail intellectuel. Par contre, le système musculaire

(1) L’hygiène de l'exercice.

tend à s’affaiblir de 'génération en génération, parce que, depuis longtemps, la force physique n’a plus d’emploi. Nos pères nous ont transmis des muscles plus faibles que ceux de leurs devanciers, et nous avons légué à nos enfants des muscles plus faibles que ceux de nos parents. Aussi les enfants, si précoces aujourd’hui dans leur développement intellectuel, sont-ils très en retard dans leur développement physique.

« Tel est le défaut capital des méthodes artificielles et difficiles : elles ne mettent pas l’exercice à la portée de tous les enfants. Elles ne sont pas des méthodes hygiéniques, mais plutôt des méthodes de sélection ; elles font subir aux enfants une sorte de triage, prenant les plus forts pour en faire des athlètes, mais laissant les plus faibles, c’est-à-dire la grande majorité, livrés à toutes les misères physiques et morales qui dérivent du défaut d’exercice. »

Les jeux doivent donc être admis et encouragés dans la famille et à l’école. H faut exciter les enfants à s’y livrer, stimulant ceux qui y montrent de la mollesse, refrénant et modérant ceux qui y montrent trop d’audace. Dans mes visites dans les écoles, j’ai vu quelquefois des enfants tristes et mornes se tenir à l’écart des jeux de leurs camarades. J’ai toujours recommandé aux maîtres de les obliger à se

mêler à la turbulence des autres : en secouant leur torpeur physique, on secoue leur torpeur intellectuelle.

Tous les jeux sont bons, à la condition d’être soumis à certaines règles d’hygiène et de prudence. Pas de ces jeux brutaux et dangereux si chers aux races anglo-américaines : ils n’ont rien à voir avec l’hygiène physique ; ce ne sont pas des méthodes d’éducation et encore moins de perfection. Ils ne peuvent que développer des brutes et non perfectionner des hommes. Ils permettent simplement à tous les instincts mauvais de violence et de brutalité de se donner libre carrière. Ce sont des méthodes régressives.

Les jeux les plus simples, les moins compliqués, les moins violents, sont souvent les meilleurs. Prenez les jeux de balles, de volants : ils disciplinent les mouvements, donnent de l’adresse, exercent presque tous les muscles du corps humain.

Les jeux de poursuite, les jeux de barre, les jeux de saute-mouton, exécutés sans brutalité ni violence, constituent des exercices aussi utiles que récréatifs. Et ainsi d’une foule d’autres que je ne puis énumérer dans un travail d’ordre général.

Je viens de le dire, tous sont bons, à certaines conditions toutefois : ne pas être dange-

reux, ne pas provoquer d’attitudes vicieuses, etc. C’est aux personnes qui sont chargées de la surveillance des enfants qu’il incombe de veiller à ce que la mesure ne soit pas dépassée. Tel jeu excellent pour un enfant de dix ans peut être dangereux ou simplement nuisible pour un enfant de cinq ans. Les jeux varieront dans leur exécution et leur intensité selon l’âge et le sexe de l’enfant. Tels jeux qui pourront être exécutés en commun par des petits garçons ou des petites filles de quatre ou cinq ans, ne pourront plus l’être par des fillettes de dix ans alors que des garçonnets du même âge pourront continuer à s’y livrer entre eux. Une petite fille de quatre ou cinq ans peut jouer à saute-mouton avec son petit frère ; elle ne pourra plus le faire à dix ou douze ans sans inconvenance.

Le plus souvent, il n’y a qu’à laisser faire les enfants. Ils savent parfaitement les jeux qui leur conviennent. Il n’y a qu’à réprimer les excès de pétulance pour que tous puissent s'y livrer sans inconvénient et éviter les bousculades des plus faibles par les plus forts.

Aussi je conclus volontiers avec Mlle S. Brès (1) : « Laissons le petit enfant parmi ses jeux et ses jouets ; seulement faisons de ceux-ci le point de départ d’une série d’exercices métho-

(1) Jeux et occupations pour les petits.

diques où les qualités propres du jeu sont conservées, surtout son heureux mélange d’activité physique et d’activité intellectuelle. Mais par le fait seul que ces exercices sont réglés et réguliers, un élément éducatif se glisse dans le jeu, en sorte que les facultés naissantes de l’enfant sont soumises à une bienfaisante discipline ».

Page 1