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I. — La marche

La marche est un des meilleurs agents de l’esthétique humaine. Elle donne de l'endurance et constitue un entraînement physique de premier ordre. On peut dire avec juste raison que c’est une préparation indispensable aux autres sports. Ne voit-on pas du reste les éle-

veurs préparer les chevaux de course et les entraîner par la marche.

A un autre point de vue, la marche est un exercice à la portée de tous; elle demande à notre système musculaire une somme de travail peu considérable, mais soutenue, et met puissamment en jeu toutes les principales fonctions organiques du corps humain. Elle ne fatigue en aucune façon le système nerveux. Elle active les mouvements respiratoires et facilite les échanges. Alors que la station debout ralentit la circulation veineuse, la marche au contraire favorise la circulation dans les veines saines ou altérées. Les varices sont en effet extrêmement rares chez les marcheurs.

« Les mouvements qui s’accomplissent dans la marche sont peu étudiés, mais extrêmement nombreux, dit P. Cagnard (1). Les pieds, les jambes, les cuisses, le bassin, les bras, les épaules sont le siège de flexions, de rotations, d’inclinaisons, d’oscillations qui demandent l’harmonieux et intelligent concours d’un grand nombre de muscles. Elle procure ainsi à l’homme bien portant une activité particulièrement précieuse, parce qu’elle s’obtient sans une grande dépense de force musculaire et sans à-coup comme dans les autres exercices violents. Les

(1) Physiologie de la marche. Thèse de Paris, 1904.

mouvements des membres inférieurs amènent également le développement complet des poumons et perfectionnent l’acte respiratoire ».

Mais il en est de la marche comme des autres exercices : elle a besoin d’être éduquée et réglementée.

Il faut d’abord apprendre à l’enfant à se tenir debout, droit et immobile, mais sans gêne ni raideur. Il faut ensuite lui apprendre à marcher en tenant le corps droit, la poitrine en avant, les lèvres fermées, les bras pendant naturellement le long du corps et subissant un mouvement de va-et-vient lié aux mouvements des jambes. Les pas doivent être réguliers et on doit maintenir la pointe des pieds en dehors. C’est là ce qu’on appelle la marche en extension supérieure. Il n’est pas besoin de faire ressortir les avantages physiologiques qu’elle présente sur la marche dite en flexion. Cette dernière constitue une sorte d’exercice de force et est absolument contraire à l’hygiène : le corps est fléchi et penché en avant, l’abdomen est comprimé et gêne par refoulement les organes thoraciques (cœur et poumons) ; la face est congestionnée par suite de la gène de la circulation. Cette allure ne peut être soutenue longtemps : elle provoque rapidement la fatigue et l’essoufïlement.

Le vrai et bon marcheur s’en va d'un pas

allègre et régulier ; il aspire largement, à pleins poumons, comme on dit. Voyez-le sur la grande route, au milieu des prairies ou des forêts : son visage est légèrement coloré par la vivacité de l’air, mais nullement congestionné ; il respire largement, amplement, mais sans précipitation, sans essoufflement ; les battements de son cœur sont vifs, légèrement accélérés, mais non précipités et surtout non désordonnés. Il pourra marcher ainsi longtemps sans éprouver la sensation de fatigue. Il y éprouve même un plaisir très vif, une véritable sensation de bien-être qu’augmente encore la vue des paysages qui se déroulent devant ses yeux, les arômes dont est imprégnée la nature et qui flattent agréablement ses narines. Or, je l’ai dit et je le répète : la joie est un tonique. Et la marche est une véritable source de joie. Il faut n’avoir jamais cheminé sous la douceur des aurores ou la splendeur des soleils couchants pour n’avoir pas éprouvé cette sensation délicieuse de vitalité exubérante.

Si la marche est un réconfortant, c’est aussi un calmant. Aux heures d’irritation ou de tristesse, nul exercice ne procure plus d’apaisement.

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