‹ Précis d'éducation physique moderneChapitre 26 sur 54 · I. — But et avantages de cette gymnastique · texte numérisé non relu

I. — But et avantages de cette gymnastique

Cette gymnastique ne vise nullement à former des sujets exceptionnels, des athlètes, mais à donner à tous un développement physique utile. Elle ne choisit point des sujets d’élite pour en faire des phénomènes, mais, au contraire, elle s’adresse aux faibles qui veulent devenir, sinon des forts, du moins des bien portants. Elle n’enseigne point des exercices de force ou d’adresse, où les muscles des membres jouent un rôle prédominant, mais elle vise l’ampliation de la cage thoracique, le maintien des organes abdominaux, le redressement de la colonne vertébrale, etc. Un athlète, qui a de gros muscles et fournit de grandes sommes de force physique, a besoin nécessairement d’oxydations énormes et use ses poumons, son cœur, son sang et ses viscères à entretenir cette fabrique de force motrice. La gymnastique physiologique, en s’appliquant à améliorer les conditions de fonctionnement de la respiration, do la circulation, de la digestion, etc., a moins pour but

de fortifier la musculature que les organes chargés (les fonctions vitales et par conséquent agit dans un sens opposé à celui de la gymnastique athlétique.

Cette gymastique, disent Dérué et E. Laurent (1) « est basée sur l’anatomie et la physiologie ; elle a pour but de mettre en jeu isolément d’abord, simultanément ensuite, tous les groupes musculaires du corps humain ». Elle laisse de côté les exercices acrobatiques, les gestes violents si chers à la brutalité anglaise et à la barbarie américaine ; elle bannit les mouvements saccadés et automatiques si chers à la militaire Allemagne ; elle les remplace par des exercices ayant pour but le perfectionnement physique et esthétique de l’individu. Elle cherche à développer d’une manière harmonique tous les organes et tous les muscles, et ce au moyen d’exercices qui se recommandent par leur douceur et leur simplicité, qui développent surtout la souplesse et l’étendue du mouvement, la force et la vitesse [étant secondaires au point de vue physiologique. En un mot, elle cherche à étendre, régulariser et coordonner les mouvements, à amener les muscles à fonctionner d’après les lois d’une saine physiologie, à amplifier le jeu des articulations.

(1) Loc. cil.

Pas de tours de force : chaque sujet fait de la gymnastique pour soi et non pour la galerie.

Avec cette méthode on n’arrive pas à produire des phénomènes d’agilité ou d’adresse, mais on développe les forces d’une manière normale et progressive, on donne au corps plus de souplesse et de légèreté, aux mouvements plus d’aisance, à la démarche plus d’assurance, à l’attitude générale plus de fermeté, moins d’embarras et de gaucherie. Ainsi on demandera le plus possible d’effort et de mouvement aux natures paresseuses ; on tâchera de fixer la mobilité de celles qui ne se plaisent que dans l’agitation. On combattra les mauvaises attitudes et les tics, les penchants au rire ou aux pleurs immodérés, la tendance à crier au lieu de parler. Tout exercice forcé d’une fonction quelconque soustrait de plus en plus à notre volonté la direction de cette fonction. L’habitude du geste exagéré fait que le geste ne peut plus exprimer les nuances du sentiment et de la pensée ; l’habitude de grossir la voix ou de crier supprime également les nuances de l’intonation si nécessaire au commerce intelligent de la parole. Tous les mouvements enfin demandent à être surveillés pour être amenés, s’il est possible, à un type moyen d’activité, de rapidité, d’étendue, de précision. Les mouvements externes, suivant le degré où on les

excite, où on les prolonge, où on les modère, communiquent quelque chose de leur rythme aux mouvements internes et aux fonctions que ces mouvements assurent. Les uns et les autres créent des besoins et des habitudes générales de mobilité qui deviennent comme la base de la mobilité proprement dite. Or, c’est d’après ces habitudes et ces tendances irréfléchies que l’enfant se forme, sans s’en apercevoir, le sentiment continu de ce qu’il peut. C’est précisément le rôle de la gymnastique physiologique et esthétique de guider ces tendances et ees habitudes vers la perfection.

Page 1