III. — La leçon de gymnastique
Gomme je l’ai déjà dit, ces exercices à mains libres peuvent être variés et combinés presque à l’infini. Mais comment les employer utilement et rationellement au cours des leçons de gymnastique ? Le maître, disent Dérué et E. Laurent, « visera surtout à faire un choix d’exercices qui mettent enjeu tous les différents segments du corps humain. Ainsi, par exemple, il ne devra pas, dans une même leçon, faire travailler exclusivement ou le tronc, ou les membres supérieurs, ouïes membres inférieurs. Il devra, au contraire, veiller à ce qu’aucun groupe musculaire ne reste au repos ni ne soit surmené. Pour les jeunes enfants, il pourra même se borner à faire exécuter isolément certains temps d’un mouvement, puis il fera exécuter l’ensemble
du mouvement quand il aura obtenu un entrainement et un assouplissement suffisants ».
Tout dépend donc du maître, de son tact, de sa patience, de son opiniâtreté.
A titre d’indication, Dérué et E. Laurent donnent des plans de leçons de gymnastique. Voici, par exemple, la série de mouvements qui. pourraient composer une leçon moyenne :
1° Mouvement respiratoire ;
2° Mouvement d’extension et de flexion des bras verticalement dans la station écartée ;
3° Porter alternativement les mains à la nuque et aux hanches dans la station écartée ;
4° Flexion latérale du tronc à droite et à gauche ;
5° Sautillements latéraux ;
6° Sautillements d’avant en arrière ;
7° Mouvements d’extension et de flexion des bras dans la fente en avant, la jambe en avant et fléchie ;
8° Extension du dos et élévation du corps sur la pointe des pieds ;
9° Grande flexion du corps en avant ;
10° Mouvement d’extension et de flexion des bras verticalement, le corps en arrière et genou à terre ;
li° Mouvement d’extension et de flexion des bras verticalement, le corps incliné latéralement ;
12° Mouvement respiratoire.
Une leçon ainsi comprise répond à peu près aux indications données dans le manuel officiel de gymnastique publié par le Ministère de l’instruction publique. « La leçon, y lit-on, doit contenir des séries de mouvements destinés à activer la circulation du sang et la respiration, à développer harmonieusement le système musculaire, à remédier aux mauvaises attitudes de l’épaule, à dilater la cage thoracique, à redresser les courbures exagérées de la colonne vertébrale, à développer spécialement les muscles des parois abdominales. La leçon doit aussi contenir des exercices qui rendent adroit et souple, atténuent le vertige, perfectionnent les allures normales, et trouvent leur application immédiate dans la vie sociale et militaire. Elle sera : 1° complète et utile ; 2° graduée ; 3° intéressante et dirigée avec ordre et énergie ».
Le plus grave reproche qu’on ait adressé à ces exercices, c’est leur caractère peu récréatif. F. Lagrange a pu écrire avec quelque raison: « 11 semble que nos méthodes gymnastiques aient été choisies pour leur commodité d’application plutôt que pour leur mérite hygiénique. Elle sont adaptées non aux besoins de l’enfant, mais bien aux installations et aux habitudes scolaires ». Mais toute méthode,
pour être bonne, doit être éclectique et non exclusive. Les exercices h mains libres sont excellents, c’est certain ; ils sont peu amusants, c’est non moins certain. Mais qui empêche de les couper ou de les faire suivre d’exercices plus récréatifs ?
Dufestel a formulé une autre critique. Une série de recherches et d’expériences lui ont montré que les exercices aux agrès ont une influence bien plus considérable sur le développement musculaire. Gela ne me parait pas douteux. Mais voyons les conclusions de Dufestel. Il reconnaît que les enfants entraînés journellement par les exercices à mains libres, ont une attitude toute différente des autres : plus de laisser aller, plus de dos ronds, plus d’attitudes penchées. Ils se tiennent la tête droite, le buste porté en avant. Voilà pour l’esthétique. Au point de vue physiologique, les résultats ne sont pas moins intéressants : ces enfants savent respirer et mettre en jeu tous les muscles accessoires delà respiration; ils aèrent ainsi les sommets de leurs poumons, en chassent les poussières qui peuvent s’y loger; par une respiration plus complète ils vident mieux leurs poumons d’air résidual et peuvent ainsi y introduire de l’air nouveau.
De tels résultats ne sont pas méprisables et la méthode a du bon. Mais il ne faut pas lui
demander plus qu’elle peut donner. Elle ne fait pas du muscle ; elle n’augmente que fort peu le poids et la taille : mais ce n’est pas là ce qu’on lui demande. C’est là le rôle de la gymnastique aux agrès, de la gymnastique athlétique dont nous allons parler tout à l’heure.
G. Demeny semble avoir prévu ces critiques. Voici comment il comprend une leçon de gymnastique. On débute (pendant environ trois minutes) par des marches et des exercices d’ordre qui doivent produire un effet général modéré. C’est une sorte d'éducation du rythme.
On fait ensuite exécuter des mouvements des membres inférieurs et supérieurs dans des attitudes variées, des exercices d’équilibre sur le sol et sur la poutre (deux ou trois minutes). On vise ainsi le développement symétrique du corps; on rectifie les mauvaises attitudes ; on augmente l’ampliation du thorax ; on donne de l’indépendance aux mouvements.
On continue par des exercices de suspension par les mains avec ou sans progression (aux échelles ou aux barres mobiles), par des attitudes d’élévation des bras (grimper aux échelles jumelles ou aux perches verticales mobiles). Ces exercices qui durent également deux ou trois minutes ont une influence plus marquée encore .sur l’ampliation du thorax.
Pendant cinq minutes on laisse les enfants
se livrer à des jeux de course, à des danses, etc. On obtient ainsi un effet général assez violent.
On reprend ensuite les exercices à mains libres qui mettent plus spécialement en jeu les muscles du dos et de l’abdomen.
Pendant quatre minutes on fait exécuter des mouvements d’extension, de flexion, de rotation, de torsion du tronc.
Pour obtenir un effet général maximum, on passe aux jeux gymnastiques impliquant le saut (saut de pied ferme, saut avec élan, saut avec appui des mains). Ils doivent durer cinq à six minutes.
Enfin on termine par des exercices respiraoires et des marches lentes, tous mouvements ayant pour but de calmer le cœur et la respiration avant de rentrer en classe.
Une leçon de gymnastique ainsi comprise dure environ une demi-heure. Elle est, selon l’auteur, hygiénique, esthétique et économique.