II. — Le saut
Le saut est, comme on sait, le résultat de la flexion, puis de l’extension brusque des articulations des membres inférieurs. Sous l’action de cette détente qui opère à la façon d’un ressort, le corps est détaché de terre et lancé dans une direction donnée, en suivant, comme le ferait un objet inanimé, une direction parabolique. Les autres mouvements qui accompagnent le saut, comme l’élévation des bras, le ploiement ou le redressement du tronc, ne servent, d’une façon générale, qu’au maintien de l’équilibre et au franchissement plus aisé des obstacles.
Le saut est un exercice utile, mais il doit être exécuté, au début surtout, avec prudence et modération, car il peut entraîner facilement des accidents : fractures de la rotule et des os de la jambe, luxations du pied, ruptures du tendon d’Achille, ruptures de fibres d'un des muscles du mollet (coup de fouet).
Avant d’entraîner un enfant ou un adolescent à sauter, il faut d’abord lui apprendre et surtout
lui faire comprendre le but et l’effet des mouvements qu’il va exécuter. On lui fait prendre une attitude convenable : fléchissement des segments des membres inférieurs et abaissement des bras: c’est le temps dit de préparation. lia son importance, car le résultat obtenu sera d’autant plus considérable que l’attitude sera meilleure.
La période d’impulsion qui se produit par la détente des membres inférieurs et l’élévation vive des bras, ainsi que la période de suspension, sont en effet la conséquence de la bonne ou mauvaise attitude initiale. Pour la chute, qui constitue la dernière période du saut, il faut veiller soigneusement à ce que l’élève exécute les mouvements musculaires les plus propres à amortir le choc. Il n’est pas besoin de dire que cette période est la plus dangereuse, par conséquent celle qui nécessite le plus de surveillance.
Le saut s’exécute en hauteur, en longueur, en profondeur, avec ou sans élan, avec ou sans tremplin, avec ou sans le secours des mains. Lorsqu’on fait usage de ces dernières, en prenant appui soit sur l’obstacle à franchir, barre ou chevalet, soit sur une perche, le saut prend plus spécialement le nom de voltige.
Pour commencer, on fait exécuter des sauts de pied ferme, mais d’une faible intensité et
sur place : sauts en longueur, sauts en hauteur et en longueur, sauts en profondeur.
Pour le saut de pied ferme en hauteur, l’élève se tient debout, les talons joints, les bras élevés ; puis il fléchit sur les membres inférieurs en abaissant les bras qu’il fait lentement osciller ; il donne ensuite l’impulsion en changeant brusquement le sens de cette oscillation et en communiquant aux bras la plus grande vitesse d’élévation possible, en même temps qu’il imprime aux membres inférieurs une vigoureuse extension.
Pour le saut de pied ferme en longueur, la préparation est la même, mais la détente des membres inférieurs doit être plus énergique, leur extension complète et en coïncidence absolue avec une vive projection des bras en avant.
On apprend ensuite à l’élève à sauter avec élan en hauteur, en longueur. Pour sauter en hauteur avec élan, on ne fait que quelques pas de course, et on donne l’appel d’un seul pied, le tronc vertical ou légèrement incliné en arrière. Pour sauter en longueur avec élan, on débute par une course de dix à vingt mètres, aussi vive et accélérée que possible ; on fait, comme pour le saut en hauteur, l'appel d’un seul pied, le tronc légèrement incliné en avant.
On apprend aussi à l’élève à sauter de côté, à
sauter en arrière, et même à sauter à la corde. Puis on passe aux sauts avec appui des mains. Ces sauts s’exécutent sur une barre, une poutre ou encore avec le cheval de bois.
« Dans les sauts avec appui des mains, dit Demeny, la suspension proprement dite est de beaucoup réduite : tantôt il y a appui simultané des pieds sur le sol et des mains sur l’obstacle, et l’effort d’adduction des bras ajoute son effet à l’extension des jambes ; tantôt l’appui sur les mains est effectué après le saut, ce qui permet une obliquité extrême du corps pendant la suspension et une grande longueur de saut. Il y a alors deux chutes : l’une sur les poignets, l’autre finale sur les pieds. Dans ces sauts, lorsque les jambes passent au-dessus de l’obstacle, elles sont fléchies entre les bras ou allongées latéralement pendant que le corps est à l’appui sur un seul bras allongé ; le poids du corps doit toujours être porté par le bras à l’appui, ce qui exige que l’on se tienne auprès de l’obstacle au moment du saut.» On exécute ainsi des sauts de barrière sur la poutre, des sauts à l’appui sur la poutre et des sauts en arrière, des sauts en avant étant assis sur la poutre, etc.
Je n’ai pas besoin de dire, — j’en ai du reste déjà parlé, — que tous les jeux impliquant le saut peuvent rendre des services tout aussi
utiles que ceux que je viens de décrire, à la condition d’être réglementés convenablement et surveillés.
Les sauts ou voltige à la perche ne peuvent être exécutés que par des adolescents. La perche est tenue horizontalement entre les deux mains ; le sauteur, après avoir fait deux ou trois pas de course, appuie à terre le bout inférieur, en le tenant en face devant lui ; en même temps, il donne un appel du pied en avant, soulève le corps en s’aidant des mains appuyées à la perche et sans les laisser glisser, lance les jambes à gauche ou à droite, suivant le sens du saut, puis franchissant, les jambes dans la position horizontale, l’espace voulu, retombe face à la perche, en fléchissant les membres inférieurs, et finalement se redresse en relevant le bout inférieur de la perche.