VI. — Les luttes
Sagement réglementée et pratiquée selon les principes que dictent la prudence et l’urbanité,
la lutte est un jeu de force et d’adresse. Dansles écoles et les gymnases, les exercices de lutte sont simplement des mouvements rythmés dans lesquels un des élèves exerce sur son adversaire une résistance proportionnée à sa force. Ce sont pourtant de véritables luttes, puisque chaque élève cherche à l’emporter sur son adversaire et à lui faire lâcher pied.
Les luttes peuvent se faire avec les mains sans intermédiaire, mais Demeny aime mieux pour les luttes rythmées se servir de barres de bois rigides ou de cordes terminées par des poignées. « Il est indispensable, dit-il, que l’un des élèves oppose à tout moment, à son adversaire, une résistance convenable qui a pour but de susciter chez lui des efforts musculaires énergiques ; mais il faut se garder de brusquer les mouvements ou de les rendre impossibles par une résistance trop considérable. La continuité et l’amplitude dans le mouvement sont indispensables à obtenir. » De plus, on veillera, en faisant exécuter ces exercices, à ce que chaque élève remplisse alternativement le rôle actif et le rôle passif.
Exemples d’exercices de luttes de résistance : Les élèves, face à face, se tiennent le poignet gauche de la main droite, et de la main libre saisissent le poignet droit de leur adversaire. Ils cherchent ensuite à se déplacer mutuellement
par dos efforts dans tous les sens. On variera cet exercice en le faisant exécuter dans la fente en avant, en engageant une main ou les deux mains.
On varie encore ces exercices en les faisant exécuter au moyen de bâtons. Ces bâtons dans la main, les opposants les balancent en avant et en arrière, les bras tendus au-dessus de la tête ou les bras tendus au niveau des hanches, ou bien, au moyen de ces bâtons, ils font, comme dans la prise avec les mains, des efforts pour s’attirer l’un vers l’autre. Ce dernier exercice peut s’exercer avec une corde ou une perche et alors, non seulement deux élèves, mais deux groupes d’élèves peuvent y prendre part et entrer en lutte.
Ce sont là des exercices excellents, à la portée de tous. J’ai vu des passagers s’y livrer sur les bateaux avec un vif plaisir et un réel entrain pour tromper l’ennui des longues traversées. Il faut simplement veiller à ce qu’ils soient exempts de toute brutalité. Les combinaisons auxquelles ils donnent lieu sont extrêmement variées et quelques-unes sont tout à fait divertissantes. Exemple : deux sujets s'accroupissent, on leur lie les pieds, on leur lie les mains derrière le dos, puis on les oppose par les plantes des pieds, et ils cherchent à se renverser. Autre exemple : deux sujets s’as-
seoient par terre, les plantes des pieds opposées, les mains fixées à un court bâton, ils luttent à se soulever de terre l’un l’autre sans que les plantes de leurs pieds se séparent.