I. — Les sports en général. — Inconvénients et utilité
« Il est peu intéressant, écrit G. Demenyr qu’une petite minorité se livre à un travail excessif et acquière un développement athlétique, si les faibles n’ont d’autre bénéfice que de les admirer et les applaudir ». C’est qu'en effet un tel entrainement a beaucoup moins pour objet véritable de contribuer au perfectionnement de l’espèce ou plus simplement à l’amélioration de la santé des sujets qui y sont soumis, qu’à la sélection de quelques sujets extraordinaires qui vaincront dans les assauts, les courses, les matchs, etc., en amusant le public et en flattant la vanité de leurs partisans. Pour atteindre ce but, l’intérêt de tous les sujets de moindre valeur ou de valeur différente est sacrifié, et ceux-là même qui bénéficient le plus de cet entraînement spécial, n’aboutissent ni à une meilleure santé, ni à une vie plus longue ou plus utile.
D’abord les gens de sport, les sportmens, pour parler comme eux un mauvais anglais qui leur semble du meilleur ton, sont rarement de beaux hommes et encore moins des hommes de haute taille. Le travail musculaire excessif abaisse la taille. C’est là un fait qui ressort de
toutes les statistiques. En France, comme ailleurs du reste, la taille varie selon les professions et elle est d’autant plus élevée que le travail musculaire fourni par les individus est moindre. Ainsi chez les libéraux et les privilégiés, la taille moyenne est de lm75, chez les négociants et les boutiquiers elle est de lm72, chez les ouvriers de la campagne de lm7i, chez les artisans des villes de lra69, et chez les ouvriers d’usines et de fabriques de lm67. En somme, la taille de l’homme est d’autant plus haute que le pays qu’il habite est plus riche, que sa nourriture est meilleure, que les fatigues et les privations qu’il éprouve dans l'enfance et la jeunesse sont moins grandes. « En un mot, dit Ph. Sappey (1), l’aisance, et tous les avantages qu’elle porte avec elle, produit les grandes tailles; la misère, et tout son cortège de conséquences fâcheuses, produit les petites tailles. Dans leslocalités où nous voyons d’abondantes récoltes, une riche végétation, des animaux vigoureux, des bestiaux en grand nombre, les hommes ont une taille plus élevée; tandis qu’ils sont petits dans celles où les récoltes sont maigres, les arbres épars et rachitiques, les bestiaux rares et chétifs ». Ce qui revient à dire que dans le premier cas les hommes sont grands parce qu’ils travaillent peu
( 1) Traité d’anatomie descriptive.
et que dans le second cas ils 'sont petits parce qu’ils sont obligés de fournir un travail musculaire considérable.
Le travail musculaire exagéré amène le surmenage qui lui provoque l’épuisement des éléments nerveux auto-intoxiqués par les déchets du travail musculaire. « L’organisme surmené, dit Marfan, fabrique des produits de désassimilation en telle abondance que les organes d’élimination et de destruction, même normaux, seront insuffisants à en débarrasser l’économie, les produits s’accumuleront et une auto-intoxication s’en suivra ». Le surmenage devient ainsi une cause prédisposante de maladie en favorisant l’invasion microbienne de l’organisme.
La plus grande vigueur obtenue par les sports ne préserve pas les professionnels de l’athlétisme des maladies ; ils sont, au contraire, décimés plus que les autres. Les anciens disaient : mauvais soldat comme un athlète, et les grecs avaient déjà remarqué que les athlètes avaient une médiocre endurance à la fatigue. De nos jours, on sait que les affections thoraciques, particulièrement la tuberculose pulmonaire et les maladies du cœur, frappent électivement les vainqueurs des tournois sportifs. Quant à ceux qui évitent ces dangers, ils ne conservent généralement que peu d’années leurs qualités
exceptionnelles, dont les restes ensuite ne leur servent plus à grand chose.
Ainsi force musculaire et résistance aux maladies ne vont pas ensemble et s’excluent même à un certain moment. En effet, le suc musculaire est le meilleur antidote de la tuberculose: on y est d’autant plus prédisposé qu’on a une vie organique plus active. C’est pour cela qu’on devrait pour chaque profession fixer la durée maxima sanitaire.
En résumé, la gymnastique sportive nécessite des efforts considérables pour aboutir à un médiocre résultat. Pourtant elle peut présenter des avantages si on sait choisir les sports auxquels on peut de préférence s’adonner et s’y on sait s’y entrainer sans surmenage.
Si certains sports sont inutiles et dangereux, d’autres peuvent être utiles et salutaires. Il en est qui constituent pour certains individus une connaissance presque nécessaire, comme la natation ou l’équitation ; d’autres sont une récréation, comme l’escrime ou le patinage. Si on s’y adonne avec modération, on pourra en retirer des effets salutaires.
Les sports ont en outre une utilité psychique et morale, si on peut dire. En effet, le sport en général donne du sang-froid, une possession plus complète de soi-même ; il combat la pusillanimité ; il rend plus souple, plus agile, plus
gracieux; il aguerrit à la lutte, accroit la rectitude du coup d’œil et la dextérité des membres. Et puis on éprouve une vive satisfaction à affirmer sa force physique, à exercer sa volonté, à vaincre les difficultés et à triompher des obstacles.
Mais, je l’ai déjà dit, il faut savoir choisir les sports auxquels on doit s’adonner et savoir aussi dans quelle mesure il faut s’y adonner. Si les courses de chevaux ont été instituées pour améliorer la race chevaline et fournir un passe-temps agréable, elles ont eu aussi pour fâcheux résultat l’abus des paris. De même les sports qui, au lieu de donner plus de vigueur à ceux qui les pratiquent, compromettent, par les efforts qu’ils leur imposent, leur santé et quelque fois même leur vie, ne sauraient être encouragés.
Quand on a fait choix d’un sport, il faut encore apprendre à s’y entraîner. Or, au point de vue sport, l’entraînement est l’art d’amener l’homme à un degré de force et de résistance suffisantes pour supporter une épreuve déterminée; au point de vue hygiène, c’est l’art de le mettre en possession de toute l’énergie physique que comporte son tempérament.
L’entraînement n’est donc en somme que la mise en possession des aptitudes physiques réalisables, ce qui se fait par accoutumance.
c’est-à-dire par adaptation graduelle de tous les organes au fonctionnement plus actif qui leur est demandé.
L'entraînement ainsi compris met l’homme à l’abri du surmenage. Avec un peu de bonne volonté on s’entraîne à tout et peu à peu on exécute sans peine ce qui coûtait beaucoup au début. Mais il ne faut pas oublier que l’entraînement ne saurait en aucun cas s’adresser à des être faibles, des valétudinaires ou des enfants . C’est seulement aux adolescents robustes et aux hommes jeunes qu’il convient. Il ne faut pas oublier davantage qu’il ne s’agit pas avec ce procédé de constitutions à fortifier ou à refaire ; il s’agit de qualités acquises à mettre en plein rapport, afin d’en obtenir tout le rendement possible.
Je ne saurais étudier ici tous les sports. Il en est qui ne sont que des marches agrémentées d’un intérêt quelconque, comme la chasse, etc. Je n’en parlerai donc pas. Je me bornerai à passer en revue ceux qui me paraîtront les plus intéressants soit par leur utilité dans la pratique de la vie, soit par leur caractère récréatif.