‹ Précis d'éducation physique moderneChapitre 41 sur 54 · V. — Le tir · texte numérisé non relu

V. — Le tir

J’ai déjà parlé du tir et j’ai montré toute son importance au point de vue de l’éducation de l’œil. C’est encore un sport aussi utile que récréatif.

Tant que nous ne serons pas à l’abri des guerres, tant que les peuples seront à la merci des impulsivités d’un autocrate, il n’est pas indifférent pour un jeune homme de savoir tirer, c’est-à-dire se servir d’un fusil.

Or, il en est du tir comme du reste : pour devenir un bon tireur, il faut apprendre à tirer.

Dans le tir, l’homme a autant et souvent plus d’importance que l’arme. Un bon tireur est mieux armé avec un mauvais fusil qu’un

mauvais tireur avec un bon fusil. Aussi, dit le Commandant J. Dégot (1), « pour faire un bon tireur, il y a un processus physiologique à observer, comme dans tous les actes de la vie humaine, et tout se résume, en dernière analyse, à amener l’homme à faire lui-mème, en suivant une méthode appropriée, l’éducation de ses muscles et de ses nerfs. Le problème du tir n’est au fond qu’un problème physiologique.»

On débute parles exercices d’assouplissement sans les armes: rotation, flexion et extension des bras ; flexion du corps en avant et en arrière, sur les membres inférieurs. Puis on reprend et on varie ces exercices l’arme en mains : mouvement de rotation horizontale du bras droit, mouvements d’élévation et d’abaissement de l’arme soutenue par la main droite et pivotant autour de l’épaule, etc. On apprend ensuite à apprécier les distances, car c’est le complément indispensable de l’adresse dans le tir. On complète ainsi l’éducation de l’œil, de même qu’en apprenant à pointer; et souvent on décèle ainsi chez certains sujets des anomalies visuelles qui jusque là avaient passé inaperçues.

Le tir a de plus une influence morale bien-

( 1) Le tir en temps de paix et en temps de guerre.

faisante et incontestable. Il excite l’enthousiasme des enfants et des adolescents, exalte leur patriotisme, les rend adroits en même temps qu’il leur donne du sang-froid et les éloigne du cabaret et de la tabagie. J’ai connu bien des jeunes gens qui n’hésitaient pas à sacrifier leur paquet de cigarettes du dimanche pour pouvoir aller brûler quelques cartouches à l’école de tir.

Enfin, si l’on se place au point de vue militaire, l’importance du tir s’élargit. Il ne faut pas croire que l’enfant à qui on aura appris à tirer avec précision et sang-froid n’en conservera aucun souvenir quand il aura endossé l’uniforme militaire. Il ne sera un bon tireur devant l’ennemi que s’il a été un bon tireur dès son enfance. Sur le champ de bataille, la plupart des soldats ne visent pas: ils lâchent leurs coups de fusil avec une précipitation telle qu’ils prennent à peine le temps d’épauler et que la majorité des balles ne portent pas. Seule une longue habitude du mouvement du fusil permettra de lutter contre cet affolement. Il faut que le soldat vise presque instinctivement, comme le vieux chasseur, et il en arrivera là d’autant plus sûrement qu’il aura appris à tirer plus jeune.

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