VII. — La bicyclette
Chacun sait qu’il est plus facile de rouler un chariot que de le porter sur ses épaules. L’homme est à lui-même son propre fardeau ; s'il marche, il se porte ; s’il est monté sur un bicycle, il se roule. Telle est la théorie du bicycle et son utilité, ainsi comprise, est indiscutable. Mais nous devons ici nous placer à un autre point de vue: celui de l’hygiène. L’usage de la bicyclette est-il bon ou mauvais ?
Les avis sont partagés. Les uns déclarent que la bicyclette est un exercice excellent pour tous, recommandable dans tous les cas. Les autres, au contraire, condamnent absolument ce sport. A mon humble avis, il présente des inconvénients au moins égaux à ses avantages.
Regardons d’abord les bicyclistes qui sillonnent nos rues. Courbés en deux sur leur machine, le dos arrondi, la poitrine contractée et comme étranglée, leur attitude simiesque ne saurait se comparer à la noble et hautaine allure du cavalier. Quand ils en descendent, ils conservent cette attitude cassée et affaissée. Aussi les déformations de la colonne vertébrale ne sont pas rares chez les personnes qui s’adonnent cà ce sport. Quant aux mauvaises
attitudes, elles en sont la conséquence presque inévitable.
L’influence du sport vélocipédique sur le cœur a été non moins vivement incriminée. 11 est certain que l'usage un peu prolongé de la bicyclette amène facilement la dilatation du cœur, sans compter les symptômes très fréquents d’irritabilité cardiaque. C’est donc un exercice qui ne convient guère aux enfants ni aux vieillards.
L’appareil respiratoire est plutôt heureusement influencé en général. Le champ respiratoire est augmenté de même que l’absorption d’oxygène.
Le système musculaire retire des avantages sérieux et incontestable de l’usage de la bicyclette. Les muscles de la jambe en particulier prennent un développement considérable, mais pas absolument au détriment des muscles des autiœs parties du corps. Les muscles pelviens, les sacro-lombaires et les dorsaux sont également constamment en travail pour maintenir l’équilibre. Les muscles du bras sont utilisés quand on monte une côte ou qu’on lance la bicyclette à toute vitesse.
Pour certains névropathes, c’est manifestement un sport très sain en raison du vigoureux dérivatif qu’il donne à la sphère motrice.
Lucas Championnière va même jusqu’à con-
seiller la bicyclette aux hernieux et il assure connaître quelques individus qui ont vu leur hernie disparaître après quelques mois de cet exercice. Je veux bienle croire ; mais, si j’avais une hernie, je ne monterais pas à bicyclette, non par prévention ou préjugé, mais parce que, si Lucas Championnière en a vu quelques uns améliorer leur état par ce procédé, j’en ai vu un grand nombre l’aggraver et pour cette raison être obligés d’abandonner un sport favori.
Je crois également que la bicyclette est un mauvais exercice pour la femme et qu’il provoque fréquemment des désordres utérins. Leriot, de Nice, croit au contraire que l’usage modéré de la bicyclette peut agir dans les affections utérines comme une gymnastique décongestionnante. Je ne partage pas son avis. Si on a pu observer quelques cas heureux, mais très particuliers, j’ai toujours vu les femmes souffrant de l’utérus ou de ses annexes, aggraver leur état par les promenades à bicyclette. Il est démontré, et c’est un fait d’observation journalière, que le meilleur traitement de ces aifections, est le repos aussi complet que possible. J’ai vu dernièrement une femme qui souffrait d’une métrite purulente depuis cinq ans, en guérir spontanément à la suite d’une fièvre typhoïde qui la maintint deux mois au lit.
« Si ce n’était le risque de chute lorsque la femme devient lourde, écrit J. -Lucas Champion nière (1), la bicyclette, doucement pratiquée, pourrait rendre de véritables services au cours de la grossesse, car il s’agit d’un mode de progression en lui-même infiniment moins fatiguant que la marche ». J’ai vu, pour ma part, trop de fausses-couches et d’avortements dus manifestement à l’usage même modéré de la bicyclette, pour oser donner un pareil conseil aux femmes enceintes. Je ferais, au contraire, tout mon possible pour les en détourner. Je donnerais le même conseil aux femmes pendant leurs périodes menstruelles. Cette nécessité du repos pendant la grossesse et la menstruation est une règle d’hygiène fort ancienne, puisque la Bible et le Coran l’imposent aux femmes en les déclarant impures et en leur interdisant de sortir de la tente. Or Moïse et Mahomet étaient très soucieux des choses de l’hygiène.