VIII. — La natation
La natation est un exercice non seulement hygiénique et salutaire, mais encore d’une
(1) Journal de médecine et de chirurgie pratiques.
grande utilité, car elle accroit nos moyens de défense. Elle nous permet, en effet, de nous mouvoir dans un élément nouveau, de traverser sans danger fleuves et rivières, et au besoin de secourir des personnes en danger de se noyer.
L’animal, par suite de la position horizontale de son corps, nage en quelque sorte d'instinct. Mais l’homme, lui, est obligé do prendre une position contraire à ses instincts ; déplus, comme sa tête est dans la direction du corps, il est obligé de la rejeter en arrière pour la faire émerger du liquide.
Aussi, pour arriver à nager, l’homme.a besoin d'un apprentissage, d’une éducation spéciale, car la natation exige des mouvements très variés, des efforts d’équilibre qui l’amènent à triompher de la petite différence qui existe entre la pesanteur spécifique de son corps et celle d’un volume d’eau égal au sien. Pour obtenir ce résultat, il faut des mouvements puissants des membres, des inspirations rares et profondes, et une action régulière des muscles. Le corps progresse ainsi par un mouvement d’extension qui, parti des jambes, se propage aux cuisses, au rachis et aux membres supérieurs. Il faut de plus arriver à faire émerger, comme je viens de le dire, la tête, la partie la plus lourde, mais qui comprend justement les
orifices des voies aériennes, la bouche et les fosses nasales.
Donc le mécanisme locomoteur dans l'eau consiste à placer d’abord les membres en flexion; les talons sont rapprochés le plus possible des fesses, la pointe des pieds tournée en dehors ; les mains, rapprochées l’une de l'autre du côté de leur face palmaire, sont ramenées en avant près de la poitrine, presque au niveau du menton. Le nageur étend ensuite ses membres par un mouvement rapide au cours duquel les mains s'allongent suivant leur tranche pour offrir la moindre résistance possible, et les pieds frappent l’eau par leur face plantaire, tandis que les cuisses et les jambes s'écartent plus obliquement. Le corps est ainsi porté en avant et légèrement élevé. Puis, au mouvement d’extension succède le mouvement de flexion, qui doit replacer les membresdans leur position initiale; ce mouvement doit être moins brusque que le précédent : les pieds sont repliés et rapprochés des cuisses, et les mains décrivent une courbe pour se rapprocher l’une de l’autre, tout en frappant sur l'eau de haut en bas, en agissant à la façon de véritables rames. Le corps se trouve ainsi soutenu à l’aide des bras, et subit une impulsion horizontale de la part des membres inférieurs ; ces mouvements sont encore fortifiés grâce à l’extension de la colonne vertébrale.
Ce procédé de natation, dit procédé de natation en brasse, est le plus usité. C’est aussi le plus hygiénique, car il fait intervenir l'action d’un très grand nombre de muscles.
Or, avons-nous dit, l’homme ne sait nager que quand il a appris.
Tout le monde à peu près est d’accord pour exercer en premier lieu l’élève sur terre, en lui enseignant ainsi à bien exécuter les mouvements qu’il devra faire une fois plongé dans l’eau.
On apprend d’abord et très facilement les mouvements des bras. Puis, pour bien enseigner les mouvements des jambes qui présentent plus de difficulté, on place l’élève sur un banc ou mieux sur le chevalet, sorte de grand pliant qui lui permet de s’étendre, les bras et les jambes restant libres pour l’exécution des mouvements voulus. Plus tard l’élève répète ces mêmes mouvements dans une eau peu profonde, conseillé et aidé par un maître nageur.
« La natation, écrit L. Hahn, est un sport éminemment salutaire, aussi bien au point de vue moral qu’au point de vue physique. On a reconnu qu’elle était une excellente distraction pour la jeunesse, et qu’elle constituait un effet gymnastique ajouté aux effets déjà favorables du bain. Elle a une influence sédative sur le système nerveux. Elle augmente surtout la puissance des muscles, dont elle favorise d’une
façon remarquable le développement, grâce aux mouvements énergiques et réguliers qu’elle nécessite. Loin de déformer le corps, elle maintient la bonne harmonie de ses proportions. De plus, elle provoque l’agrandissement et l'extension de la poitrine, par suite delà traction exercée par les bras sur la cavité thoracique, et des inspirations profondes qu'elle exige constamment du nageur, pour lui permettre de se maintenir à la surface. Enfin elle exerce aussi une influence considérable sur les grandes fonctions de l'économie: respiration, digestion, nutrition, circulation et innervation ». Ajoutons que les mouvements se produisant dans un milieu froid et dense, il n’y a point de perte par la transpiration.
Les nageurs ou apprentis nageurs qui ne se livrent à ce sport qu’au point de vue hygiénique, ne doivent point se départir de certaines règles que recommande l’hygiène elle-même. Ainsi il est prudent de ne pas entrer dans l’eau progressivement, mais d’un seul coup. On évite ainsi que le sang se porte à la tète. Enfin il en est de ce sport comme de tous les autres : il ne faut pas d’abus ni de surmenage. Quand le nageur éprouve la sensation de refroidissement, d’engourdissement ou de simple fatigue, il doit immédiatement sortir de l’eau.