III. — Les troubles respiratoires
J’ai déjà insisté, dans un autre chapitre, sur l’importance de la gymnastique respiratoire et sur ses heureux effet au point de vue prophy-
lactique, spécialement contre la tuberculose. On peut, en thérapeutique, lui demander plus et mieux.
Supposons un individu dont le rythme respiratoire a été troublé pendant un temps plus ou moins prolongé. Tantôt c’est la douleur consécutive à une fracture de côtes, à une pleurésie, tantôt c’est un obstacle à l’entrée de l’air par suite de tumeurs adénoïdes, de pneumonie, qui ont provoqué une adynamie prolongée et une paresse musculaire consécutive. Sous l’influence de ces causes, le malade oublie plus ou moins le fonctionnement d’un mécanisme normal qu’il a cessé d’exercer d’une façon suffisante.
Or, comment réveiller les rouages de ce mécanisme moteur oublié ?
On pourra d’abord avoir recours aux exercices respiratoires préconisés par Dérué et Laurent et que j’ai indiqués à leur place. On apprend à l’enfant à respirer : on réapprendra la même chose au convalescent.
Pourtant ces exercices ne sont pas suffisants dans tous les cas et ne répondent pas à toutes les nécessités. On est souvent obligé de recourir à d’autres moyens. « Si le diaphragme ne semble pas se contracter avec assez d’énergie, dit Conte t (1), on lui fait reprendre cette
(1) Les méthodes de rééducation en thérapeutique.
habitude en exerçant le malade à pousser et à maintenir cette attitude pendant un temps le plus long possible. Il exécute toute une série de mouvements spéciaux, tels que, ayant les bras étendus horizontalement en avant, les ramener verticalement le long de la tête, faire une respiration profonde, ramener les bras à la position initiale, faire une expiration ; mêmes mouvements dans le plan latéral ; mouvements de natation exécutés dans la position debout ou sur un tabouret ; tenant de chaque main une des •extrémités d’une canne, porter celle-ci horizontalement au-dessus de la tête, l’abaisser derrière les lombes et revenir à la position initiale. Dans tous ces exercices, la respiration doit se faire par voie nasale ».
On peut encore conseiller des exercices élémentaires de chant, comme tenir une note grave ou une note aiguë, des exercices d'intonation et de déclamation à haute voix, etc.
D’ailleurs tous ces exercices, ainsi que le fait justement remarquer Contet, échappent à toute codification et doivent être absolument variés de manière à s’adapter spécialement à chaque cas particulier. « Il y a là une affaire de sens clinique et de connaissances physiologiques relatives à l’état normal et dans les conditions pathologiques ».
Il n’est pas jusqu’à l’asthme qu’on ait essayé
Je combattre par des exercices respiratoires spéciaux. Sœnger, qui a préconisé cette méthode, se base sur les données suivantes: selon lui, le malade a de la dyspnée parce que son poumon est distendu et sa cage thoracique immobilisée ; et les inspirations profondes, auxquelles le pousse le besoin d’air, aggravent la dyspnée en augmentant la distension des poumons et en immobilisant davantage le thorax ; il s’agirait donc d’une sorte d’ataxie passagère de l’appareil respiratoire que Sœnger croit logique de combattre par des méthodes analogues à celles que l’on emploie dans les autres cas d’incoordination motrice. Voici comment il propose de procéder. Après avoir calmé et rassuré le malade, on lui dit que les respirations profondes qu’il fait instinctivement sont inutiles et même dangereuses, puis on l’invite à effectuer des respirations lentes, superficielles, en comptant à haute voix, de façon à mieux régler les intervalles (par exemple, le malade comptera i, 2, 3, 4, fera une respiration, reprendra son compte jusqu’à 10, respirera à nouveau, etc. ; ce rythme n’a d’ailleurs rien de fixe et tel malade peut aller jusqu’à 8, 9 ou 10 avant de faire une respiration, alors que tel autre ne peut dépasser 4) ; dans ces conditions l’accès cesserait rapidement.
Pour empêcher le retour des accès, Sœnger
procède d’une manière analogue, et un des premiers signes de l’amélioration produite serait une augmentation de la capacité respiratoire, telle qu’un asthmatique, qui était obligé, au début, de faire une inspiration après avoir compté jusqu’à 4 ou 6, arriverait, au bout de quelques jours d'exercices, à ne faire une inspiration qu’ après avoir compté jusqu’à 16, 18 ou 20. La névrose alors ne tarderait pas à être jugulée d’une façon définitive.