IV. — Les affections du système nerveux
L’exercice et la gymnastique trouvent aussi des indications nombreuses dans les maladies du système nerveux.
« D’une manière générale, dit Gollineau (1), quelle est la caractéristique des névroses ? L’atonie ici, l’excitation là. Or, stimulant par excellence des fonctions organiques, l’exercice musculaire est aussi, par excellence, modérateur de l’excitabilité. Il est donc rationnel, dans la thérapeulique des névroses, de solliciter avec insistance l’activité du corps ».
L’expérience a démontré que les exercices corporels ont une influence presque toujours heureuse sur les idiots et les imbéciles. Ils coor-
(1) Gymnastique.
donnent leurs mouvements, améliorent leur tenue, et ces résultats ont un retentissement manifeste sur leur intelligence. « Tout, dit Delasiauve (1), s’en ressent: l’animation, l’attitude, la souplesse, la dignité, la santé, les mœurs. C’est que, dans l’éducation des infortunés frappés dans les plus nobles attributs de l’humanité, l’action physique usurpe un rang prédominant ; c’est d’elle que naissent les idées, l’élaboration intellectuelle ».
Dans la chorée, la gymnastique peut arriver à faire reprendre à la volonté son empire sur l’action désordonnée des muscles. « Plus puissante que tous les autres moyens, dit Pichery (2) , elle n’a aucun de leurs inconvénients. Sa supériorité sous ce] rapport a été expérimentalement établie dans les hôpitaux d’enfants ». Il faut avoir recours à des mouvements simples et cadencés (position verticale, flexion et extension des bras, balancement régulier du corps, etc.). Pour soutenir l’attention et faciliter la régularisation des mouvements, on trouvera dans les chants rythmés un auxiliaire utile.
Les exercices physiques constituent encore un excellent dérivatif dans l’hystérie, l’épilepsie, l’hypocondrie.
(1) Journal de médecine mentale. III.
(2) Gymnastique de l'opposant.
Tissié affirme que les exercices de gymnastique à mains libres donnent d’excellents résultats contre la céphalée congestive, surtout celle qui résulte de la fatigue intellectuelle. Cela s’explique facilement: l’ensemble des mouvements amène un déplacement du sang vers la cage thoracique et les membres inférieurs. Malgré sa simplicité, le procédé n’en constitue pas moins une thérapeutique déplétive de premier ordre.
On peut même obtenir des résultats dans les maladies nerveuses à lésions et arriver par un exercice méthodique à une sorte de rééducation fonctionnelle.
Prenons un individu atteint d’une paralysie quelconque, d'hémiplégie, par exemple. La contractilité des muscles est abolie ou diminuée considéralement, soit qu’ils se trouvent altérés dans leur structure propre, soit qu’une lésion anatomique siégeant en un point quelconque du système nerveux entrave la transmission de l’impression motrice, c’est-à-dire de la volonté ou de la réflexion d’impressions sensitives, selon les circonstances.
Il semble, en conséquence, que la seule thérapeutique efficace possible serait celle qui aurait pour effet d’amener la restitutio ad integrum de tous les organes présidant à un titre quelconque à l’accomplissement des actes mo-
teurs. Or, cela est impossible dans l’état actuel de nos connaissances. Pourtant, comme le fait remarquer Contet à qui j’emprunte ces détails, on note des suppléances naturelles instinctivement mises en jeu pour pallier les troubles fonctionnels produits par les lésions anatomiques. C’est ainsi que l’hémiplégique arrive à marcher en inclinant le tronc tout entier du côté sain et en le faisant pivoter de façon à entraîner le membre paralysé inerte en haut, puis à le rejeter en avant. De plus, tel muscle que l’on ne peut faire contracter seul, se met en mouvement si le sujet meut en même temps un autre système musculaire, et ce phénomène de synergie est d’autant plus prononcé qu’il s’agit de muscles symétriques. Si, au lieu de considérer l’accomplissement de mouvements systématisés, on examine l’état de la contractilité volontaire des muscles séparément, on trouve que la paralysie est bien moins étendue qu’on le croyait à première vue. Enfin, Meige a noté que souvent l’hémiplégique ne se sert plus de ses membres moins par impotence fonctionnelle absolue que par amnésie motrice. « Il fait agir, dit-il, les muscles en question, mais sans but; il ne sait plus les utiliser en vue d’un acte fonctionnel déterminé. S’étant trouvé quelque temps incapable réellement d’exécuter un acte, puis, plus tard, n’arrivant pas à l’exécuter correctement
du premier coup, il en conclut qu’il ne pourra plus désormais y réussir. Il renonce, dès lors, à toute tentative. A l’amnésie motrice s’ajoute l’aboulie motrice ».
En se basant sur ces données, on se rend compte facilement des indications théra peutiques : il faudra développer les suppléances, perfectionner et réglementer les synergies, réveiller les images motrices négligées, modifier le psychisme dans un sens optimiste. Quant aux moyens à employer, ils se résument à trois : massage doux d’abord, ensuite mouvements passifs, enfin mouvements actifs fractionnés.
Par des procédés analogues, Hartenberg (1) a pu obtenir une amélioration fonctionnelle très sensible et d’une certaine durée dans la sclérose en plaque et ce en combattant les symptômes principaux par une sorte de gymnastique rééducative. Il s’attaque d’abord à la contracture des muscles de la jambe et fait exécuter au malade des exercices réguliers de marche dans le but de lui apprendre à maîtriser ses muscles. Il le prend par la main et, le soutenant, il l’engage à marcher, soulevant les genoux et les pieds suivant un rythme très régulier. 11 lui fait poser les pieds à terre avec
(1) Revue de psychologie clinique et thérapeutique ,
assurance et prendre un point d’appui solide. En même temps, il lui défend de laisser traîner son pied gauche à terre, lui apprenant à se surveiller, et à le soulever convenablement à chaque pas. Pour vaincre le vertige, il fait franchir au malade, en le soutenant, un espace vide de plus en plus étendu et, au bout de quelque temps, le malade réussit à le franchir seul. Puis il lui fait monter et descendre des marches, détruisant ainsi un à un les symptômes fonctionnels de la maladie : contracture, titubation, vertige, émotivité, nystagmus.
Ces quelques exemples montrent quels résultats on peut obtenir, dans la cure des maladies nerveuses, de l’emploi méthodique et raisonné de l’exercice et de la gymnastique. Je ne puis naturellement donner des règles générales pour l’application de ce traitement, car les indications varient avec chaque cas particulier. C’est le sens clinique du médecin qui doit le guider. J’ai simplement voulu montrer la voie dans laquelle il doit s’engager et quels effets il peut espérer.