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V. — Les tics

Meige et Feindel ont démontré que la genèse des tics réside le plus souvent dans une exci-

tation quelconque à un geste qui, d’abord volontaire, devient ensuite involontaire par la répétition du même mouvement. Les tics sont donc le plus souvent le résultat de mauvaises habitudes qu’ont laissé prendre les parents ou les éducateurs, de gestes incorrects et sans but qu’on a laissé se répéter sans rien faire pour les rectifier. Le tiqueur est en somme un individu qui n’a pas pris l’habitude de contrôler ses actes, de les mesurer et de les proportionne^ à leur but, de refréner ce qu’il peuvent avoir de déplacé et d’exubérant.

Aussi, toute tentative de thérapeutique, au moyen d’appareils d’immobilisation, ne peut réussir. C’est, au contraire, à l’exercice et à une gymnastique spéciale qu’on doit avoir recours, en faisant exécuter aux muscles atteints de convulsions des mouvements commandés, et ce d’une façon régulière, en suivant une mesure que donne, par exemple, le balancier d’un horloge. Brissau complète cette pratique par des exercices d’immohilité complète et de plus en plus prolongée.

Pitres arrive au même but en disciplinant le jeu de la respiration, car il est d’observation constante que le tic s’atténue considérablement et même disparait quand le rythme respiratoire devient régulier et profond. Les fakirs de l’Inde, lors de l’éducation spéciale qu’ils s’im-

posent pour arriver à dominer complètement le jeu de leurs fonctions organiques, attachent à cette gymnastique une importance de premier ordre.

Pour arriver à la discipline des mouvements respiratoires, qui est le but et la base de cette méthode, dit Contet, on fait placer le sujet droit contre un mur, les talons joints, et on lui commande de réciter à haute voix, pendant deux ou trois minutes, une fable quelconque, en s’arrêtant tous les deux ou trois vers pour faire une inspiration profonde suivie d’une expiration lente ; ensuite, on lui fait faire pendant quelques minutes des mouvements d’inspiration et d’expiration accompagnés de mouvements des bras. L’immobilisation des mouvements, toujours d’après Contet, consiste à faire garder au tiqueur l’immobilité absolue pendant un temps aussi long que possible et progressivement accru (une, puis plusieurs secondes, puis cinq et même six minutes, mais en ayant soin de ne jamais arriver à produire la sensation do fatigue). Au début, l’attitude imposée sera celle dans laquelle le tic se produit le moins facilement, par exemple la position horizontale, ou bien simplement assis, la tête appuyée contre un support ou soutenue par une main. Puis, quand de notables progrès auront été obtenus, l’immobilisation des parties

atteintes devra être conservées pendant que d’autres parties du corps seront en mouvement, par exemple, pendant que les membres inférieurs exécuteront au commandement des mouvements simples de flexion et d’extension. On fera ensuite exécuter, par les muscles de la région atteinte, des mouvements faits avec lenteur, régularité, correction, et au commandement. Par exemple, pour un tic de clignement, on fera ouvrir et fermer la bouche, faire une lecture lente et scandée, etc.

Tel est le principe de la méthode ; mais les exercices peuvent être variés presque à l’infini, de manière à s’adapter à chaque cas particulier. Toutefois, il faut veiller à ne jamais fatiguer l’attention ni la bonne volonté du sujet.

Le plus souvent, le bégaiement, dans ses différentes formes, n’est qu’un tic élocutoire. On pourra donc recourir à la même méthode de gymnastique.

« La formule générale des exercices, dit Contet, est d'habituer le sujet en traitement à faire succéder, d’une façon rythmée, des inspirations et des expirations lentes, profondes, méthodiques, séparées par des temps de repos. Ces exercices sont d'abord exécutés à blanc ; ensuite, on fait intervenir le jeu de la glotte, successivement sous forme de contraction lé-

gère, en faisant pousser de simples soupirs, puis en faisant émettre les différentes voyelles. Plus tard interviendront toutes les autres parties de l'appareil phonatoire avec l’articulation des consonnes.

« Quand le sujet est parvenu à exécuter tous ces exercices avec perfection, il arrive à la prononciation des syllabes et enfin à celle des voyelles dont il s’attache à bien détacher les parties, sans toutefois les scander. Ces articulations seront d’abord faites avec lenteur, puis à une allure se rapprochant de plus en plus de la normale ».

On procède d’une façon analogue pour les cas de blésité, de zézaiement, etc.

H. Aimé, de Nancy, a également guéri, par ce même procédé d’exercice et d’entraînement, un jeune homme atteint depuis des années d’un tic élocutoire fort gênant : dès qu’il voulait émettre une syllabe, la gorge se serrait, les lèvres ’se contractaient et des secousses spasmodiques dans les muscles du cou, de l’épaule et du bras faisaient alternativement hocher et tourner la tête, haussaient et secouaient cinq à six fois de suite le membre supérieur droit ; les yeux devenaient hagards ; cela durait environ une demi minute ; puis, après quelques trémulations des lèvres, le mot à dire s’ébauchait et explosait ; la parole alors était retrouvée.

Aimé commença par lui faire réciter lentement les lettres de l’alphabet, en lui commandant de respirer largement et lentement aussitôt qu’il sentait que le tic allait se produire, et de garder la bouche ouverte jusqu’à ce que la constriction initiale des muscles du voile du palais eut cessé. Au bout de quelques jours, le sujet pouvait arrêter à volonté l’explosion de son tic. Et, après un entraînement de quelques •semaines, il en était complètement débarrassé.

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