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gilets ni caleçons de drap ou de flanelle. Le second traîne à sa remorque plusieurs valises contenant des vêtements de rechange appropriés à chaque climat, de l’alpaga et de la flanelle, du drap et du coutil. Ils arrivent à La Havane où ils ont très chaud. Puis ils gagnent le Mexique, et cuisent à Yeracruz ; mais, arrivés sur le plateau de Mexico, la fraîcheur des hautes altitudes se fait sentir et les nuits sont presque froides. Le premier se promène à toute heure, à midi comme au crépuscule, avec son complet printanier. L’autre change de costume au moins deux fois par jour, suivant les variations de la température. Mais l’homme le plus précautionneux finit toujours par se trouver un moment ou l’autre en défaut. C’est ce qui arriva pour notre voyageur: un soir qu’il avait oublié sa flanelle ou son foulard, il prit un coryza qu’il promena pendant près d’un mois à travers le Mexique. Après, nos voyageurs s’en viennent à la Nouvelle-Orléans où ils ont à nouveau très chaud, puis à New- York où ils trouvent une température sibérienne et plus d’un pied de neige dans les rues. Le premier grelotte sous sa mince pelure, mais il débarque au Havre sans incident ; l’autre rapporte une bronchite dont il met plusieurs mois à se débarrasser.
Il faut habituer les enfants à la dure.
Pas trop de vêtements et surtout pas de vêtements trop chauds. Les flanelles, les tricots de laine, les cache-nez, les foulards ne peuvent que mettre en état de moindre résistance ceux qui les portent. Comparez ce gamin à peine vêtu qui court dans la rue, un jour d’hiver, à ce petit bourgeois engoncé, ficelé dans ses vêtements comme un saucisson : le premier se moque du froid comme du chaud, de la pluie comme du vent, le second est incapable de résister à la moindre intempérie. « Endurcissez vos enfants à la sueur et au froid, au vent, au soleil, et aux hasards qu’il lui faut mépriser, disait Montaigne (1). Otez-lui mollesse et délicatesse au vêtir et au coucher, au manger et au boire ; accoutumez-le à tout ; que ce ne soit pas un beau garçon et dameret, mais un garçon vert et vigoureux » .
Cette rudesse, contrairement à ce qu’on pourrait croire, engendre la vigueur et la santé. .Comparez la plante d’appartement qu’on maintient à une température uniforme à celle qui vit en plein air : celle-ci résiste à tout ; celle-là est d’une sensibilité maladive : une brise la flétrit.
« Une température toujours uniforme, dit F. Lagrange (2), est pour la peau ce que serait
(1) Essais, I, xxv.
(2) L’hygiène de l’exercice.
pour les muscles le repos forcé, c’est-à-dire une sorte de torpeur et d’engourdissement. C’est pour cela que les climats où il n’y a pas d’écarts de température ne conviennent qu’aux valétudinaires : l’homme vigoureux y perd ses forces et s’y amollit. C’est en sortant par tous les temps que les hommes à vie rustique acquièrent une véritable immunité pour les refroidissements. Leur peau, obligée de réagir souvent, est devenue plus musculeuse et plus énergique, tout en devenant moins nerveuse et moins impressionnable ; car, par l’accoutumance, tout ce qui est sensation s’émousse et diminue, tout ce qui est en action se développe et se fortifie ».
Ce n’est pas tout. Le toucher est aussi un sens actif et sa culture doit comprendre l’éducation de la main. Il est mille moyens pour apprendre à l’enfant à se servir de ses mains. Voyez, par exemple, comment Bourneviile procède avec les idiots. Il apprend à l’enfant à boutonner en se servant de deux bandes de drap, l’une percée de larges boutonnières, l’autre munie de gros boutons ; à lacer, au moyen d’une bottine dont les oeillères ont près d’un centimètre de diamètre et sont alternativement entourées de cuir rouge et bleu pour indiquer à l’enfant le chemin qu’il doit faire suivre à deux cordons rouge et bleu ; à nouer,
à l’aide d’une planchette sur laquelle sont disposés des cordons de plusieurs couleurs.
L’enfant prend ainsi conscience de lui-même, de la valeur de ses organes. Il en est fier et joyeux. J’ai entendu des gamins de deux ou trois ans dire avec orgueil à leur mère : je sais boutonner mes culottes, je sais lacer mes souliers; j’ai appris à l’école. Ils sentaient leur supériorité sur le petit camarade sortant des cabinets en laissant traîner ses chausses sur ses talons, et qu’il faut culotter et déculotter.
C’est aux maîtresses d’écoles maternelles et aussi aux mères qu’il appartient de s’ingénier pour éduquer de bonne heure et le plus vite possible la main de l’enfant, lui apprendre à s’en servir pour boire, manger, se vêtir, se peigner, se moucher, pisser, en somme pour tous les premiers besoins et les premières nécessités de la vie. J’ai vu des gamins de cinq à six ans dont la mère était obligéejd 'ouvrir la braguette, sortir le mannekenpiss, puis, l’opération faite, l’essuyer, le remettre en place et reboutonner le pantalon. C’est absurde, car il n’est nullement difficile avec un peu de patience à apprendre à un enfant à procéder lui-même aces petites opérations . Et ainsi du reste.
Dans les écoles maternelles on fait faire aux enfants de petits exercices de pliage, de tressage, des combinaisons en laines de couleur sur le
papier et le canevas. C’est parfait. On ne saurait trop tôt apprendre à un enfant l’adresse et l’agilité de la main.
L’éducation du toucher comprend encore l’apprentissage des métiers et des arts, mais quand l’enfant sera en état de le faire avec fruit, c’est-à-dire vers huit à dix ans. « Cultivons les aptitudes de la main, tout en travaillant au développement du corps et de l’intelligence, dit J. Chaumeil (1). L’établi dans l’école n’est pas une conception hasardée ; c’est une idée découlant des principes les plus certains de la psychologie ». Oui, c’est bien là le but qu’on s’est proposé en introduisant le travail manuel dans les écoles. « L’enseignement du travail manuel ne doit pas être à l’école primaire, dit G. Compayré (2), un commencement d’apprentissage professionnel: il doit conserver son caractère éducatif : il doit préparer à tous les métiers, non à un métier déterminé, et, pour cela, habituer les enfants au maniement des outils, exercer par une sorte de gymnastique appropriée la justesse du coup d’œil et la dextérité de la main. En ce sens, le travail manuel est véritablement un élément pédagogique, c’est-à-dire un moyen d’éducation générale ».
(1) Pédagogie psychologique.
(2) Organisation pedagogique.
Je reviendrai du reste sur cette importante question dans un autre chapitre.