V. — Éducation de l’odorat
Il 11e faut pas croire que toutes les personnes perçoivent les odeurs de la môme façon. Si l’odorat est très développé chez les uns, il est très obtus chez d’autres. Cette délicatesse de l’odorat peut môme, chez certains individus, des femmes surtout, prendre une forme morbide.
Pour ces deux raisons, il faut éduquer l'odorat comme les autres sens. Il est mille moyens charmants pour apprendre aux enfants à diagnostiquer les odeurs et les parfums. J’ai vu, dans une école de Rangoon, en Birmanie, des petites Chinoises se bander les yeux à tour de rôle et s’amuser à reconnaître rien qu'au parfum les fleurs qu’on leur présentait. C'était un jeu d’une grâce charmante.
On peut aussi apprendre aux enfants à
reconnaître l’odeur du vinaigre, du vin, de l’alcool, de l’anis, de l’ammoniaque, etc. On procède ensuite avec des odeurs moins violentes et on arrive peu à peu à faire percevoir et reconnaître les parfums les plus ténus.
Un individu normalement doué doit pouvoir, en entrant dans une chambre, se rendre compte si on y a fumé ou s’il y a un vase de fleurs odorantes sur la cheminée et quelles fleurs. J’ai connu des gens intelligents et instruits qui ne savaient guère distinguer que deux variétés d’odeurs : les bonnes et les mauvaises. C’est insuffisant, et cela peut devenir une cause d’infériorité sociale. Les sensations sont en effet moins variées et moins intenses. Placez deux hommes dans un jardin, un matin de printemps: l’un dit simplement : ça sent bon, et il hume avec joie Pair embaumé ; l’autre analyse : il reconnaît l’odeur ténue des résédas, celle plus pénétrante des roses, le parfum discret des violettes, la fragrance des jacinthes et des narcisses. Le premier sent comme un animalh il n’a qu’une sensation d’ensemble, agréable; le second, au contraire, a une foule de sensations fines et distinctes, délicates et agréables.
J’ai dit que chez certains individus l’odorat acquérait une délicatesse maladive. Il provoque alors des réactions extrêmement désagréables.
J’ai vu des femmes incommodées en présence d’un bouquet de roses ou de lys, avoir mal à la tête, avoir des vapeurs. Il est des personnes qui sont prises du mal de mer quand, au coin d’une haie, elles rencontrent une de ces sentinelles qui fument et ne crachent pas. Il faut leur apprendre à lutter et à réagir contre ces phénomènes. Il faut surtout bien les convaincre qu’avec un peu de volonté elles peuvent résister. En les débarrassant de bonne heure de ces réactions pénibles, vous leur rendrez un service considérable et qu’elles pourront apprécier presque quotidiennement au cours de la vie.
Chez l’enfant, chez les petites filles surtout, il faut combattre par tous les moyens, par la persuasion, par la suggestion même, cette tendance aux réactions sensorielles exagérées. Quand on fait percevoir une odeur désagréable à un enfant, il faut simplement lui faire remarquer qu’elle impressionne péniblement l’odorat, mais ne témoigner aucune répulsion ou répugnance. Il ne faut pas que l’impression pénible gagne l’être tout entier. Les sensations agréables que donnent certaines odeurs et les parfums sont une source de jouissances et partant de bonheur dans la vie. On ne saurait trop apprendre à les connaître et à les apprécier. Mais il ne faut pas que les odeurs désagréables
soient une source de maux et de douleurs : elles doivent rester indifférentes ; on ne les désire point, mais elles ne doivent pas non plus neutraliser les effets heureux des bonnes.
C’est dans ce double sens qu’il faut éduquer l’odorat de l’enfant: perfection de l’organe, résistance aux sensations et impressions désagréables.