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velles qu'elle ne le fat naguère, et Fâme de ses auditeurs devenus lecteurs, n*est plus ouverte à ces grandes impressions que formaient Fimmensité du lieu , le grandiose de la scène, la solennité inséparable de cette audience donnée par toute une assemblée à un homme.
L'enthousiasme Féclat, l'élan rapide, T^ffervescence des idées , ne sont plus ici de saison. U faut bannir les pensées ambitieuses et gigantesques, les mouvemens impétueux et brusques, les appels aux passions.
C'est donc au choix, au développement et à la disposition des preuves d'une part, et de l'autre à l'élégance du style, qu'il faut surtout donner ses soins. Par l'un on portera la conviction dans l'âme du lecteur, par l'autre on flattera son oreille , et on le dis-* posera à la persuasion par l'intermédiaire du plaisir.
Ces preuves seroly^ commis 'celles de& harangues délibératives «ou judiciaires, tirées ou des raisonneméns, ou des lois, des exemples , etc. On les amènera , on les exposera , on conclura de la même manière. Pour tous ces détails, on peut consulter ce que nous, avons dit précédemment»
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Cependant qu'on n'aille pas s'imaginer qu'il faille totalement renoncer aux mouyemens et aux passions. Peut-être au contraire ce genre d'ornement est-il pins nécessaire dans un ouTrage qui de sa nature est froid, pâle^ décoloré, monotone, que dans ces chefs-d'œuvre d'éloquence remplis de vie, de chaleur et d'éclat. Mais ces ornemens, en harmonie avec le genre des propositions que l'on veut démontrer, avec la solitude dans laquelle se renferme l'orateur , avec l'absence complète d'auditeurs et d'appareil oratoire, ne peuvent être aussi pompeux , aussi étincelans. Le style peut être riche, harmonieux , magnifique ; des images gracieuses et nobles égaieront la sévérité de la discuTsion; des figures hardies^ élégantes, y seront répandues ; les mouvemens oratoires les plus animés y vivifier-ont des tableaux neufs et intésessana: rien de tout cela cependant ne fait bondir impétueusement le cœur dans le sein de ceux qui lii^ont la discussion. Cette éloquence n'a point de torches et de flambeaux; elle n'emploie pas la baliste et le bélier pour emporter d'assaut Jes suffrages de l'âme rebelle, elle n'e:itraînc ,
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pas les foréls, les cabanes, les troupeaux et le berger. Umbradlis eloqueruia , disait Cicéron.
Qu'on lise Platon, le plus éloquent des grands philosophes, il est toujours pur, mélodieux, animé, enchanteur; mais combien il est rare qu'il ravisse, qu'il entraine, qu'il fasse bouillonner le sang du feu des passions!
Les siècles modernes se glorifient d'un philosophe plus éloquent encore que Platon, d'un homme qui a mis l'éloquence partout, J.- J. Rousseau. Parmi les passages les plus brillans de ses œuvres immortelles, on a souvent cité la prosopopée de Fabricius. Effectivement elle est belle , elle plait , elle flatte ; inais entraîne-t-elle ? force-t-elle la conviction? subjugue-t-elle ? arrache-t-elle les suffrages? fait-elle penser ce que pense Rousseau? élégante, originale, vive, est-elle impérieuse et véhémente? est-elle belle de fureur et sublime d'enthousiasme ?
« F abricius, qu'eût pensé votre grande àme, si, pour votre malheur, rappelé à la vie, vous eussiez au la face pompeuse de cette Rome sauvée par votre bras , et que votre nom respectable ayait plus illustrée que ses conque-
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tes?» Cette phrase, aussi adroite que noble et simple , ne nous laisse-t-elle pas calmes et in* différens? et la face pompeuse de cette Rome, dont on pressent que Fabricius Ta décrier la magnificence, nous semble-t-eile une métamorphose si funeste? « Dieux, enssiez-vous dit , que sont devenus ces toits de chaume et ces foyers rustiques qu'habitaient la modération et la yertu ?» Hé bien ! la brique 8*est changée en marbre; le grand malheur! « Quelle splendeur funeste a succédé à la simplicité romaine? quel est ce langage étranger? quelles sont c^s moeurs efFémi* nées? que signifient ces statues, ces tableaux, ces édifices? » Ils signifient que nous aimons les arts, les plaisirs, Tharmonie. Ce ne sont point là des crimes, ce n'est pas même de la faiblesse. Il n'y a là ni de quoi rougir, ni de quoi trembler. « Insensés, qu'ayez-YOUS fait? vous, les maîtres du monde, vous vous êtes rendus les esclaves des hommes frivoles que vous avez vaincus ; ce sont des rhéteurs qui vous gouvernent : c'est pour enrichir des architectes, des peintres, des statuaires, des histrions, que vous avez arrosé de votre sang la Grèce et l'Asie. Les
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dépouilles de Carthage sont là proie d'un joueur de flûte ! » Ici le ton s'élève et devient presque celui de l'inspiration. Peutêtre quelques âmes fières seraient émues!
mais bientôt on sentira qu'il y a exagération dans les idées ; car ce n'est pas pour enrichir des histrions que les Romains ont versé leur sang ; et peut-être perce^t-il quelque chose d'ambitieux dans cette antithèse des dépouilles de Carthage à un joueur de flûte. « Romains, hâtez-vous de renverser ces amphithéâtres , brisez ces marbres , brûlez ces tableaux, chassez ces esclaves qui vous subjuguent, et dont les funestes arts vous corrompent.» Je le demande, quels Romains, en entendant la voix éloquente de Rousseau , auraient brisé les statues de Phidias, brûlé les toiles d'Apelle ou renversé le Panthéon d' Agrippa? « Que d'autres mains s'illustrent par de vains talens. Le seul talent digne de Rome est celui de conquérir le monde et d'y faire régner la vertu. Quand Cinéas prit notre sénat pour une assemblée de rois , il ne fut ébloui ni par une pompe vaine, ni par une magnificence recherchée ; il n'y entendit point cette éloquence affectée, Tétude
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et \e charme des hommes frivoles. Que vit donc Ginéas de si majestueux ? O citoyens, il yit un spectacle que ne donneront jamais Tos richesses ni tous tos arts, le plus heau spectacle qpi ait jamais paru sous le ciel , une assemblée de deux cents hommes dignes de commander à Rome et de gouverner la terre. » Cet exemple est magnifique; mais on sent trop qu'il n'est point applicable au problème. On peut être vertueux sans httéra" ture, sans beaux-arts; est-il impossible de rétréavec les beaux-arts et la littérature?
Article II
Du sermon ou 4^ V éloquence sacrée.
Ici , comme précédemment, nous traiterons : I** du caractère essentiel du genre ; s? des qualités de l'orateur; 3° de la composition du discours.
§ I. Caractères de Véîoquence sacrée en
généraL
Quoique froide et monotone, l'éloquence philosophique, quand elle traite leà hautes
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vérités «de la morale, deTÎent plus vive, plus brillante et plus féconde en mouvemens oratoires. On sent pourtant qu'il lui manijue quelque cliose, c'est de parler devant le public rassemblé solennellement, c'est ensuite de s'adresser plus énergiquement et plus directement aux passions , de les soulever, de les opposer, de les faire combattre. Mais s'il est à peu près impossible d'atteindre an deuxième de ces avantages, est-il impossible de se ménager le premier ? et quant à celui qui nous manque et nous manquera toujours, ne pourrait*on essayer d'y suppléer par un autre moyen? Qui empêche, par exemple, que les doctrines sublimes et consolantes de • la morale ne soient proclamées dans un lieu consacré et dans une réunion de justes, de «âges ou d'amis de la sagesse, comme sans doute il en avait été du temps dePythagore, de Gonfucius et de Zoroastre ? Qui empêche qu'au lieu de parler simplement en son nom, l'orateur s'exprime au nom de la conscience du genre humain, de la raison universelle; que, reconnaissant ou du moins faisant entrevoir la souveraineté et l'intervention d'un roi des rois dans les affaires
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hnmaînes , il n'appuie sa doctrine naguère tout humaine et par conséquent éventuelle, locale et transitoire, sur une loi céleste émanée de l'être éternel, universel et nécessaire. Voilà le double miracle produit par le christianisme dans l'éloquence philosophique, qui dès lors a pris le nom de sacrée^ Elle assemble les fidèles dans ses temples , et là , an milieu de là cérémonie auguste qui rend le Ciel propice à \a terre , au nom *■ et d'après les paroles mêmes de celui qui plane et règne sur les mondes, par la bouche consacrée d'un de ses pontifes, elle fait entendre ses leçons sublimes et pures, brillantes en quelque sorte d'un rayon du soleil éter« nel. Ce n'êbt plus la tribune tumultueuse que battent les flots rebelles et sonores. C'est un trône inébranlable au pied duquel se brisent les fureurs d'un monde impur; l'orateur sacré n'est point sur la terre , il n'est point dans les cieux; suspendu à égale distance de tous deux , il puise au sein de Dieu même les préceptes qu'il transmet à la foule inerte, et il forme le premier anneau de cette chaîne qui unit les créatures au créateur, le ciel à la terr^ l'atome à l'immensité.