COMPOSITION DV SERMON
dent aux jugemens dans le genre judiciaire.
On développe de même les preuves par des argumens ; on détaille les exemples par la narration, et quelquefois par une série passionnée d'exclamations ou d'interroga* tions. On les amène , on les expose , on en tire l'es conséquences de la même manière.
Quant à la disposition, nous ayons déjà re^ x^nnu qu'il fallait grouper les preuves et les placer selon un ordre d'analogie, en ayant aoin toutefois de réserver les plus fortes pour les dernières^
ÏI. Du Pathétique, — Nous avons déjà fait quelques réflexions sur les bornes du pathétique dans l'éloquence de la chaire. Ces bornes consistent en ce que ; tandis que les éloquences incitatives ont droit de soulever^ de calmer toutes les passions, l'orateur sacré doit toujours exciter les unes , toujours calmer les autre»; Ainsi, quel homme de Dieu, assis dans la chaire de paix, oserait, invoquant et citant l'Ëvangile, diminuer la commisération , la reconnaissance, l'amitié dans les âmes de ceux qui l'environnent? Et quel prêtre, au nom du même Dieu , oserait exciter à la haine, à l'entie, à la colère, aux
'l8Ô ELOQUEirCE SPÉCULATITE.
vengeances? Il n'est qu*une seule passion qu« la chaire puisse tour à tour exciter et détruire, c'est la terreur.
Ces considérations préliminaires déterminent ce que nous ayons à dire sur l'emploi des passions en ce genre.
i*^ Les passions affectueuses et tendres, toutes celles qui s'accordent avec les tendance^ morales et qui établissent ou supposent la sympathie, peuvent être excitées.
Il faut alors un style élégant , onctueux et plein de grâces simples et franches.
a** Les passions haineuses ne peuvent qu'être combattues; car l'orateur sacré n^est là que pour calmer les tourmentes de l'âme.
Il peut alors s'attacher à les flétrir, soit en développant les funestes résultats qu'elles entraînent 9 soit en traçant le hideux tableau de la turpitude de celui qui en est l'esclave. La diction sera dans ce cas véhémente, vive et un peu âpre.
3^ La terreur peut être tour à tour excitée ou calmée. En l'excitant on ramène les coupables à l'obligation de pratiqt^er des devoirs. En la calmant, on lui montre dans le lointain la miséricorde infinie de Dieu qui
ÉLOQUBirCS HARRATITS. 189'
oeveut point la mort éternelle du coupable, qui tend leM bras au blasphémateur qui Ta offensé, et à la cour duquel la conversion d'un pécheur cause plus d'allégresse que la vertu de dix justes. Dans le christianisme, la crainte est le commencement de toute sagesse, l'espérance en est le comble : elle est même une vertu et un devoir; et c'est toujours par elle que le représentant du Très- Haut termine ses douces ou terribles leçons, quand après avoir tonné , gémi , arraché des larmes , lancé l'épouvante , comme Massillon en ce jour célèbre où tout l'auditoire se leva saisi d'effroi, il trace enfin des images plus suaves, fait sourire l'espérance au voile diaphane, et nous place, par un souhait que l'assemblée répète, dans les parvis célestes, au milieu des choeurs des anges, et vis-à-vis de Dieu même.
SEGTIOir III.
De l'éloquence narrative ou des récits.
U éloquence narrative est, de sa nature, louangeuse et même adulatrice; quelquefois cependant elle blâme, ment , calomnie; mais ces cas sont si rares que nous pouvons
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les omettre totalement ; d'ailleurs, ils troUK veraient facilement leur place dans la classification.
Ceci posé, parmi les ouvrages qui nous restent , et qui tous célèbrent , adulent , encensent ou le pouvoir ou une supériorité quelconque, nous remarquerons que les uns traitent de la vie d'un hommje tout entière, les autres ne toulent que sur quelques actions partielles. Ceux-ci se nomment complimens, les antres s'appellent éloges.
On pourrait aussi changer un peu les limites de la division et cependant arriver au même but ou du moins aux mêmes mots.
Nous remarquerons que, des discours adulatoires, les uns s'adressent avOi. hommes vi^ vans et en leur présence, les autres roulent sur des hommes morts quelquefois depuis des siècles. Nous nommerions encore les premiers compUmens, et les autres éloges.
Cependant nous préférons le premier mode de division.