ARTICLE PREMIER
Des harangués et des çomplimens.
Nous donnons ici le nom de haranguas à ces.
HARâVGUES, ÉX,0GES. IQl
çomplimens de félicitation, de condoléan-' ce, de remercîmens que les corps littéraires ou administratifs adressent aux princes, ùénéralement le style doit en être brillant et fleuri. Dépourvu de toute espèce de pompe , et trop analogue au sujet, il ennuierait et déplairait. Trop pompeu]i(, il serait étranger à ce même sujet. Quant au pathétique, il serait difficile de Vy introduire "avec succès, puisque les sentimens exprimés semblent être ceux de tous, et qu'il s'agit bien moins de persuader un ^i^ditoire que d'exprimer la persuasion universelle.
I^a harangue complimenteuse n'est donc point vraiment un |[en]^e d'éloquence, et nous ne la mentionnons que pour mémoire et pour ^voir yne liste complète de tout ce qui se manifeste, avec des formes semblables à celles de l'éloquence. Avouons cependant que quelquefois on peut introduire des mouvemens plus prononcés, et même exciter les passions dans le compliment.
C'est lorsque les actions qu'on lira sont réel-. peinent merveilleuses ou sublimes.
I^^ ELOQUENCE SPECULATIVE.
Articlk II.
De Véloge.
Parmi les éloges, il faut distinguer ceux deskothmes vivans, ceux des hommes qtûifiennentde mourir, ceux des hommes morts depuis long-temps.
§ I. Eloges des hommes viyans.
Ces éloges ont quelques traits de ressemblance avec les harangues et complimens ; comme eux , ils doivent être écrits dans un style élégant et fleuri. Us consistent dans une suite de narrations et de descriptions.
Pour en rompre la monotonie, il est à propos d'y joindre quelques considérations d'un ordreileyé, mais toujours plus ou moins analogues au sujet. Les passions impétueuses , énergiques et actives ne peuvent guère y trouver place.
Du reste, ce genre est peu étendu, et nous ne connaissons que deux espèces de harangues qui y rentrent ; c'est , i** Véloge aca^ démiçue des récipiendaires, prononcé en présence de ces mêmes récipiendaires par le
UAAAVGVtS y àhOGiS. T93
);>ré62dent d'un corps littéraire; a° le panégymque des princes vivans : encore cette deuxième espèce 'd'oeuvres oratoires n'estelle plus d'usage aujourd'hui. Elle n'a existé que chez les anciens et n'y a produit qu'un morceau remarquable, le panégyrique de Trajan, par Pline le jeune.
§ II. Éloges des hommes qui 'viennent^de
mourir.
Une circonstance particulière caractérise 4flt place parmi les harangues intéressantes ces éloges. C'est qu'ils sont prononcés sur le bord de la tombe de ceux que la mort vient de ravir à notre amour, à notre estime ou à notre admiration. Quelle circonstance solennelle! quelle grave source de seflsations et de réflexions ! quel champ immense pour l'éloquence ainsi placée sur les confins de la mort et de la vie, de l'adulation et delà vérité!
Ces discours ne sont pas tous semblables :
les uns sont prononcés dans un temple par la bouche d'un ministre sacré et au nom du Dieu de paix. Les autres n'ont point de sanc-
ELOQUENCE. l3
194 EI.OQUEKCE SPÉCULAttVE.
tion divine et sont prononcés par des homme»
ordinaires. Les premiers se nomment oAtrjons funèbres ; les seconds , éloges funèbres^ Commençons par ceux-ci :
N° I. Éloges funèbres.
L'éloge funèbre n'est pas matériellement assujéti à des bornes £xes : on peut donner ce npm à ces courtes allbeutions que nous prononçons sur la bierre des parens, de l'ami, qui nous furent chers, à l'instant où leur froide dépouille's'f nfonce dans le champ du repos et où la terre va nous séparer méng^ de leur enveloppe immobile et glacée. Mais ce n'est point de ces simples et fugitives improvisations de la douleur que nous nous occuperons. L'éloquence des larmes ne peut être soumise aux règles et ti l'analyse ; mais quand l'instant funeste qui brise le cœur et glace le sang commence d^à à s'éloigner, l'affliction, changée en une douce et tendre mélancolie, se complaît à dire la vie, les vertus, les travaux, les dernières souffrances de celui qui n'est plus ; ses plaintes s'épanchent et s'exhalent avec une mystérieuse douceur ; un discours : l'éloge âinèbre naU.
La couleur dominante d'un tel éloge sera lùgubse, et quelquefois la douleur profonde, farouche et haineuse, ne s'exprimera qu'avec un accent terrible et sombre; plus souyent une résignation mélancolique et religieuse gémira tendrement et versera des pleurs sans accuser les destins ou le ciel. En tout cas , la première règle qu'il faille poser à qui se charge d'un tel éloge , c'est de porter le. deuil dans son cœur.
L'ouvrage sera composé d'ordinaire d'une suite de narrationiket de tableaux. Le style élégant et 'fleuri doit donc de plus I être clair, rapide , harmonieux, varié, semé d'images et de figures. Des contrastes doivent être ménagés pour prévenir la monotonie et l'uniformité. D'ingénieuses et naturelles réflexions, relatives les unes aux mœurs et aux intérêts du jour , les autres aux généralités importantes qui dominent le monde , doivent étendre , élever et envi-« ronner de majesté le sujet duquel il s'agit.
Enfin , d'adroites transitions doivent réunir js détails.
Parmi ces hautes et graves considérations^ les principales sont la gloire , le plaisir d'a<*
196 iLOQViUrCX 8PB»UI.4TfyiK.
voir bien fait, et Pimmortalité dans le sein d'un être suprême. Ces idées , qui ouTi^nt k l'âme les espaces infinis, allègent le poids de la douleur, font briller dans l'œil un sourire au milieu des pleurs. Le miel céleste de Tes* péranoe s'infiltre au fond du cœur, et les nuages sombres qui semblent écraser le ciel font place à une auréole lumineuse qui dé' Core et consacre le front du mort immortel.
Quant aux passions , toutes celles qu'en»
fantent et supposent les affections plaintives et douces appartiennent natiirellement à l'éloge funèbre. Mais ce qui peut-être étonne* ra, et ce qui néanmoins est indubitable, c'est qu'il souffre , c'est qu'il invoque même les passions les plus énergiques et les moavemens les plus impétueux. Quel noble enthousiasme Périclès n'excitait-il pas parmi ses concitoyens en immortalisant à la tribune les guerriers morts dans la guerre du Péloponèse ! Et à Rome , qui ne sait que la litière ensanglantée où reposait le cadavre de César, devint , à la voix de Marc-Antoine, l'autel de la vengeance et le piédestal ds h monarchie renaissante ?
Qui empêcherait ces miracles de se re-
n^uveler panni les modernes ! Les grands mobiles de l'âme ne peuyent-ils plas être excités par l'éloquence pleurant au milieu d'un cortège funèbre! Les passions hautaines et fières dorment-elles dans les âmes ▼îs-à-Tis du cercueil; et les franges du drap mortuaire étouffent-elles l'amour , la haine y Tenyie, la colère, l'indignation , l'ar*dente soif des honneurs, et l'amour véhément de la gloire? Que sera-ce si, à cette tumultueuse apparition des passions, l'histoire vient joindre ses sages et sublimes tableaujx ; l'imagination, ses rêves mobiles et Bes espérances qu'elle dit réalités ; le transcendantalisme philosophique, ses vues profondes dont l'influence traverse les âges et embrasse les mondes ?
Maisj'amais on n'a conçu l'éloge fimèhre sous ce point de vue élevé. £h! voilà le mot de l'énigme; oui, sans doute, si des chefsd'œuvre n'ont pas été produits en ce genre, c'est à la dédaigneuse insouciance avec laquelle nous considérons ce genre de littérature c'est à la^areté des occasions solennelles qui pourraient le faire éclore, c'est surtout à l'usage qui donne au prêtre seul le droit de
igS £LOQU£KGE SpéCULATITB.
prononcer Féloge funèbre » qu'il fa6t attrîr /buer ce malheur. Mais, si, lorsqu'un grand homme meurt, un homme riche d'imagination, de sensibilité et de génie adressait à son ombre l'hommage de ses compatriotes, i quelles impressions ne produirait-il pas ! ,
N* IL Oraisons funèbres.
Composez un éloge hmèbre conformément aux indications que nous venons de donner; qu'un ministre du culte le récite dans un temple, près d'une tombe; que le mot de providence remplace celui de fatalité l vous aurez l'oraison funèbre , telle que l'a faite Bossuet , telle que nous souhaitons la voir reparaître pour l'applaudir.
§ m. Eloges des hommes morts depuis longtemps, des peuples, etc.
Ces éloges sont de deux sortes : les uns se nomment panégyriques, les autres gardent Le nom di éloges,
I. Panégyriques. — Les panégyriques ne sont autre chose que des éloges, funèbres prononcés les uns en l'honneur des rois, des
PAKÉGYRIQDES, ELOGES: <99
princes y dea grands à l'aliniversaire du jouv de leur mort , les autres en mémoire d*uti saint le jour de sa fête.
La première espèce de panégyrique ne différant de l'oraison funèbre proprement dite qu'en ce que Torateur porte la parole en présence d'un catafalque au lieu de la porter en présence d'un tombeau , n'exige de nous ni règles ni observations nouvelles.
Quant aux panégyriques des saints, ce sont pour l'ordinaire de simples sermons dans lesquels la vie du saint n'est citée qu« comme exemple. Nous pouvons donc ren-< v^yer à ce que nc|fi6 avons dit du sermon; / Néanmoins nous avouons que l'usage qui ' fait re|;arder aux prédicateurs le panégyrit que comme un sermon nous semble vicieux, en ce qu'il confond les genres et en ren.d les limites indéterminées. Que dans la vied'ua.
saint on intercalle des dissertations morales semblables k celles d'un sermon, rien de mieux : la vie du saint n'en est pas moins si\ vie. En revanclre, que dans un sermon on cite en exemple les travaux, la vie d'un homme , nous ne nous y opposons pas. Mais UOU9 soutenons que le sermon n'en e^ pas
aoo si.OQUEircB spéculative.
moins sermon, et que, quelque extension que puisse prendre la partie biographique, jamais elle ne deviendra la première en Unportance, puisqu'elle est contenue dans l'autre.
II. Éloges, — L'ouvrage oratoire auquel on a ^nné le nom spécial d'éloge se distingue de l'éloge funèbre en ce que celui-ci déplore la* perte de l'homme à qui on donne des louanges , et que dans celui4à on ne songe qu'à apprécier, avec la justesse et l'impartialité historiques, le mérite d'un homme recommandable , tiuquel^ du reste, on ue porte>aucune affection particulière.
Il résulte de là que la presque totalité des monvemens oratoires si puissans et si pathétiques dans l'oraison funèbre seraient ici intempestifs, inutiles, ridicules, et que l'emploi'des passions doit être considérable* ment restreint.
La première partie même, celle qui consiste dans la narration des faits, n'est point absolument semblable à celle de l'oraison funèbre. Dans celle-ci, l'orateur, en proie à l'affliction , n'intéresse qu'en amalgamant les faits narrés aux passions véhémentes ou