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plus Tive, plus rapide, plus saillante que celle de l'épopée; cela tient à la nature même des deux genres. L^épopée n'étant qu'un récit , a plus de lenteur et de granité. Au théâtre, les hommes parlent, agissent eux-mêmes. Il n'y a pas un poète entre eux et les spectateurs. Rien ne semble arrêter leur essor, comprimer leur élan, gêner leur allure.
Parmi ces discours, il en est qui ont adopté du genre oratoii'e jusqu'aux formes ; ils ont^ comme le discours de Barneyelt d - dessus analysé, èxorde, proposition, confirmation, péroraison ; quelquefois inéme la narration s'y trouve aussi comprise. Ils ont des preuves artificiellement échelonnées et disposées, des syllogismes, des enthitiêmes en règle, de nombreuses objections et une réfutation. Enfin , ils ont des moyens d'émouvoir , de toucher et de plaire ; ils excitent et calment les passion»^ Tels sont, entre autres, celui de Mitridate , au 3® acte, dans la pièce de ce nom, et celui d'Auguste, au 5® aclc de Cinna.
Mais le plus souvent les haranguesusont plus courtes et ne contiennent guère que l'expression d'un sentiment ou d'une pensée
Sll8 BI.OQ. HOaS DES OEUVBES OEAT.
dominante; aussi notre opinion est -elle qu'elles ne méritent pas ce nom. Ainsi qn'un mot, qu'un mouyement de colère ou de haine fasse éclore une tirade éloquente , nous ne voyons pas là un discours, une œuvre oratoire, nous n'y voyons qu'uu fragment. Ce n'est point l'édifice, c'est une des pierres qui peuvent entrer et qu'on acceptera volontiers dans sa construction.
Au r;^te, nous ne confondons pas dans cette classe les monologues et les tirades brûlantes qui peignent si bien l'état d'une âme irrésolue et flottante, partaj^ée entre deux passions violentes et entraînée successivement par toutes deux. C'est là, c'est dans ces convulsions déchirantes du cœur Wertain de lui-même, que triomphe l'élo quence. Cest là aussi que triomphe la musc épique. Quoi de plus pathétique , par exemple, que ce jeune Séide, partisan enthousiaste du prophète et admirateur secret de Zopire, frissonnant au mot de meurtre, frémissant à l'idée de désobéir, pous^ au meurtre par l'amour, la plus douce des illusions terrestres, par la religion, la voix céleste, se débattant vainement
ELOQUEVCE DRAMATIQUE. aig
Sons Pascendant du fatal Mahomet ; ou que cette délirante Éoxane qui flatte, menace, adore, déteste, veut et ne veut plus, dont les bras caressent , puis brandissent le poignard, et dont la voix attendrie, il y a un instant, pour la volupté, rugit pour la haine et dit : Sortez ?
Il est rare que les fc^rmes légères et chan> géantes de la comédie secondent ou même admettent les formes sévères et mâles de l'éloquence ; "iaussi avant Molière personne ne les avait-il encore réunies. Outre la différendb de leur caractère, un autre obstacle s'opposait encore k cette fusion ; c'est que les sujets qu'affectionne la muse comique sont presque tous tirés de l'intérieur de la vie domestique; et comment l'éloquence peut-elle descendre là? Molière pourtant l'y a fait descendre ou plutôt Ty a fait monter ; car il a su placer ses tableaux de famille et ses scènes de ménage dans une sphère si haute, que nul autre que lui n'aurait pu y atteindre. Ce génie profondément observateur, en trouvant dans le cœur huiyiain des plaies cachées que personne n'avait vues avant lui, fit consister la comédie à peindre
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les vices de l'homme en même temps qne ses ridicules. De là, V Avare, le Misanthrope et Tartufe, créations miraculeases qui décèlent le grand philosophe, le profond moraliste, le peintre hahile, le puissant orateur. On a depuis marché sur les traces de Molière; car quand une grande route est ouverte, chacun veut y passer. Mais les plus heureux de cette foule de disciples sont encore bien loin du maître, et ni les tirades brillantes de la Métromanie, ni la haute conception du Philinte de Fabre ne peuvent empêcher de reconnaître dans 4e Mi^ santhrope et Tartufe deux chefs-d'œuvre oratoires, et dans Molière le poète le plus éloquent qui ait jamais existé.