‹ Précis d'éloquence et d'art oratoire ...: précédé d'une introductionChapitre 7 sur 27 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

la véritable élo<pieDoe brilla de nouyeau ; on .vit apparaître quelques hommes graves, indépendans; mais ces hommes étaient eli quelque sorte d*uix autre siècle et d*un au« tre monde : c'étaient des chrétiens. Leur ; morale sublime , leur mépris pour les choses ^ de la terre, leur pcpition incertaine et pré- * Caire au milieu d'idolâtres corrompus et persécuteurs ; «enfin, il faut le ilire, la faiblesse même des moyens avec lesquels le christianisme attaquait le colosse de l'idolâtrie, tout communiquait au langage des premiers défenseurs de la religion nabsaii^e une majesté imposante et un charme attendrissant On lit encora avec admiration les belles pages de TertuUien exd^Origèney et Ton se demande comment Içs maîtres de Rome « pouvaient résbter à' la véhémence entrai- ' nante de Tuh et à Ténergique profondeur de Fautre. Ah! sans doute ces superbes j^ivilégiés du destin, ces proconsuls, ces préfets du prétoire , ces usurpateurs d*un moment, étendus mollement sous des pavillons de pourpre, auprès de leurs tables fastueu8«8, ne lisaient pas ces éloquentes réclamation§ d'une caste persécutée. Us eussent, fcien ri,

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ces esdayes charmans^ ces joueurs de flûte , ' en possess^n de gouverner l'empereur et liempire , sH'on fût venu leur parler raison , morale, tolérance. C^endantropinion, souveraine da monde , se modifiait graduelle- •iribnt; les chrétiens se multipliaient; des grands de la terre, de%prince$ adoptèrent le nouveau culte et lé mirent sur le trône.

L'éloquence, qui avait préparé ce triomphe, le célébra dignement, et deux siècles encore virent naître de beaux ouvrages. Tandis que Je paganisme blessé à mort, flétri, découronné, produisait à peine deux hommes capables de le défendre par ia parole, Julien *<et SyirUhiaque ^ celui /]ui s'écriait : Exilerezvoos du C^pitole la statue de la Victoire ? les •églbes, les écoles chrétiennes retentissaient d'accens sublimes, et une branche nouvelle d'éloquence, inconnue dans ks âges brillais d'Athènes et de l'Italie , prenait l'essor. Saint Atkanase parlait avec la profondeur 'et l'énergie d^Origène contre une secte qui - envahissait déjà 'l'empire. Saint férâme traduisait la Bible, entretenait de pieuses et savantes correspondances , proclamait l'Évangiledans la chaire de vérité. SBiniGrégoire

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de Naziance et saiot B tuile reproduisaient le style d'Isée et de Xénoplion dans leurs admirables homélies. Saint jiugustin remporte sur tous par l'universalité d'an génie qui embrasse tontes les sommités de la science tbéologique, et par la puissance de logique avec laquelle il réfute d'innotpbrables adversaires ; mais le vénérable patriarche de Constantinople, saint Jean Chrjrsostâme ^ l'emporte sur lui en éloquence. Il l'emporte surtout par l'irréprochable pureté des formes, par l'élégance continue du style, et par l'art infini avec lequel il émeut doucement les coeurs et enlace insensiblement les âmes. Et en général, l'église grecque a été, comparativement à l'église latine, une école de bon goût et même d'atticisme. Homère et Platon étaient, avec la Bible, les manuels des pères grecs, et la simplicité majestueuse et sublime de ces deux princes de la poésie et de la science philosophique devait donner à leurs imitateurs quelque chose des formes naïves et pures de Fantiquité.

Mais bientôt les hordes barbares qui démembrèrent pièce à pièce l'empire romain.

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réduisirent au néant toutes les supériorités intellectuelles. L'éloquence n*eut jïlus que rarement Foccasion de faire entendre une voix inglorieuse, et douze siècles entiers se ])a^sèrent, non pas sans doute sans qu^elle proférât un seul mot digne de faire écho dans la postérité, mais sans qu'elle traçât un seul monument digne de parvenir aux siècles futurs. Il faut cependant excepter deux hommes célèbres du siècle des croisades : iU furent ennemis; cette division ne doit nous rendre injustes ni pour Abailard, ni pour saint Bernard. Le premier était doué d'un esprit subtil, varié, perspicace, et son style, éminemment propre à la polémique , attache presque malgré l'aridité des matières.

Le second fnt véritablement un prodige dans un siècle barbare; ses ouvrages de controverse abondent en traits d'éloquence, et sa dialectique, pressante et serrée, force la conviction. Ses sermons présentent encore plus de passages frappans, et plus d'un orateur mod^ne a puisé à cette source de grandes pensées et de beaux mouvemens, sans rendre hommage à celui qui les lui ibumissait.

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Il est à croire aussi que les troubles politiques dont presque toutes les contrées de rÉurope furent le théâtre dans le moyen âge, . inspirèrent quelquefois Téloquence. Ainsi , par exemple, on ne peut guérie douter que cet habile et ambitieux Rienzi, qui fit revirre dans la Rome papale les formes républi> caines, et qui, sous, le nom de tribun du peuple, régna sept ans dans Taucienne capitale du monde, n'ait possédé, à un degré éminent,la faculté de convaincre les intelligences et d'entraîner les volontés. Des traditions que tout confirme attestent aussi que jadis, même à ces époques reculées où la civilisation était enveloppée des ténèbres de l'ignorance, le ^lent de la parole était populaire parmi les nobles polonais , et les diètes de Wola retentirent souvent de voix éloquentes et d'accens sublimes que n'euS' sentdésarouéniles Démostfaène ni lesCicéron. Parmi ces guerriers orateurs, la renommée nous a surtout transrais avec éloge les noms du jeune Rapbael Leçzinskî et à*Orz€ckowsAi, tous deux nés dans le seizième siècle.

Enfin poarlant l'instant du réveil arriva.

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Les lettres, itannies de TOrient par la cbute du trône des Constantins, se réfugièrent dans ritalie, à la cour de Florence, à Bologne, k Rome, à Ferrare. A la suite de Térudition et de la poésie, l'esprit d'examen et d'iiidépendance s'empara d'nn grand nombre d'esprj^ ; la discipline ecclésiastique et une partie du dogme devinrent le sujet des controverses les plus sérieuses. Zuingle , Pf^vtej Luther^ Mélanchton, Cahiriy de Bèze et 4eiir8 disciples arrachèrent la moitié de l'Europe ù la domination del'Ëglise.Yigoureuse et sauvage en Allemagne, la lutte qu'elle avait à soutenir corps à corps l'empécbant de sacrifier à une molle élégance, l'éloquence garlc des formes plus douces |t des couleurs plii<: riantes en Italie, où elle eut pour disciples cc pour protecteurs les Sadolet, les Sannazar et les Sembo, Bientôt elle franchit les Alpes, elle se hasarda, elle s'acclimata en France.

Long* temps nos botfs ancêtres avaient couru après elle-; mais ils s'étaient trompV>» de route çt n'avaient encore su que coudre ensemble des métaphores ambitieuses ou bizarres, des périodes ampoulées, des ornemens intempestifs, des quolibets et des pointe ^

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indignes même de la comédie. A l'aspect des modèles immortels yenus de l'ancienA Italie et de cette noble Byzance^ décorée si longtemps da nom de Constantinople, et alors flétrie par celjyii de Stamboul, ils commencèrent à s'apercevoir des aberrations de leur goût, et rougirent des pompeuses et incohérentes absurdités que jusque là ils a-vaient prises poMir des pièces d'ttoquence et des monumem de génie. De plus, comme les productions oratoires étaient alors destinées presque exclusrament soit à annoncer lesTérités de la religion, soit à faire l'éloge funèbre des rois , des^rinces de l'Eglise ou des grands de la terre, la gravité même des sujets dut puissamment contribuer à épurer le goût peu délicat de nos pères. U faut avouer cependant qu'avant le règne de Louis XIV, aucun morceau oratoire, digne d'être lu par la postérité, ne fut prononcé dans la chaire sacrée. Le barreau ^tait aussi étranger à la grande éloquence, excepté dans quelquesunes de ces occasion* solennelles où l'imminence des dangers , la gravité des faits , Turgence des césures, enlèvent l'âme de l'orateur judiciaire, et font jaillir inopiné-

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ment' de sa Louche des paroles énergiques et foudroyantes. Une de ces circonstances inspira Etienne fhsfuier, et son admirable réquisitoire contre les pères de la compagnie de Jésus est un des plus h^aux monumens d'éloquence que l'ancienne magistrature française puisse offrir à l'admiration de la nouvelle. Quant à l'éloquence politique , elle était nulle, et à TeiCteption de VHâfitaly il est à croire que personne ne la fit asseoir au conseil des rois.

Mais le siècle des prodiges littéraires élait déjà à la moitié de sou cours. Malherbe, Kotrou, Racan , Corneille , avaient poli, enrichi, assoupli la langue française. De nobles prélats, d'illustres prêtres, transportèrent bientôt -dans la chaire apostolique le sublime qui étincelait dans des odes et des compositions théâtrales. Bourdaloue annonça les doctrines et les dogmes du christianisme, avec une supériorité de raison et une force de logique qui étaient nouvelles à cette époque; malheureu^ment son «Ityle lourd, froid et aride, non moins que la marche prolixement méthodique de tous ses ouvrages, en rendent la l^ture pénible. Mascarou^

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dans ses panégyriques est vrai et plètn de feu. On ne peut reprocher à PléchUr que trop d'esprit et trop d*affection pour les phrases antithétiques. Fénelon, le doux, le sage , Tinsianant Fénelon , dans les sermons qu'il à composés, réunit l'énergie à la grâce, la vivacité à l'élégance, et le pathétique au sublime. 3ans Bossuet , Fénelon n'aurait point de rival. Mais Bossuet le surpassa et surpassa tous ses contemporains. Grand parmi les grands hommes , il s'élève, il plane dans des sphères inconnues, et parle au monde comme un dieu à de faibles mortels.

Ses sermons , produits alpestres et bruts de la jeunesse, contiennent plus de sublime peut-être que les Philippiques , les Verrines et les Catilinaires. Mais les taches qui déparent ces compositions irrégulières, tantôt minutieuses et tantôt gigantesques, empêchent qu'on les donne pour modèle à l'inexpérience des jeunes orateurs. Trop de bizarrerie et de néologisme d'ailleurs se compliquent avec des beautés du premier ordre , pour que la critique ne se mêle aux louanges, et les reproches à l'éloge. Mais ses oraisons funèbres , chefs-d'œuvre impérissar

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noire nature. Et comment refuse^ l'élogiience à Vhomme qui fit trembler, qui fit pâlir, qui fit lever spçntanément un immense auditoire, en peignant le dernier jour de Tunivers , et qui i en louant le superbe Louis XIV couché dans le mausolée où des- .

cendent et s'abîmenttoutes les grandeurs de la terre, débuta par ces mots : «Dieu' seul est srand, mes frères.» Bossuet aurait -il parlé autrement?

Le barreau avait été moins heureux et moins riche sous Lo^is XIV, et, à Texception de Lemattre et de PatrUf orateurs assez médiocres et écrivains sans génie , aoiîun homme remarquable n'avait brillé sur l'horizon judiciaire. Le dix-huitième siècle en vit éclore quelques-uns. Lenormant^ â^AgueS" seau , dont les ouvrages élégans et corrects , sont remplis d'idées saines et justes; Gerhier et Cochin, deux hommes pourvus à un haut degré des facultés oratoires les plus élevées; Servan , un peu âpre , mais fort, lumineux ,' pathétique et concis, et Lingnet, spirituel et subtil, mais dont l'éloquence était plutôt dans la tête que dans le cœur , ramenèrent les beaux jours du barreau. Un homme d'un.

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