‹ Précis d'embryologie adapté aux sciences médicalesChapitre 3 sur 178 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

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il aborde la névrologie, que penser de ce nouveau caprice qui fait naître et marcher le nerf laryngé inférieur de manière à allonger inutilement le chemin à parcourir et l'oblige à revenir sur ses pas, suivant un trajet qui lui vaut le nom de récurrent? Et le nerf phrénique? Pourquoi cette origine cervicale, comme s'il devait innerver un scalène, alors qu'il lui faut descendre longuement et traverser tout le thorax pour aller se distribuer dans le diaphragme, à la limite du thorax et de l'abdomen? Dans les organes des sens, quelle bizarrerie que cette rétine, dont les éléments sensibles occupent la couche la plus profonde, et combien cette disposition paradoxale des vertébrés devient plus étonnante encore, quand on apprend que chez les mollusques les cônes et les bâtonnets occupent une situation inverse, plus logique dirait-on volontiers en se rapportant aux nécessités physiologiques. Mais poursuivons la série ascendante des études et des étonnements, avec quelques exemples choisis dans le grand nombre. En histologie des centres nerveux, que signifient ces ressemblances entre les cellules nerveuses et les cellules de la névroglie d'une part, et d'autre part les éléments de la couche de Malpighi de la peau? Puis, lorsque les exercices de physiologie expérimentale nousforcenl àpasser de l'homme

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aux animaux, s'il s'agit, par exemple, d'injecter une substance dansl'aorte, voici que chez le chien nous trouvons, comme chez l'homme, la crosse aortique à gauche; mais, chez l'oiseau elle est a droite ; chez la grenouille il y a deux crosses aortiques, l'une droite, l'autre gauche. Chez ce même animal, les tubes urinifères reçoivent non seulement l'urine, mais encore le produit testiculaire, etc. Enfin, en abordant les études pathologiques elles-mêmes, l'immense champ des malformations et des cas tératologiques se présente, et nous ne sommes pas médiocrement surpris d'observer ici une sériation régulière dans les divers degrés d'une même monstruosité, et de reconnaître une sorte d'ordre logique dans ce qui semblait à 'priori ne devoir être qu'irrégularité et désordre.

A tous ces étonnements, une explication absolument complète est donnée par la science qui nous révèle les origines des formations anatomiques et de leurs rapports, par Y Embryologie. En histoire, les événements les plus imprévus nous apparaissent, dès que nous connaissons la série de ceux qui les ont précédés, comme une conséquence logique el, inévitable de ceuxci. Pour toutes les formes de l'activité humaine, l'état constaté à un moment donné est la résultante des stades successifs par lesquels a passé

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cette activité ; l'arrêt se produit à un niveau variable selon les diversités de milieu et de circonstances environnantes. De même, les formes et rapports anatomiques, les structures et textures histologiques, les anomalies et malformations, sont des résultats fatalement liés à leurs antécédents, et la connaissance de la longue chaîne des événements anatomiques, qui ont amené le monde organisé à être ce qu'il est aujourd'hui, nous montre un rapport logique aussi bien entre les divers détails d'organisation des différents êtres, qu'entre les différents appareils et les diverses pièces d'un appareil chez un être pris en particulier, par exemple chez l'homme.

Chaque époque a ses idées directrices s'appuyant plus particulièrement sur des recherches qui attirent à ce moment les esprits. On peut dire qu'actuellement les faits révélés par les recherches embryologiques ont jeté un tel jour sur toutes les études d'ordre biologique, que l'embryologie est devenue la science directiice de l'anatomie et de la zoologie. Du jour où l'étude du développement des êtres a montré qu'un embryon, pour arriver à l'état de sujet achevé, traverse différents stades transitoires et rapides, dans lesquels son organisation représente l'état définitif d'espèces inférieures, l'embryologie est devenue le critérium le plus sûr

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des classifications zoologiques, puisque seule elle donne une réalité objective aux rapports de parenté que doivent exprimer ces classifications ramenées ainsi à la formule d'arbres généalogiques. Ce qui est vrai pour l'ensemble d'un être l'est également pour chacun de ses organes, de sorte qu'ici encore l'embryologie devient le guide le plus fidèle des études d'anatomie comparée. Pour ne rappeler que la plus ancienne des formules données à cet égard par un Français qu'on oublie trop souvent, quand on parle des origines de la doctrine de l'évolution, mais dont vous avez soin de rappeler le nom, notre anatomiste Serres ne disait-il pas, dès 1842, que « l'organogénie humaine est une anatomie comparée transitoire, comme à son tour l'anatomie comparée est l'état fixe et permanent de l'organogénie de l'homme » ?

Dans cette science embryologique, qui, par son immense portée, comprend toutes les branches des sciences biologiques, vous avez choisi, au point de vue des applications, un rameau spécial, d'étendue relativement modeste, mais de première importance, parce qu'il s'adresse à un public nombreux et qu'il était nécessaire d'intéresser à ces études. Vous avez voulu, dans vos cours à la Faculté de Montpellier, et dans votre livre, montrer combien les études médi-

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cales pourront trouver de profit à s'éclairer des lumières de l'embryologie. Mais, comme tout se tient dans cet ordre de notions scientifiques, puisque c'est précisément le propre de l'embryologie que de relier ensemble toutes les branches des connaissances anatomiques et zoologiques, vous n'avez pu vous soustraire, d'une manière absolue, à certaines conséquences du point de vue général et comparatif où vous plaçait forcément l'étude de l'embryologie. Si spécialisé que fût le champ que vous avez choisi, vous ne pouviez et ne deviez vous y confiner étroitement. Vous avez bien compris que si loin des mammifères et de l'homme que fut placé Tamphioxus, c'est par lui qu'il fallait commencer l'étude des résultats de la segmentation de rœuf, de la formation des feuillets blastodermiques. Venait ensuite une des plus grosses questions de moi'phologie générale, la théorie de la gaslrula. Celui qui entreprendra un jour de retracer l'histoire critique de cette grande conception, de résumer les travaux innombrables auxquels elle donne lieu en ce moment, et d'établir sur des bases solides cette détermination des formes embryonnaires qui dessinent le passage des protozoaires aux métazoaires, et des invertébrés aux v&rtébrés, celui-là devra consacrer au moins un gros volume à une

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pareille tâche. Si tentant que fût le sujet, vous avez su vous retenir et en condenser en quelques pages les notions les plus essentielles. Celui qui vous aura lu saura ce que c'est que Varchentéi'on, que le blastopore , que Vanus de jRusconi, que la ligne primitive ; il en saura assez pour pouvoir aborder des mémoires spéciaux, s'il est porté vers ces études par un goût que, du reste, vous aurez contribué à faire naître. De même pour la question du parabl'aste, pour la théorie du cœlome, etc.

Mais j'ai hâte d'en arriver au point de vue spécial auquel vous vous êtes placé, et de voir si, en effet, ce Précis cV embryologie répond bien aux exigences des études médicales et, notamment, aux besoins d'explications que j'ai tout d'abord signalés.

Il n'y a guère lieu de parler de la nécessité de l'étude des organes annexes du fœtus, amnios; chorion, placenta, caduque, etc. ; ce sont les sujets auxquels l'ancien enseignement médical bornait l'étude de l'embryologie, et ils ne sauraient être omis, puisqu'ils sont une des parties essentielles des connaissances scientifiques, indispensables à l'art des accouchements. De même la circulation, ou, pour mieux dire, les modes successifs de circulation de l'embryon ont toujours été considérés comme nécessaires

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à connaître pour mieux comprendre la circulation de l'adulte.

Mais aujourd'hui, les études médicales peuvent demander et doivent obtenir de l'embryologie bien d'autres lumières, que votre livre vient, en effet, leur apporter.

Que de questions aujourd'hui résolues par l'embryologie et qui, naguère, étaient autant de capiu mortuum de l'anatomie, de résidus dont la signification échappait à l'analyse du scalpel aussi bien qu'à celle du microscope. Tels sont les organes rudimentaires, hypophyse, glande pinéale, utricule prostatique, organe de Rosenmuller, corps de Giraldès, etc., pour ne citer que les principaux. L'embryologie nous montre en eux des organes ancestraux, qui ont servi à des stades antérieurs de l'évolution, qui servent encore chez les types inférieurs, mais qui ont perdu tout usage et tendent à disparaître par une atrophie graduelle chez les organismes supérieurs ; de même certains mots d'une langue passent peu à peuhorsd'usage, se retrouvent encore dans quelques locutions spéciales, mais perdent peu à peu leur individualité propre et disparaissent du langage usuel. Tous ces organes rudimentaires sont expliqués par l'embryologie, et leurs connexions chez l'embryon indiquent leurs anciens usages, c'est-à-dire leur

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significationmorphologiqueet leurs homologies, comme c'est le cas pour rutricule prostatique si bien nommé utérus masculinus^ pour le corps de Giraldès et l'organe de RosenmuUer, lesquels complètent si nettement la série des homologies des organes génitaux internes mâles et femelles.

Toute Tanatomie descriptive est expliquée, si je puis ainsi m'exprimer, par l'embryologie. La première nous apprend comment sont les choses, la seconde nous montre pourquoi elles sont ainsi. Comment comprendre la colonne ver- • tébrale et les disques invertébraux sans l'histoire de la corde dorsale ? Dans ce même ordre d'idées, la théorie vertébrale du crâne a été complètement remaniée par les notions du développement, et l'embryologie, qui semblait un moment ébranler la notion des vertèbres crâniennes, est devenue, en fin de compte, le plus ferme soutien de la théorie vertébrale, en nous montrant dans la tête une métamérie en tout comparable à celle du tronc.

Que de problèmes singuliers soulevés par l'étude de la coTistitution de la face et du cou, et résolus aussitôt par l'histoire du développement de ces parties ! La provenance des osselets de l'ouïe, l'ensemble de l'appareil hyoïdien, ne se comprennent qu'avec l'évolution de l'appareil branchial. Sans parler des anomalies et malfor-

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