FIG. 133. •- MEM1.1NC. — MADONE
(Hôpitil Saint-Jean. — Bruges.)
LA RENAISSANCE
verve dans la composition que d’habileté dans l’exécution.
La tapisserie. — Parmi les industries artistiques qui se développent dans la Flandre du xve et du xvie siècle, la tapisserie historiée est étroitement unie à la peinture. Les ateliers d’Arras, de Bruxelles sont célèbres, et partout en en recherche les produits. Or, comme les tapissiers reçoivent des peintres leurs cartons, le mouvement de rénovation qui s’accomplit d’un côté étend son action de l’autre. Il est vrai qu’ici encore, au xvie siècle, pénètre le style italien.
Les origines des écoles allemandes. — De la Flandre à l’Allemagne, la transition est facile; entre les deux pays se sont établies d’étroites relations artistiques. La fidélité y est grande aux traditions gothiques; longtemps elles se maintiennent, sans qu’on surprenne la préoccupation marquée de l’antiquité ou de l’Italie; mais dans tous les arts plastiques s’accentue la tendance au réalisme. Elle est visible chez les sculpteurs, dont plusieurs, Adam Krafft, Pierre Vischer, Veit Stoss, qui tous trois ont travaillé à Nuremberg, montrent beaucoup de vérité et de vie: le tombeau de S. Sebald à Nuremberg, que P. Vischer exécuta de i5o8 à i5io, est l’œuvre maîtresse de la sculpture allemande à cette époque. Cependant la peinture devient l’art par excellence. Dès le xiv° siècle, des écoles fleurissent à Prague, à Nuremberg, à Cologne surtout. L’école de Cologne a produit des œuvres d’une candeur d’expression et d’une fraîcheur de coloris exquises. Stephan Lochner (mort en 1452) en fut le maître par excellence (ses œuvres se trouvent à la cathédrale et dans les musées de Cologne) (fig. 134). Ces mêmes qualités, avec un remarquable don d’expression dramatique, se retrouvent chez un peintre qui travailla à Hambourg, dans la première moitié du xve siècle, maître Francke (ses œuvres.sont à la Kunsthalle de Hambourg). Martin Schongauer ou Schœn, de Colmar (vers 1450-1491), peut-être élève de Van der Weyden, outre quelques tableaux, a laissé de nombreuses gravures burinées avec fermeté et souplesse. L’Allemagne a disputé, non sans raison, à l’Italie l’honneur d’avoir pratiquée première la gravure sur cuivre; des artistes habiles en ce genre avaient même précédé Martin Schœn.
A. Dürer. — C’est chez A. Dürer (1471-1528) que le
génie germanique du xvie siècle se manifeste avec le plus de force et d’originalité. Il est né à N uremberg, si pittoresque
Cliché Giraudon.
fie. 1 34 — lochner. — la vierge. — (Musée archiépiscopal de Cologne.).
encore aujourd’hui, et qui était alors une des villes les plus prospères de l’Allemagne. Il étudia dans l’atelier de VVolgemut, à la fois peintre et sculpteur. A cette époque l’école de peinture de Nuremberg se transformait sous l’influence
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des Pays-Bas : elle devenait plus énergique, plus réaliste. Son apprentissage terminé, Dürer voyage quatre ans en Allemagne, peut-être même visite-t-il déjà Venise. En tout cas, si dès lors il connaît les gravures de Mantegna, s’il fait des emprunts aux maîtres d’au delà des Alpes, l’art italien n’exerce aucune influence profonde sur son talent déjà formé. A partir de 1494, sa vie s’écoule presque entière à Nuremberg. Longtemps on a répété que l’humeur désagréable et cupide de sa femme, Agnès Frey, avait troublé son existence ; mais des recherches récentes ont prouvé qu’A. Dürer n’avait pas été si malheureux qu’on se l’imaginait. Deux voyages qu’il fit, l’un à Venise (1 5o5- 1507), l’autre aux Pays-Bas (i520-i52i), sont connus par ses lettres et son journal. Sa renommée l’y avait précédé, ses estampes étaient recherchées à Venise, et Marc-Antoine lui-même les contrefaisait. Jean Bellin lui témoignait beaucoup d’amitié, Raphaël fut en relations avec lui, et la jalousie d’autres artistes, dont il se plaint, est une preuve même de la réputation qu’il avait conquise à l’étranger. En Allemagne, l’empereur Maximilien le chargeait de nombreuses commandes, assez mal payées, il est vrai, et notamment de dessinspour des arcs de triomphe, des cortèges. Il adhéra à la Réforme dès ses débuts et fut en rapports avec Luther, Mélanchthon, Zwingle. ' A. Dürer a exécuté un assez grand nombre de tableaux. Parmi les meilleurs, je citerai l'Adoration des Mages, de 1 5oq (Florence, musée des Offices), la Crucifixion , de i5o6 ^musée de Dresde), la Madone, de i5i6, la Trinité adorée par tous les saints (Vienne, Belvédère), les Quatre Apôtres (musée de Munich); mais ses dessins et ses gravures le font mieux connaître. Allemand par la pensée et par la forme, son imagination est puissante, mais sombre et fantasque; il se plaît aux sujets douloureux, aux conceptions étranges [Mélancolie [fig. 1 35], le Chevalier et la Mort, r Apocalypse, etc.). D’autre part, l’expression est chez lui d’un réalisme que rien n’arrête : il introduit dans ses compositions les types les moins nobles, les détails les plus familiers, mais pour en tirer des effets imprévus de grandeur et de pittoresque. « Ce qu’est la beauté, vraiment je ne le sais pas, » écrivait-il, et ailleurs : « Vraiment l'art réside dans la nature; qui peut l’en extraire le pos-
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