‹ Précis d'histoire de l'artChapitre 106 sur 177 · JEAN FOUQUET. — LE MARIAGE DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

JEAN FOUQUET. — LE MARIAGE DE LA VIERGE

(Livre d’Heures d'Et. Chevalier.)

LA RENAISSANCE

C’est à la même famille artistique qu’appartient un maître exquis, le maître de Moulins ou peintre des Bourbons. Son

œuvre principale est conservée à la cathédrale de^Moulins et représente la Vierge et l’enfant Jésus, entourés d’anges, et, sur deux volets latéraux, le duc Pierre II de Bourbon et la duchesse Anne de France, fille de Louis XI. De lui

FtC. I44. — LE M A î tITE DE MOULINS. — LA NATIVITÉ.

(Palais épiscopal. — Autun.)

l’art EN FRANCE AU XV* ET AU XVI* SIÈCLE. 277

doit être aussi une Nativité, conservée à l’évêché d’Autun (exécutée vers 1480), qui est ravissante de poésie, de candeur et de fraîcheur de coloris (fig. 144). D’autres œuvres encore lui ont été attribuées, notamment un beau tableau qui vient d’entrer au Louvre et qui représente une dame agenouillée et à côté Marie-Madeleine. On a proposé de reconnaître dans le maître de Moulins un artiste de ce temps, Jean Perréal, qui fut alors célèbre, mais qu’on ne connaît que par des documents d’archives. Jean Bourdichon, qui travailla pour la cour, est l’auteur des miniatures des Heures de Charles VIII et des Heures d'Anne de Bretagne (Bibliothèque nationale) où, comme chez Fouquet, l’ornementation' est souvent italienne.

Dans le sud-est, René d’Anjou, le « bon roi René », établi à Aix à la fin de sa vie aventureuse, après avoir été roi de Naples, avait fait de sa cour un centre artistique et littéraire où se mêlaient les influences des pays du Nord et de l’Italie. C’est ainsi que le sculpteur et médailleur italien Laurana travailla alors en Provence. Dans ce groupe deux artistes originaux méritent d’être signalés. En 1453, Enguerrand Charonton, né à Laon, vers 1410, mais établi à Avignon en 1447, peignait un Triomphe de la Vierge, conservé à l’hospice de Villeneuve-lez-Avignon, d’un sentiment religieux très doux et très pur : c’est comme un Fra Angelico français. Un autre tableau de lui, la Vierge de Miséricorde, se trouve au musée Condé à Chantilly. Un peu plus tard, en *1475-1476, Nicolas Froment, originaire d’Uzès, exécutait, sur la commande du roi René, pour la cathédrale d’Aixj un grand tableau qui représente, au centre, l’épisode du Buisson ardent, et sur les volets, le roi et sa femme, Jeanne de Laval, ‘protégés par des saints. C’est une œuvre d’un dessin précis, serré, d’un coloris franc et éclatant, aux types très accentués, qu’on attribuait autrefois à Van Eyck. Un tableau, signé de lui, et daté de 1461, représente une Résurrection de Lazare (Florence, Offices). Son style, par certains côtés, se rattache à l’art franco-flamand. Au contraire, sur d’autres œuvres de Provence, notamment une Adoration de. l'Enfant (musée Calvet, Avignon), on sent le souffle de l’Italie voisine dans la composition, dans les types et le costume de la Vierge.

F.A RENAISSANCE

D’après ces indications générales, on peut apprécier avec quel éclat l’art s’est développé chez nous au xve siècle. 11 y eut alors une véritable Renaissance, très vivace, souvent très originale et variée dans ses manifestations, qui longtemps a été méconnue, mais dont on arrivera peu à peu à reconstituer l’histoire1.

Du RÔLE DE l'influence ITALIENNE. — Au XVIe siècle, à la suite des expéditions de Charles VIII, de Louis XII, de François Ier, l’Italie exerça sur l’art français une influence qui a été l’objet de bien des discussions et dont on a tantôt trop exagéré, tantôt trop diminué l’importance.

La civilisation et les arts de l’Italie excitèrent chez Charles VIII et ses compagnons une admiration qu’attestent les écrits du temps et les lettres du roi. Il en ramena des artistes et on trouve attachés à son service les architectes Fra Giocondoet Bernabei deCortone,ditle« Boccador » ; le sculpteur Paganino, qui fit son tombeau à Saint-Denis; le peintre Andrea Solario, etc. Ils sont chargés de « ouvrer de leur mestier à l’usaige et mode d’Ytallie ». Il en va de même sous Louis XII ; l’invasion s’accroît encore sous François Ier: Léonard de Vinci vient mourir en France; Andrea del Sarto, Benvenuto Cellini y séjournent; le Rosso, Primatice, Niccolodell’ Abbate s’y établissent, décorent Fontainebleau; le roi leur témoigne la plus grande faveur. Rosso est appelé en France dès 1 5 3 1 et nommé « maistre conducteur des ouvrages de stuc et de peinture au lieu de Fontainebleau ». Il y reste jusqu’à sa mort en 1541. Primatice a vécu en France de 1 5 3 3 à i5yo. Leroi voudrait attirer auprès de lui Raphaël, Michel-Ange, Titien, il recherche leurs œuvres. Il apprécie aussi les antiques, il en achète ou s’en procure des moulages. Princes, évêques, seigneurs, suivent son exemple.

L’influence italienne fut donc certaine. Or ce que nous

1. Courajod, par son enseignement si vivant à l’école du Louvre, y aura largement contribué et, si l’ardeur de la lutte l'a quelquefois entraîné à des exagérations, tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’art français lui doivent une profonde reconnaissance. La création du musee de moulages du Trocadéro, et, en 1904, l’organisation de l’exposition des Primitifs français, par les soins de M. Bouchot, marquent dans cette histoire deux dates importantes.

(Jiclic (iiraudon

FIG. 14 5. NICOLAS l'ROMENT. — LE BUISSON A R D E N T-

(Aix. — Cathédrale de Saint-Sauveur.)

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