I. ART EN FRANCE AU XVe ET AU XVIe SH CEE
LA RENAISSANCE
apportaient ces étrangers, ce n’était plus l’art italien plein de sève du xve siècle, mais l’art des faux disciples de Michel- Ange et de Raphaël, conventionnel, maniéré, masquant sa pauvreté sous une habileté facile et banale. Ce fut ainsi que l’Italie contribua à détacher la France des traditions du moyen âge et à la diriger vers une civilisation où les souvenirs de l’antiquité se mêlaient avec une foule d’idées nouvelles. 11 ne s’ensuit pas cependant qu’elle ait eu pour effet d’implanter brusquement chez nous un art étranger et de transformer nos artistes en imitateurs serviles. L’esprit français n’abdiqua point en présence de ces nouveaux venus que favorisait le gcût de la cour; pendant longtemps, s’il fit des emprunts à l'étranger, ce fut pour les combiner avec ce qu’il tirait de lui-même et de son passé.
L’architecture : les châteaux. — En architecture, la personnalité du génie français s’affirme avec éclat. Il était jadis à la mode d’attribuer à des Italiens la plupart de nos ■*. monuments du xvi* siècle ; depuis, à l’aide de preuves incontestables, on a pu les restituer à leurs véritables auteurs, et ce sont des Français. Ne suffisait-il point d’ailleurs de les regarder sans prévention pour s’assurer qu’ils ne ressemblent guère, surtout dans la première moitié du siècle, à ceux de l’Italie? Presque partout, pour le plan, les dispositions, les procédés de construction des édifices, le style est français, et ce sont plutôt des motifs d’ornementation qu’on demande à l’antiquité ou à l’étranger.
L’étude des châteaux, si nombreux alors et si élégants, offre à ce point de vue un intérêt particulier. Le château du xvie siècle dérive de celui du moyen âge, mais il se transforme pour s'accommoder aux mœurs d’une société nouvelle. Dès la fin du xive siècle on avait trouvé les anciens châteaux massifs et sombres, et l’on avait cherché à leur donner un aspect plus agréable : celui de Pierrefonds, si bien restauré par Viollet-le-Duc, en est un exemple. Depuis, l’importance militaire des bastilles féodales avait diminué. Au xvi* siècle, le château se modifie plus complètement encore : on perce les murs de larges fenêtres, on introduit partout Pair et la lumière, on dispose des pavillons, des jardins, des parterres, des fontaines. De tous côtés, à l’extérieur et à l’intérieur, se développe une ornementation riche
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et capricieuse où se confondent les détails gothiques, antiques et italiens. En unmot, lerude manoirestdevenu une demeure de plaisance, française dans son ensemble, mais ouverte cependant à toutes les curiosités, à toutes les influences qui agissaient alors sur notre société. La vie y était souvent aimable, raffinée : Rabelais en a tracé l’idéal dans sa description de l'abbaye de Théléme.
Parmi les plus beaux châteaux de ce temps, Amboise
fut entrepris par Charles VIII; Blois est reconstruit en partie sous Louis XII : Colin Byard, « maître maçon en la ville de Blois », y travaille (fig. 146). Le ministre du roi, le cardinal d’Amboise, fait bâtir près de Rouen son célébré château de Gaillon, détruit pendant la Révolution, mais dont on conserve un portique à l’Ecole des Beaux-Arts; les architectes qu’il y emploie sont Guillaume Senault, Pierre Fain, Pierre de Lorme, Colin Byart, Pierre Valence. Sous François Ier s’élève Chambord, la plus merveilleuse peut-être de ces constructions (fig. 147'; un ambassadeur